Pour la royauté lourde en grâces divines, la France n’a pas de quoi rougir. On sort fièrement Louis IX le saint dans la plus totale des confiances. Notre roi venait d’une lignée combattante, pétée de foi catholique au dernier degré, avalant de la cendre pour expliquer à quel point Dieu est au dessus, même quand on possède la moitié de la puissance militaire du monde connu. Non, on a de quoi jouer dans la cour des grands. Mais c’était compter sans la Norvège et sa carte cachée Olaf, roi de Norvège et saint lui aussi, mais avec le bonus respectable du titre de « le Gros », très en vogue à l’époque. Olaf II a régné de 1015 à 1028, et laissé une marque impérissable à tel point qu’il a gagné le titre posthume de Rex Perpetuus Norvegiae. C’est en latin, vous vous doutez que ça va envoyer, et vous ne vous trompez pas: Olaf II est en effet « roi éternel de la Norvège », et à raison.
Papy Olaf, c’est un peu le mariage parfait entre une hache de soixante kilos, le charme d’Henri Cavill et la foi de Torquemada.
Ce petit-fils d’esclave a su expliquer aux Vikings – expliquer quoi que ce soit à ces bourrins relevait forcément de la sainteté – qu’il fallait ranger les chouettes crevées et les fumigations de foie de morue, que maintenant, la prière, c’était du sérieux, et qu’on allait ériger des croix à peu près dans chaque bled depuis le Danemark jusqu’aux ours polaires. Olaf le Gros et le saint, roi éternel de Norvège, donc. Déjà, il porte le prénom de son grand-père, Olaf Tryggvason. Et Papy Olaf, c’est un peu le mariage parfait entre une hache de soixante kilos, le charme d’Henri Cavill et la foi de Torquemada. Papy Olaf a été arraché à son berceau princier pour être vendu comme esclave, à la cour de Kiev. À huit ans, il retrouve le meurtrier de son mentor, l’exécute, et parvient quand même à attendrir la sévère reine de Kiev qui le prendra à son service. Il rachètera sa liberté par son mérite, épousera une princesse irlandaise, reconquerra ses terres… Bref vous aurez compris, Papy Olaf, c’était croquignolet. Mais question Dieu, on n’était pas au point.
Après son baptême, ayant pris très à cœur l’idée de conversion, il ft dresser un banquet pour tous les leaders païens récalcitrants, ferma les portes de la salle et y flanqua le feu. On comprend que le Patron ait émis des doutes sur le carnet de santé spirituelle du Papy Olaf. Mais il faut croire qu’Il n’avait pas perdu de vue cette lignée, et avec un pedigree pareil, ce n’était qu’une question de temps avant que l’un de ses descendants ne passe avec succès le procès express en béatification. La vie d’Olaf commence par un meurtre : celui de son père, tué par un ennemi de la famille. On a la thématique pour le reste de sa vie : des haches, du sang, des bagarres glorieuses et de quoi faire pâlir un Georges R. R. Martin. Il est élevé par le second mari de sa mère, qui ne loupe pas grand-chose au CV princier d’Olaf. Mais ses nombreuses conquêtes ne lui font pas perdre de vue l’essentiel: le Patron. Pour reconquérir le royaume de Norvège, dont le sud est aux mains des Danois, il sait qu’il va avoir besoin de l’aide divine. De l’aide d’un vrai Dieu, pas d’un dieu capricieux qui n’écoute qu’à la pleine lune si on lui a filé assez de bacon en offrande.
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Il se fait donc baptiser à Rouen en 1014, et devient ami avec l’évêque Grimkell, qui le suivra dans ses aventures. Olaf parvient à fédérer les seigneurs du Nord et prend le contrôle de sud après de longues batailles, puis se sert de la paix pour glorifier Dieu et son pays. À la place des anciens lieux de culte, il fait bâtir des cathédrales. Mais habilement, en parallèle, il restaure les anciennes traditions juridiques et locales du pays: il rétablit les Thing, sortes d’assemblées des sages locaux, à haute teneur en barbes longues et matriarches solides, cœur battant du système juridique norvégien. En somme, il rend aux Vikings ce qui est aux Vikings, et à Dieu ce qui est à Dieu. Lorsque Canut, roi du Danemark, revint pousser dans les terres norvégiennes, Olaf s’allie avec le roi de Suède pour le contenir. Cela fonctionne un temps, puis Canut l’emporte.
Poussé à l’exil en Suède, Olaf ne rumine pas mais baptise beaucoup. Il prêche, convertit, et on lui prête de nombreuses guérisons miraculeuses. À sa mort, son ami l’évêque Grimkell obtint sa canonisation en un an à peine, plus rapidement qu’un rendez-vous chez le dentiste dans le IVe arrondissement. Son culte se développa dans tout le pays depuis Trondheim (Nidaros) où son corps demeurait, et se répandit jusqu’en Normandie, lieu de son baptême. On le prie pour obtenir la victoire contre les créatures impies, et pour des guérisons miraculeuses. Aujourd’hui encore, il reste un symbole d’unité entre les anciennes traditions, les coutumes locales, et la chrétienté. Il est célébré les 29 juillet. On est heureux qu’un homme si puissant et vertueux joue pour notre équipe. Avec une recrue pareille dans la milice céleste de Saint Michel Archange, les nuits de l’Ennemi se raccourcissent.





