Les heures justes qu’indique BHL cette fois-ci, c’est d’abord le refus du vocabulaire guerrier utilisé tout au long de cette étrange période, comme si un virus possédait une conscience propre à laquelle il fallait s’opposer, en l’occurrence par les moyens d’un confinement dont on sent que BHL ne l’a guère goûté – il récrimine d’ailleurs, à raison, contre l’indécence de ceux qui y ont vu l’occasion d’un ressourcement inchoatif du monde, alors que pour beaucoup cette quarantaine signifiait surtout la réalité d’une catastrophe sanitaire et le présage d’un cataclysme économique et social. C’est celle ensuite de ce virus qui a fixé le temps autour de lui pour, dans une sorte de mouvement entropique, expulser hors de sa sphère, dans le néant médiatique, toute autre chose que ses méfaits.
BHL se désole à juste titre que le coronavirus ait pu occulter l’actualité du monde comme si tout, soudain, s’était suspendu dans le temps au profit d’un événement particulier, aussi dramatique soit-il
BHL se désole à juste titre que le coronavirus ait pu occulter l’actualité du monde comme si tout, soudain, s’était suspendu dans le temps au profit d’un événement particulier, aussi dramatique soit-il. Moins juste en revanche, la critique du bio-pouvoir, lequel aurait remplacé le politique, ou, sinon moins juste, en tout cas loin d’être aussi évidente que celle de l’obsession virale délirante. BHL est parti vite, certes, mais sans revenir tard, trop tôt en tout cas pour s’apercevoir que le fameux conseil scientifique, prétendument omnipotent, avait surtout tenu le rôle de l’épouvantail destiné à passer à la trappe les errances politiques de l’exécutif.
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Par définition, le bio-pouvoir est un pouvoir, non le loup derrière lequel se cache un président au contraire très politique tout au long de l’épidémie : de sa visite au professeur Raoult jusqu’à l’annonce de la fin du confinement, mi-avril, contre, semble-t-il, l’avis d’une bonne part du conseil scientifique, terrifié par une maladie qui l’a obligé à une humilité bienvenue. Sans faire preuve d’une analyse profonde et vraiment débarrassée des réflexes de pensées faciles qui nous inondent depuis deux mois, Bernard-Henri Lévy rappelle néanmoins quelques évidences, parmi lesquelles, comme il le répète souvent, il est utile de savoir compter jusqu’à deux… Ça n’est déjà pas si mal.

Ce virus qui rend fou
Bernard-Henri Lévy
Grasset
104 p. – 8 €





