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McFly et Carlito : Inoffensifs et primaires

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Publié le

26 juin 2020

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Le progrès technique n’a rien de monolithique, rien, non plus, d’unilatéral. Il entraîne l’accroissement exponentiel d’une dimension particulière de notre rapport au monde. Ce peut être la vitesse, la force de production, la rapidité et la masse des échanges, l’altitude, la navigation dans de nouveaux espaces, la puissance destructrice… Pensons à la voiture, au marteau-piqueur, à internet, à la fusée, au sous-marin ou au missile nucléaire. Mais parfois, il faut bien le reconnaître, le progrès technique ne démultiplie que la connerie. Exemple : Carlito et Mc Fly.
mcflyetcarlito

Perfectionnement ou massification 

À la fin du XXe siècle, les révolutions qu’entraînait la technique allaient plutôt dans le sens du perfectionnement. Les moteurs des voitures multipliaient les chevaux, les compacts-discs amélioraient la pureté du son, les avions de tourisme pouvaient se faire supersoniques, l’interlocuteur au téléphone se faisait plus proche. Mais voilà que depuis le tournant du millénaire, les évolutions technologiques ont pris un tour démocratique. Les voitures n’ont pas accéléré davantage, mais n’importe qui a pu s’offrir un chauffeur privé.

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La musique a été diffusée par flux infinis mais avec un son étriqué. Le moindre étudiant fauché a pu se faire aéroporter pour vomir à Barcelone, mais dans des appareils moins confortables que ceux qui autrefois sillonnaient le ciel. Et si tout le monde devint joignable à chaque instant, ce fut sur des lignes parasitées qui rendaient même notre voisin fantomatique. La massification de l’accès, la médiocrité du résultat, voilà l’équation qu’articula la dernière vague de progrès technique.

Scheise über alles 

Tout cela s’est vérifié sur le plan de l’humour avec le règne des Youtubeurs, quand des branleurs dépourvus de talent d’écriture, de formation d’acteur, d’esprit critique et d’audace, ont pu, grâce à la gratuité d’internet, s’imposer à des millions de visionneurs immobilisés spirituellement dans leur classe de collège qui se trouvèrent aptes à rire, passé 14 ans, à des blagues de comiques du fond du bus.

L’accroissement de la technique permit aux médiocres de monter sur les planches virtuelles. La régression culturelle du public leur donna une audience inespérée.

L’accroissement de la technique permit aux médiocres de monter sur les planches virtuelles. La régression culturelle du public leur donna une audience inespérée. Sur le fond, il faut aussi évoquer le paradoxe de la Toile. A priori zone virtuelle de liberté totale, internet, limité en tous sens par les susceptibilités d’un public irritable, stupide, hyper réactif et non filtré, interdit tout trait d’esprit un peu corrosif.

Si bien qu’aujourd’hui, il n’y a que dans les salles réduites où un public paye pour se faire bousculer sans geindre, que la liberté de ton est effective. Ce contexte bénéficia à l’humour à la fois inoffensif et primaire de Carlito et Mc Fly. Quand on ne peut plus se foutre de la gueule de personne, on finit par faire des pets avec sa bouche. De sociologique et mûr, l’humour s’est résumé au scatologique, seule manière d’être égalitaire.

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Pouet-pouet connexion

« J’ai roté dans mon masque », chantent donc nos adulescents formolisés par YouTube quand ils tentent de trouver des reliefs comiques au déconfinement. Hilarant. Concours d’anecdotes, gages, farces téléphoniques, voilà ce qu’il reste à nos amuseurs comme formules pour faire réagir les débiles, qui sont légion, sans choquer les susceptibles, qui sont partout. On emploie aussi la formule, typique dans leur genre, du comparatif entre le fantasme publicitaire et la réalité crue, gimmick d’enfants de la télé mal dégrossis qui n’atteint jamais la satire. Déçus, ces crétins se plongent aussitôt dans les jeux vidéo. Cet anus de la conscience. Qu’ils y restent.

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