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Fabuleux Dior

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Publié le

10 juillet 2020

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On ne le rêvait plus. On pensait que les contes de fées étaient réservés aux salles de cinémas et aux songes, et encore, s’ils avaient les bons quotas recommandés par le ministère du bienvivrensemble. On pensait que dans le monde de la mode, il allait falloir se contenter d’hommes transgenres en surpoids et autres créativités inclusives.
Dior

Au milieu de tout ce marasme infernal de nouvelles idoles qu’on nous force à approuver, Dior nous présente sa nouvelle collection automne hiver 2020/2021 dirigée par Maria Grazia Chiuri dans un petit clip vidéo de Matteo Garrone. Là où l’on pourrait décemment s’attendre à l’ambiance demi-épileptique des créations contemporaines, on retient son souffle et on plonge dans un univers merveilleux. Et ce fut comme une apparition.

La poésie, la grâce, le souffle qui vient du plus profond de nos mémoires et se cache dans nos légendes. Sur un air dont on ne saurait dire de quelle forêt magique il survient, des paysages enchanteurs se succèdent, habités par des créatures toutes droit sorties d’un tableau de John William Waterhouse. Chaque arrêt sur image ressemble à une toile de maître de la renaissance, ou peut être à une vision paradisiaque des Métamorphoses ovidiennes, peuplée de nymphes, sirènes et dryades.

Le clip suit le parcours de deux jeunes hommes en livrées, qui vont chercher ces femmes à demi divines pour leur proposer les dernières créations afin de les en parer. On peinerait à y trouver le moindre défaut, le moindre manquement à la délicatesse la plus absolue. Pour une fois, notre esprit ne rejette pas avec la dernière énergie les diktats de la dernière lubie d’un créateur en panne de bon goût. C’est un peu surpris, et pleinement émerveillés, que nous voyageons à travers les plans sublimes de ce récit fantastique.

Dior remet la beauté au goût du jour ; la beauté classique, pas celle que l’on nous fait avaler à longueur de spot publicitaire agressif et de campagnes médiatiques larmoyantes. On entendrait presque des grommellements de désapprobation provenir des divers instituts financés par l’Etat spécialisés en indignation sélective. Au vu du contexte actuel, représenter des personnages de mythologies européennes, et les faire incarner par des européens, semble impudique, presque insolent. Plus effronté encore, le créateur met en scène les légendes locales de manière positive et élégante. C’est à croire qu’ils le font exprès.

Lire aussi : L’autre rythme de la beauté

Dior ose et remporte haut la main le pari de l’esthétisme. Le contraste avec Calvin Klein est saisissant : la dernière campagne de cette maison met en avant Jari Jones, un Afro-américain transsexuel en surpoids, dont l’argument de vente était précisément qu’iel (sic) cumulait toutes les cases au bingo du sacro-Saint Progrès. Au diable l’esthétique, la mode doit se mettre à l’heure de la bienpensance ! L’important n’est plus que ce soit beau : le point crucial d’une collection devient son niveau d’engagement social, les badges qu’elle arbore, les « points progrès » qu’elle décroche.

Mais cela ne peut durer éternellement. Après avoir mis une femme Afro transgenre, quelles seront les possibilités pour aller toujours plus loin dans le consensus soumis à ces revendications du Camp du Bien ? Quelles cases nouvelles devront cocher les futur.es mannequins de cette dystopie que l’on nous agite sous le nez, avec le chantage moral qui l’accompagne ? Qui plus est, les résultats ne se transcrivent pas réellement dans l’économie. Comme le dit l’adage, « get woke, go broke » : commencez progressiste, finissez fauché.

Là réside la force et la qualité du clip Dior : sans aucune revendication, sans poing levé ni hashtag à connotation LGBTQ, le grand créateur de mode porte des messages profonds et vibrants.

Là réside la force et la qualité du clip Dior : sans aucune revendication, sans poing levé ni hashtag à connotation LGBTQ, le grand créateur de mode porte des messages profonds et vibrants. Sa clientèle, majoritairement européenne et asiatique, en appréciera le tact et la retenue. Dans cette vidéo, pas un mot, presque pas de bruit, seulement le komorebi, qui pour les japonais désigne la lumière du soleil jouant dans les arbres. L’agitation moderne s’estompe pour ravir nos âmes, que nous soyons ou non amateurs de haute couture. On en oubliait presque que le luxe rimait parfois avec charme et poésie. Un équilibrage aussi bienheureux qu’inattendu.

« La beauté sauvera le monde » disait Dostoïevski. À défaut de racheter l’ensemble des podiums, Dior nous offre un instant de grâce, suspendu. On aimerait que le rêve ne se finisse pas.

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