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Retour d’expérience de la crise

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Publié le

12 mai 2020

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S’il faut retenir quelque chose de cette épidémie, c’est qu’en France presque tout aura échoué : la chaîne de réduction comme la chaîne de décision sont entièrement à revoir.

 

Le livre blanc de la Défense Nationale, en vigueur en France depuis 2013 stipule : « En matière sanitaire, la circulation des personnes et des marchandises, la concentration de populations dans des mégalopoles et la défaillance des systèmes de santé dans certaines zones favorisent la survenue de crises majeures. Le risque existe notamment d’une nouvelle pandémie hautement pathogène et à forte létalité résultant, par exemple, de l’émergence d’un nouveau virus franchissant la barrière des espèces ou d’un virus échappé d’un laboratoire de confinement […] Cette perspective exige, de notre part, une réévaluation de nos priorités et une adaptation de nos réponses. La probabilité des risques d’origine naturelle (tremblement de terre, tempête, raz-de-marée, inondation, etc.), sanitaire (pandémie massive) ou technologique et industrielle (notamment chimique ou nucléaire) est plus difficile à évaluer, mais leur impact peut être majeur. C’est pour l’État une obligation que d’y faire face, dans l’hexagone comme dans les outre-mer ».

Il devient difficile à la lueur de ce document en vigueur, d’affirmer que le pays n’était pas préparé, à moins d’avoir commis une faute professionnelle.

À moins de ne pas vouloir le lire, il semble que tout était écrit. Il devient difficile à la lueur de ce document en vigueur, d’affirmer que le pays n’était pas préparé, à moins d’avoir commis une faute professionnelle. Et pourtant, depuis 2013 que c’est-il passé ? Certains diront, « nous avons perdu un chef d’État-Major ». Oui, mais un autre l’a remplacé. Il n’est pas certain que l’hôte de l’Élysée en tienne véritablement compte. En effet, si tel était le cas, le chef des Armées aurait demandé à ce qu’on lui construise la cartographie des risques afin de prendre connaissance de la hiérarchisation de ces derniers. Il aurait certainement obtenu des notes sur la gouvernance et l’organisation de la conduite en situation de crise (la composition des cellules, les fonctions, les missions et responsabilités des différents acteurs, les plans opérationnels et les ressources allouées, les éléments de langages en temps de communication de crise, le maintien des stocks en condition opérationnelle…). Nous n’en sommes malheureusement pas là.

 

Le retour d’expérience de cette crise sanitaire, identi?ée de manière très précise par le scénario 6 du livre blanc, laisse entrevoir une situation sombre, marquée en premier lieu par des pertes humaines significatives. Mais ceci ne s’arrête pas là : on a la démonstration de nos vulnérabilités tant pour la coordination des services, l’accès aux fournitures et aux équipements médicaux adéquats, que pour la capacité « d’accueil » des systèmes de soins. Mais alors pourquoi en sommes nous arrivés là ?

 

Lire aussi : Libertés publiques : les victimes oubliées du Covid 19

 

Il est difficile d’élaborer une démonstration trop rapidement, mais il est probable que ce soit lié à la nouvelle nature de la fonction présidentielle depuis la mise en place du quinquennat. Les grands conseillers issus de leurs branches d’origine (Armées, Direction Générale de la Santé, Agences…) semblent avoir perdu de leur influence et laissé leur place à une nouvelle force rassemblée sur un autre bord de la Seine, concentrant ce qui se fait de mieux en matière de capacités d’analyse : le gigantesque vivier des hauts-fonctionnaires domiciliés à Bercy, et en particulier dans l’antenne de la direction générale des entreprises (DGE).

 

Dans ces antennes sont analysées toutes les données chiffrées, y sont établis tous les rapports qui influenceront les prochains décrets, bref, le centre névralgique pour le pilotage de la nation.

 

Les réflexions sur le déconfinement battent leur plein. Les cabinets des plus hautes instances sont nourris par ce qui se fait de mieux en matière de simulations mathématiques. Des courbes complexes circulent et font osciller les choix des décideurs. Comment faudra-t-il mettre en place le déconfinement. Faudra-t-il reconfiner ? Les experts sont affirmatifs, les modèles mathématiques parlent, il va falloir envisager des séries. On se croirait presque dans un James Bond.

