Tout le monde connaît Kim Kardashian, même ceux d’entre nos lecteurs qui vivent dans les endroits les plus reculés, armés uniquement de leurs fusils et de leurs livres. Impossible d’être passé à côté du rouleau-compresseur culturel que fut L’Incroyable Famille Kardashian, série précurseur de la médiocrité érigée en modèle. Mais outre une poupée de savon, qui est réellement Kim Kardashian ?
DE CYBERPOUFFE À JUSTICIÈRE
Kim Kardashian est une proie qui semblerait presque trop facile pour les affûtés chasseurs de L’Incorrect. En effet, la starlette de télé-réalité, connue principalement pour son émission L’Incroyable Famille Kardashian, son mariage avec Kanye West, sa sex-tape, son sens de la mode et les excentricités de son mari (leur maison, par exemple, est entièrement « no label », tout est vidé dans des bocaux transparents ou blancs), elle ne semblait même pas digne d’exciter notre mépris. Mais ça, c’était avant. Avant que le bloc de silicone humain le plus populaire de la planète ne se pique de politique. Est-ce parce que son mari, fervent soutien de Donald Trump, compte se présenter à la présidentielle de 2024 (il ne souhaitait pas se présenter en 2020, afin de ne pas faire d’ombre au Don) ?
Toujours est-il que Kim Kardashian a décidé d’utiliser son temps à autre chose qu’à se faire les ongles pour faire des selfies dans le miroir de sa salle de bain et voilà que notre star des réseaux a fait campagne pour faire libérer Alice-Marie Johnson, une Afro-Américaine enfermée en prison depuis vingt-deux ans pour un délit mineur lié à la drogue, lequel était sa première condamnation. L’intention fut louable, la campagne efficace, et on aurait pu croire que, gavée de reconnaissance, Kim Kardashian allait retourner à Instagram et Snapchat. Las ! Enivrée de son sentiment de justicière, voilà qu’elle a décidé de marcher dans les pas de feu son père, le célèbre Robert Kardashian (vous savez, celui qui a réussi à éviter la prison à O.J. Simpson), et devenir avocate ! Si elle suit réellement les traces de son père et évite la prison à de dangereux criminels, cela promet !
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IDIOCRACY EN ROUTE
Et c’est ainsi que, stagiaire dans une ferme légale, Kim Kardashian se retrouve à travailler, avec Jared Kushner, sur une réforme du système judiciaire américain. On croit rêver. Le brillant film Idiocracy narrait un futur lointain où le monde serait devenu stupide, et les États-Unis gouvernés par un catcheur microcéphale. En 2006, l’on croyait ainsi qu’il faudrait attendre l’an 3 000 pour en arriver à cet état de fin de la civilisation. Quatorze ans plus tard, nous y sommes presque. Un rappeur (aussi talentueux soit-il) a de grandes chances d’être élu président des États-Unis (la semaine dernière, plusieurs médias annonçaient le retrait de sa candidature. Pourtant il a tenu son premier meeting de campagne hier dimanche 19 juillet), tandis que sa femme, à la notoriété acquise par la seule exhibition de ses fesses, est chargée de réformer le complexe système judiciaire américain. Système bien entendu extrêmement défavorable aux Afro-Américains, dont elle se fait le porte-étendard. Même si ceux-ci ne lui rendent pas extrêmement bien, l’accusant souvent d’appropriation culturelle, une fois pour s’être fait des tresses, une autre pour s’être déguisée en sa chanteuse favorite, Aaliyah, pour Halloween.
Cruelle est la modernité avec ses enfants dont la peau n’est pas blanche sans être pour autant assez foncée. Kim Kardashian, donc, doit réussir là où de nombreuses administrations américaines, dont celle de Barack Obama, le président afro-américain dont on aurait pensé qu’il se soucierait de sa communauté, a échoué. C’est un peu comme si on confiait à Cyril Hanouna la tâche de réformer le système des retraites. Mais brisons-là, la plaisanterie pourrait se révéler prémonitoire, et plus tôt qu’on l’imagine.





