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Laake, romantisme électro & touche française

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Publié le

23 juin 2020

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Après un EP très remarqué par les amateurs de musique électronique, Laake sort enfin son premier album, O, plus orchestral et divulguant une musique aussi épique que mélancolique qui place définitivement l’artiste parmi les talents les plus prometteurs de sa génération. L’occasion de revenir sur l’émergence d’une vague européenne d’électro-piano.
Laake

On sent chez Laake l’influence du cinéma et celle de la musique classique, son œuvre explore les genres et brouille certaines frontières. On verrait aisément certains de ses morceaux sur la bande originale d’un film de David Fincher, et le compositeur a d’ailleurs expliqué dans la presse avoir toujours rêvé de jouer avec un orchestre : « Les cordes accentuent le côté dramatique voire romantique de ma musique, explique-t-il, tandis que les cuivres apportent de l’assise et de la puissance, il y a ce côté conquérant dans les cuivres qui se marie bien avec la musique électro ».

Pourtant, si l’on pourrait croire Laake amateur de musique classique, il déclare ne pas y être particulièrement attaché, et revendique de ne pas avoir étudié au conservatoire, démontrant après d’autres rares exemples qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une solide formation classique pour pouvoir composer de la musique complexe.

Pourtant, si l’on pourrait croire Laake amateur de musique classique, il déclare ne pas y être particulièrement attaché, et revendique de ne pas avoir étudié au conservatoire, démontrant après d’autres rares exemples qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une solide formation classique pour pouvoir composer de la musique complexe. Avec son côté autodidacte, il sera en tout cas parvenu à fourbir une synthèse absolument singulière.

La vague de l’électro-piano

C’est le Berlinois Nils Frahm qui, au début des années 2010, parvient à proposer une hybridation d’électro et de piano ou d’autres instruments classiques vraiment convaincante, bien loin des tartines de cordes kitsch ou des effets faciles des générations précédentes. Contrairement à Laake, l’Allemand peut se targuer d’une vraie formation académique, ayant eu comme professeur Nahum Brodski, un protégé de Tchaïkovski.

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C’est avec son troisième album, Felt, qu’il obtient l’attention de la critique et du public, développant une musique plus calme que celle de Laake, mais tout aussi variée et mélancolique. En 2020, il sort Empty, aux vibrations louanges et pluvieuses, disque moins électronique, plus organique. Si la scène électro-piano se fait discrète dans des charts dominés par la vulgarité hégémonique de l’électro-hip-hop, elle n’aura pas manqué d’attirer l’attention des mélomanes. Nils Frahm a ainsi organisé au Barbican, à Londres, une exposition mêlant musique, art, et flms, en 2016. L’électro-piano est ainsi : raffiné et arty sans être snob, puisque sa forme demeure très accessible.

Cyber-Baroque

En témoigne encore Arandel, qui a récemment sorti InBach, hommage supérieurement intelligent à Jean-Sébastien Bach, et sur lequel on retrouve notamment Gaspar Claus, violoncelliste de talent, ainsi qu’Areski Belkacem, multi-instrumentiste culte, actif depuis la fn des années 1960, ayant notamment collaboré avec Barbara, Moustaki, mais aussi Sonic Youth ou encore Brigitte Fontaine et Jacques Higelin. Résolument moderne, InBach mêle compositions d’Arandel à des réinterprétations de Jean-Sébastien Bach, dont son Prélude en Ut Mineur. Un album complexe et foisonnant, qui évoque le Switched On Bach de Wendy Carlos.

Beaucoup plus synthétique que Laake, Arandel fait tout de même place au piano, dans une atmosphère qui évoquerait un Matrix scénarisé par des réalisateurs de la Nouvelle Vague.

Beaucoup plus synthétique que Laake, Arandel fait tout de même place au piano, dans une atmosphère qui évoquerait un Matrix scénarisé par des réalisateurs de la Nouvelle Vague. Une ambiance étrange, mais passionnante, qui tire ses origines d’une demande de la Philharmonie de Paris, laquelle avait commandé au musicien un DJ set dans le cadre de son marathon Bach. « Il y a un Bach pour tout le monde », avait alors déclaré Arandel.

Ce projet d’abord anonyme, défendant l’effacement du créateur derrière sa création, a depuis dévoilé le visage d’un compositeur lyonnais. La formation scénique, quant à elle, change très régulièrement. On retiendra de InBach une intelligence rare, une finesse et une agilité dans le maniement des textures sonores qui manque cruellement à de nombreux artistes électroniques.

Remède à la mélancolie

Cette rénovation de l’électro par le classique a donc enfin trouvé une voie fertile. Nils Frahm, Arandel ou Laake sont à mille lieues des bandes-son pour ados férus d’heroic fantasy. Chez Laake, la greffe prend, sa musique est à la fois organique et synthétique, qui mêle les mirages de la nuit avec des impressions telluriques ; un dosage subtil et élégant qui relève de l’alchimie. Selon l’artiste, en effet, on arrive au bout de la musique totalement synthétique.

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Après avoir traîné ses guêtres dans la musique rock, Laake – Raphaël Beau, de son vrai nom – réintroduit l’ivoire dans la Babylone abstraite et vire dans la mélancolie grandiloquente des sons électroniques. « Il y a une certaine mélancolie aussi qui ressort de toute cette scène, avec cette notion de corde sensible, cette faculté d’être toujours sur le fl. Cela ne m’intéresse pas de retranscrire le bonheur dans ma musique, je préfère le vivre », confie-t-il à ceux qui l’interrogent. Une mélancolie que l’on retrouve dans son premier clip, Run, dans lequel le personnage principal court, poursuivi par une matière noire qui semble tout noyer sur son passage.

On pense à une version urbaine d’Hayao Miyazaki et des ombres qui pourchassent le héros du Château Ambulant. Comment ne pas se laisser avaler par la noirceur ? Laake (« médicament », en finnois) propose une échappatoire musicale. Remède à la mélancolie par l’injection de la molécule, certes, mais aussi relève de la musique actuelle, Laake et Arandel prouvant une fois encore qu’en matière de musique électronique, la scène française est toujours à l’avant-garde.

O
Laake
Mercury
28,50 € (Vinyle)

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