 

Depuis de nombreuses années, il n’a échappé à personne que l’avènement des nouvelles technologies a laissé s’introduire dans tous les processus de décision les mathématiques et les statistiques. Cela est-il mauvais dans le fond ? Vu la puissance de compréhension que peuvent apporter les mathématiques, pas forcément si les décideurs sont eux-mêmes suffisamment expérimentés pour comprendre les décisions conséquentes. Est-ce toujours le cas ?

 

L’analyse de la robustesse, de la précision et ?nalement de la validation dans le réel de ces fameux algorithmes se doit d’être garantie.

La vérité et la « prouvabilité » sont deux concepts différents démontrés par Kurt Gödel dans sa théorie de l’incomplétude, en 1930.

La vérité et la « prouvabilité » sont deux concepts différents démontrés par Kurt Gödel dans sa théorie de l’incomplétude, en 1930. Ainsi, les simulations notamment prédictives, du fait qu’elles ne maîtrisent pas tous les paramètres doivent être considérées comme des outils d’aide à la décision, pas comme des vérités inattaquables.

 

Plus simplement, quel constat le lecteur doit-il faire de cette prise en charge sanitaire en France ?

 

D’abord, le modèle structurel administratif jacobin n’a pas su répondre correctement à l’invitation d’entrée en « guerre » convoquée par l’hôte de l’Élysée. Le gouvernement central a montré la cacophonie des ministères, des déclarations et des décisions. Le haut conseil scientifique semble avoir été déconnecté des réalités de terrain, tragique dans ses recommandations, et parfois utilisé comme alibi politique (l’absence de masques, la convocation aux élections municipales en pleine phase 3, la chloroquine réservée aux mourants…).

La réflexion hospitalo-centrée initiale a écarté les acteurs essentiels du terrain que sont les laboratoires d’analyses biologiques privés, les cabinets de médecine générale et les cliniques hospitalières privées. Le formidable réseau pharmaceutique a été délaissé.

La réflexion hospitalo-centrée initiale a écarté les acteurs essentiels du terrain que sont les laboratoires d’analyses biologiques privés, les cabinets de médecine générale et les cliniques hospitalières privées. Le formidable réseau pharmaceutique a été délaissé. Les ARS fonctionnarisées ont agi en relais d’un pouvoir central, avec une absence de coordination locale et régionale, alors qu’une articulation de tous les acteurs publics et privés aurait dû être de mise.

 

Par exemple, les médecins généralistes auraient pu prendre en charge l’accueil et l’examen ; les laboratoires de ville auraient pu être sollicités pour réaliser les tests ; les pharmacies pour les équipements de protection individuelle (masques et gel). Enfin, la prise en charge aurait dû être préventive et symptomatique et pour cela il aurait fallu laisser les médecins prescrire au plus tôt des traitements au lieu de renvoyer les patients à la maison

 

Ensuite, plusieurs mensonges ont été repris dans les communications sur les choix de stratégies. Il a été annoncé qu’on n’avait rien, ni masques, ni tests. Il a été déclaré que les masques ne servaient à rien. Au final, non seulement l’autorité n’a pas démontré sa capacité à créer un véritable ministère de la guerre COVID mobilisant et coordonnant les forces vives du pays, mais en plus, elle a à plusieurs reprises imposé par décret des privations de libertés (confinement, verbalisations abusives des déplacements, viols des lieux de culte, application de tracking) à l’intégralité de ses concitoyens, dont l’intérêt à moyen et long terme est inacceptable.

 

Lire aussi : Sainte Jeanne d’Arc : plaidoyer pour un retour à la France

 

Il faut d’ores et déjà penser à l’avenir, et reconstruire. Pour cela il faudra, comme l’a exposé récemment le professeur Guy Vallancien : faire collaborer la médecine publique et la médecine privée ; réviser l’organisation du fonctionnement quotidien des hôpitaux en redonnant la responsabilité au personnel soignant, tout en réduisant le personnel administratif ; décentraliser le système au plus près du terrain, les agences régionales de santé intervenant en facilitateurs ; accélérer la mutation numérique dans le seul sens d’un plus grand service des patients en diffusant un dossier médical partagé enfin simple d’utilisation ; et investir massivement dans la prévention. C’est le prix à payer.

 

 

Mathys de La Fontaine

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