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11 septembre : du World Trade Center à l’Etat islamique

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Publié le

21 septembre 2020

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Il y a 19 ans, le monde assistait incrédule à l’effondrement des tours du World Trade Center suite à une attaque djihadiste. Le mode opératoire de l’attentat le plus célèbre de tous les temps était calqué sur « sur ordre », un roman de Tom Clancy paru en 1996 dans lequel un Boeing 747 s’écrasait sur le Capitole. Une tragédie qui ouvrait le XXIe siècle sur une nouvelle lutte idéologique, après la lutte contre le totalitarisme et le communisme. Une lutte face à un adversaire qui a évolué dans le temps.
11 septembre

Mais surtout, ces deux avions incarnaient le tragique qui faisait son retour, après une décennie où le triomphe de la mondialisation libérale débarrassée du communisme avait voulu croire à une « fin de l’Histoire ».

Auréolés de leur « victoire » par KO contre l’URSS qui s’était effondrée dix ans plus tôt, et sans puissance rivale importante, les Etats-Unis étaient alors considérés comme l’hyperpuissance : celle qui exporte son modèle de société et joue le rôle de « gendarme du monde », comme lors de la guerre du Golfe en 1991, ou celles contre la Yougoslavie dans les années 90. Comme en 1941, les Etats-Unis allaient violemment perdre leur illusion, par cette attaque faisant penser à un nouveau « Pearl Harbor ». Les différentes cibles étaient des symboles de la puissance américaine comme le WTC pour l’économie, le Pentagone pour le domaine militaire et enfin le Capitole pour le politique, épargné in extremis grâce au courage des passagers du vol 993 qui se sont sacrifiés.

Cette action devait crédibiliser Ben Laden comme le grand défenseur de l’islam et amener les Etats-Unis à se replier sur eux-mêmes

Derrière ces actes terroristes c’est Al-Qaïda (« la base » en arabe) qui était à l’œuvre avec à sa tête Oussama Ben Laden, dont l’objectif était de porter un coup symbolique à la grande puissance occidentale, identifiée comme la représentation du Mal, en raison de son mode de vie et de son soutien à Israël. De plus, cette action devait crédibiliser Ben Laden comme le grand défenseur de l’islam et amener les Etats-Unis à se replier sur eux-mêmes. Ce repli aurait alors pu conduire à abandonner la monarchie saoudienne, alliée de Washington et abritant les lieux saints de l’islam avec la Mecque et Médine. Il s’en serait alors suivi une lutte pour renverser la dynastie Saoud, présentée comme corrompue de par ses liens avec l’Occident et la présence militaire américaine sur son territoire. De fait, il s’agissait pour Ben Laden de s’inscrire dans le sillage de la prise d’otage de la Grande Mosquée de la Mecque du 20 novembre 1979 par des fondamentalistes islamistes, qui réclamaient la destitution des Saoud, évènement dont il fut témoin.

Pourtant, le repli espéré des Etats unis ne vint pas ; au contraire, le soir même du 11 septembre, le président américain G.W. Bush affirmait que « L’Amérique, ses amis et alliés se joignent à tous ceux qui veulent la paix et la sécurité dans le monde et nous sommes unis pour gagner la guerre contre le terrorisme ». Or, cette déclaration posait un problème sémantique, du fait que le « terrorisme » est un mode d’action de violence politique et non une entité contre laquelle on peut mener une action militaire. De même, malgré l’adoption de mesures de police, parfois discutables comme le Patriot Act, les Etats-Unis ont préféré mener une action militaire contre un groupe disséminé à travers le Moyen-Orient et se limitant alors tout au plus à un millier de combattants.

Lire aussi : Terrorisme islamiste : entre manquements, laisser-aller et occasions ratées

Ce fut d’abord la guerre en Afghanistan dès octobre 2001, dont le régime des Talibans était le fruit du soutien américain aux Moudjahidins lors de l’occupation soviétique du pays entre 1979 et 1989. L’autre grande conséquence directe de la « guerre contre le terrorisme » a été l’invasion unilatérale de l’Irak en mars 2003 et le renversement du régime baasiste de Saddam Hussein. Ayant besoin d’avoir un ennemi plus important et médiatique que les Talibans, Washington s’est tourné vers son adversaire de 1991. Ainsi, dès 2002, le président Bush a évoqué « l’Axe du Mal », en y incluant l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord, reprenant la dialectique de son prédécesseur Reagan qui parlait de l’URSS comme « Empire du Mal ». Enfin, l’Irak sera accusé à tort de détenir des « armes de destruction massive » et d’abriter Al-Qaïda sur son sol.

