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Gourou du groupe polonais Behemoth, pionnier de la scène black métal européenne, le chanteur-guitariste Nergal (Adam Darski de son vrai nom), 42 ans, est un drôle de personnage à mi-chemin du dandy et du punk. La terrible épreuve d’une leucémie dont il a réchappé en 2010 ne l’a pas empêché de reprendre du service en tant que musicien et même de devenir juré de l’émission de télé-crochet « The Voice Poland », en 2011.
Un curieux CV qui compte également des diplômes de l’université de Gdansk en histoire et en latin et le projet qui nous intéresse aujourd’hui : Me and that man, un groupe de dark folk-country qui sort un nouveau disque et au sujet duquel nous nous sommes entretenus avec lui.
Y-a-t-il un sens caché derrière le nom « Me and that man » ?
Absolument pas ! Au début du projet, il ne rassemblait que moi et John Porter (musicien de rock indépendant britannique vivant en Pologne, ndlr), et on a décidé de s’appeler comme ça parce qu’on était deux : moi, et cet homme ! On a trouvé que le nom sonnait bien, et voilà tout ! Depuis le départ de John Porter, nous sommes cependant plusieurs dans le groupe, alors j’ai envisagé de le rebaptiser : Me and those men (« Moi et ces hommes »), mais ce n’était pas possible pour des raisons essentiellement pratiques.
Pourquoi John Porter a-t-il quitté le groupe ?
Il avait beaucoup de travail par ailleurs, d’où la difficulté de travailler ensemble. Artistiquement parlant, nous étions sur la même longueur d’ondes mais sur un plan plus humain, j’ai senti que ça ne pouvait pas fonctionner. C’était sa décision d’arrêter, mais il est vrai que je n’ai pas apprécié qu’il prenne l’initiative d’annoncer son départ sur les réseaux sociaux.
Le titre du premier album du groupe : Songs of love and death, est-il un clin d’œil au disque de Leonard Cohen, Songs of love and hate ?
Oui et non. Il y a un certain nombre de classiques dont le titre est assez similaire, vous auriez d’ailleurs aussi pu me demander si c’était une référence à l’album de Depeche Mode : Songs of faith and devotion… Je n’ai pas essayé de paraphraser Leonard Cohen et il n’y a rien de très original dans ce titre, il est simple et assez direct, ce qui résume plutôt bien l’existence. Nous aspirons tous à trouver l’amour. Si vous n’avez pas l’occasion d’expérimenter l’amour au moins une fois dans votre vie, c’est que vous êtes très malchanceux. Quant à la mort, c’est une chose à laquelle on est tous confrontés un jour ou l’autre et qui, à la fn, nous concerne tous !
Ce projet a été rangé par la presse dans la catégorie « dark folk ». S’agit-il de la bonne case ?
Je ne suis pas entièrement d’accord. La musique de Me and that man ressemble à tout et à rien d’autre en même temps. Nous mélangeons différents styles, notamment du blues, du folk et de la country. Me and that man est un groupe inclassable, ce qui est plutôt positif.
Il y a quelques années, vous avez expliqué que le chanteur Glenn Danzig (ex-leader des Misfts et du groupe Danzig) représentait pour vous une sorte de modèle. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
Oui, bien sûr ! J’ai toujours considéré le groupe Danzig comme appartenant aux grands classiques. J’ai rencontré Glenn à plusieurs reprises. On a souvent traîné ensemble et on est devenus amis. Il a toujours été très généreux avec moi et c’est d’ailleurs devenu un fan de Behemoth.
Il y a un grand nombre d’invités présents sur ce nouvel album, notamment Corey Taylor (Slipknot), Jérôme Reuters (Rome), Ihsahn (Emperor) et bien d’autres encore… Qu’est-ce qui vous a poussé à leur proposer ces collaborations ?
Tout simplement parce que tous ces gens ont la capacité de voir les choses mieux que moi !
N’y a-t-il pas un paradoxe dans le fait de venir de Pologne et de jouer une musique si typiquement américaine ?
Vous avez tout à fait raison ! La Pologne est un pays où la musique folk a une grande place, mais je méprise au dernier degré la musique traditionnelle polonaise qui est horrible et de très mauvais goût ! Le rock ou le blues sont étrangers à notre culture et si nous voulons jouer ce type de musique, nous sommes obligés de regarder ce qui se passe ailleurs, notamment, en effet, aux États-Unis. J’ai une passion pour un genre particulier, je le joue et c’est tout ! Les Tchèques n’ont pas accès à la mer et pourtant, rien ne les empêche de pratiquer le kite surf ! Il leur suffit de voyager dans les zones où il est possible de pratiquer ce sport. Pour moi, c’est la même idée.
« La musique de Me and that man ressemble à tout et à rien d’autre en même temps. Nous mélangeons différents styles, notamment du blues, du folk et de la country. » Nergal
Au niveau des thèmes, qu’est-ce qui différencie Behemoth et Me and that man ?
Ces deux groupes sont très différents dans leurs approches respectives. Les paroles de Me and that man traitent plutôt du côté sombre de la nature humaine et sont beaucoup plus diversifiées que celles de Behemoth.
N’y a-t-il pas une convergence entre Me and that man et ce que fait King Dude ?
Non, pas vraiment. Je dirais que nous sommes plus proches d’un artiste comme Mark Lanegan (ex-chanteur des Screaming Trees et de Queens of the stone age, ndlr).
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L’image de l’écrivain américain Charles Bukowski apparaît sur la pochette du premier album du groupe. Que représente-t-il pour vous ?
La liberté absolue ! C’est l’une de mes plus grandes sources d’inspiration, même si ce n’est pas la seule – je lis beaucoup et des choses très différentes. Mais il est vrai que quand j’écris des paroles, je peux m’inspirer d’un livre, d’une citation, d’une scène de film ou même d’une conversation avec quelqu’un…
Votre livre ou votre film de chevet ?
Je n’ai pas de film ni de livre de chevet mais je suis influencé par un grand nombre de sources littéraires ou cinématographiques. Je peux néanmoins vous citer un des auteurs que j’ai lu récemment et qui m’a beaucoup marqué : l’écrivain israélien Yuval Noah Harari, auteur des livres Sapiens : une brève histoire de l’humanité ; Homo deus : une brève histoire de l’humanité et 21 leçons pour le XXIe siècle.
Propos recueillis par Mathieu Bollon
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