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Le général Qiao Liang appelle à la « patience stratégique »

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© Louis Lecomte en partenariat avec l'empire du milieu pour L'Incorrect

 

Dans un entretien accordé à une revue publiée à Hong Kong, le célèbre auteur de La guerre hors-limites revient en détail sur les perspectives de réunification chinoise dans le monde post-pandémie.

 

En 1999, Qiao Liang et Wang Xiangsui avaient publié un ouvrage intitulé La Guerre hors-limites, qui avait fait grand bruit. Les deux gradés, aujourd’hui en retraite, de l’armée chinoise, analysaient la situation géopolitique à l’orée du XXIe siècle et l’apparition de nouveaux champs de bataille, tels que le cyberespace, ou le développement des conflits asymétriques, pour détailler les nouvelles priorités stratégiques qui devaient être celles de la Chine dans un monde encore marqué par la domination géopolitique de l’occident et des Etats-Unis d’Amérique. Vingt ans plus tard, Qiao Liang, dans un entretien accordé à « Bauhinia » (Zijing), revue chinoise publiée à Hong Kong, revient, à l’occasion de la crise du coronavirus sur les opportunités nouvelles qui s’offrent à la Chine dans un contexte marqué, selon lui, par le déclin occidental et en particulier américain.

 

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Pour le stratège chinois, il ne fait pas de doute que les Etats-Unis d’Amérique sont entrés dans une phase de déclin, marquée par ce qu’il qualifie de quasi-disparition de l’industrie manufacturière « bas de gamme », affirmant notamment que les Etats-Unis ont « abandonné leur industrie manufacturière bas de gamme et se sont progressivement transformés en un pays d’industries fantômes. » Cette évolution est vue comme déterminante pour l’ancien haut gradé chinois car elle détermine la réduction des capacités géopolitiques de l’Amérique comme tend pour lui à le montrer la crise du coronavirus : « Si le monde est en paix et que tout le monde est en paix avec les autre, il n’y a pas de problème. Les États-Unis impriment des dollars américains pour acheter des produits du monde entier, et le monde entier travaille pour les États-Unis. Tout cela est très bien.

 

 

Mais en cas d’épidémie ou de guerre, un pays sans industrie manufacturière peut-il être considéré comme un pays puissant ? » Pour l’auteur de La guerre hors-limites, si les Etats-Unis disposent toujours d’une suprématie monétaire et d’une avance technologique certaines, celles-ci ne peuvent être exploitées par un pays qui a accepté de démanteler, ou au moins de grandement réduire son industrie manufacturière. « Sans industrie manufacturière, qui soutient votre haute technologie ? Qui soutient votre dollar ? Qui soutient votre armée américaine ? » L’exemple en est donné, selon Qiao Liang, par la société américaine Medtronic, qui conçoit et fabrique des respirateurs mais a du abandonner une partie de ses brevets à la Chine, seule capable de produire en masse cet équipement, afin de permettre de faire face à la pandémie de Covid-19. En conséquence, « les Américains ne sont pas en capacité de produire de respirateurs dont ils possèdent les brevets » et doivent laisser ce soin à la Chine. « Pour détecter les patients, s’il n’y a pas assez de matériel médical et pas assez de ventilateurs, le problème ne peut être résolu et des milliers de personnes devront mourir », avance Qiao Liang.

 

L’exemple en est donné, selon Qiao Liang, par la société américaine Medtronic, qui conçoit et fabrique des respirateurs mais a du abandonner une partie de ses brevets à la Chine, seule capable de produire en masse cet équipement, afin de permettre de faire face à la pandémie de Covid-19. En conséquence, « les Américains ne sont pas en capacité de produire de respirateurs dont ils possèdent les brevets » et doivent laisser ce soin à la Chine.

 

Le problème se transpose aisément, selon le stratège chinois, au domaine militaire. Aujourd’hui, la guerre est toujours une industrie manufacturière. Certains disent que la guerre aujourd’hui est la confrontation du système, la puce est reine. Oui, les puces jouent un rôle irremplaçable dans les guerres modernes de haute technologie. Mais la puce elle-même ne peut pas combattre, la puce doit être installée sur diverses armes et équipements, et toutes sortes d’armes et d’équipements doivent d’abord être produite par une industrie manufacturière forte.

En regard de ce déclin programmé des États-Unis et de l’occident, Qiao Liang souligne la « renaissance » de la Chine, qui a su elle, « apprendre des autres » et devenir un pays leader dans le domaine des technologie de pointe tout en prenant soin de conserver son industrie manufacturière. Mais si la Chine entend poursuivre ce processus de « revitalisation », comme le nomme Qiao Liang, il ne faut pas que Pékin se lance avec imprudence dans une aventure militaire qui pourrait entraîner sa chute, à savoir la réunification forcée entre la Chine continentale et Taïwan, séparée il y a 71 ans de la République Populaire de Chine par la fuite de Tchang Kai-tchek, principal opposant à Mao, sur l’île devenu la « Chine nationaliste », que Pékin considère toujours comme faisant partie intégrante de son territoire. La constitution chinoise elle-même a beau proclamer que « Taïwan est un territoire sacré de la Chine.

 

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Nous libérerons Taiwan et accomplirons l’œuvre grandiose de la réunification de la patrie», le général Qiao Liang considère que l’heure n’est pas encore venue : « C’est sans aucun doute une bonne chose à faire pour les Chinois de mener à bien la grande cause de la réunification, mais c’est toujours une erreur si la bonne chose est faite au mauvais moment. Nous ne pouvons faire la bonne chose qu’au bon moment. » Mais le gradé considère que l’heure de la réunification forcée n’est pas si loin, d’autant plus que les Etats-Unis ne seront peut-être pas prêt à intervenir pour empêcher la chose. Il faut donc faire preuve, pour Qiao Liang, d’encore un peu de «  de patience stratégique ».

L’épidémie de Coronavirus frappe selon lui les occidentaux au moment où ceux-ci ont amorcé leur déclin. « L’essentiel n’est pas de savoir à quel point l’épidémie est terrible, mais de savoir que les États-Unis et l’Occident ont tous deux connu leur heure de gloire aujourd’hui, et qu’ils ont rencontré cette épidémie alors qu’ils déclinaient. » Et selon l’auteur chinois, l’occident mettra « au moins une douzaine de mois à deux ans après l’épidémie pour réparer sa propre économie et réparer son propre traumatisme. » Un temps précieux que la Chine pourra mettre à profit pour se fortifier. « Tant qu’elle pourra rester suffisamment forte et maintenir ses capacités de production tenaces, personne ne pourra lui porter atteinte. » A ce moment-là et si ces conditions sont réunies, estime Qiao Liang, il sera peut-être possible de résoudre la question de Taïwan par la force, tandis que les pays occidentaux seront contraints de rester spectateurs.

 

Par Laurent Gayard

 
 
 
 

 

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