Par ailleurs, si l’intervention militaire a rapidement été un succès, la paix n’a pas pu se faire pour autant. En effet, en Irak comme en Afghanistan, les Etats-Unis ont commis l’erreur de vouloir construire un nouvel Etat, selon la théorie du « State building », en y important la démocratie. Or, c’est oublié qu’en Europe même, la démocratie ne s’est installée que progressivement, avec souvent des réflexes identitaires dans les votes. Ce même réflexe identitaire s’est opéré dans les deux pays, marqué par des divisions confessionnelles et ethniques, tandis que l’occupation du territoire par des forces occidentales, issues du monde chrétien, a favorisé le mécontentement et l’aliénation des populations.

Finalement, à défaut de faire replier l’Amérique sur elle-même, Ben Laden a par le 11 septembre déclenché deux guerres dans le monde musulman, causant des centaines de milliers de victimes et engloutissant des centaines de milliards de dollars

Finalement, à défaut de faire replier l’Amérique sur elle-même, Ben Laden a par le 11 septembre déclenché deux guerres dans le monde musulman, causant des centaines de milliers de victimes et engloutissant des centaines de milliards de dollars. De plus, ces interventions ont favorisé une expansion de l’islamisme et du djihadisme, avec l’Occident comme ennemi désigné. De fait, l’Irak et l’Afghanistan sont rapidement devenus des terres de djihad contre les forces d’occupation, auquel se sont ajoutés les attentats d’Al-Qaïda commis à Madrid et Londres en 2004 et 2005.

Mais alors que la mort en 2011 de Ben Laden amenaient certains à penser que la lutte contre le terrorisme islamique était terminée, un autre élément la même année va au contraire la relancer avec ce qui fut appelé les « printemps arabes ». Parti de Tunisie fin 2010, le mouvement de contestation va rapidement se propager dans le Moyen-Orient, où les gouvernements en place seront pour beaucoup abandonnés par leurs partenaires occidentaux. Ces derniers, croyaient alors à la démocratisation des sociétés arabes, oubliant trop vite que la démocratie est issue de la civilisation européenne et du monde chrétien. De fait, après le renversement des régimes dictatoriaux, la seule alternative politique crédible qui s’est présenter aux populations était celle de la confrérie des Frères musulmans. Cette dernière, si elle ne promeut pas le djihadisme, encourage l’islamisation des sociétés par l’action politique et est présente dans plusieurs pays arabes, de façon légale ou non, ainsi qu’en Europe.

Lire aussi : Alexandre Del Valle : « Erdogan souhaite rétablir le califat en 2023 »

Par ailleurs, outre le fait de déboucher sur l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte, les « printemps arabes » ont conduit aussi à la guerre civile en Syrie, transformée en nouvelle terre de djihad. Or, la proximité du territoire syrien avec l’Irak va conduire à la formation d’une nouvelle entité djihadiste, tout aussi sinon plus dangereuse qu’Al-Qaïda, à savoir l’Etat islamique (EI). Cette nouvelle organisation, créée en 2013, trouve en outre son origine dans la destruction du régime de Saddam Hussein, et dont les officiers ont été écartés des responsabilités dans le « nouvel Irak ». De même, la minorité sunnite au nord du pays, dont ils étaient issus, était confrontée à la politique sectaire du nouveau régime dominé par la majorité chiite.

De fait, une alliance s’est formée entre les djihadistes sunnites et les anciens officiers d’Hussein, et eut pour résultat la naissance de cette organisation qui à son apogée en 2014-2015 contrôlait un territoire aussi vaste que la Grande-Bretagne, et alignant jusqu’à 80 000 combattants. De même, l’émergence de l’EI conduira à un accroissement notable des attentats sur le sol européen, avec notamment les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Aujourd’hui, après la mise en place d’une coalition internationale menée par les Etats-Unis contre l’EI en 2014, ajoutée à l’intervention russe en Syrie en 2015, l’EI a perdu son contrôle territorial ainsi que son chef Al-Baghdadi, tué en 2019. Le groupe reste malgré tout une menace persistante, tout comme Al-Qaïda, pouvant amener des sympathisants ou de jeunes convertis à perpétrer des attentats.

Par ailleurs, après Al-Qaïda dans les années 2000, puis l’EI dans les années 2010, un nouveau danger islamiste se présente pour l’Europe, avec la Turquie d’Erdogan

En voulant mener une « guerre contre le terrorisme » dans le monde musulman, les Etats-Unis ont permis à la mouvance djihadiste de « globaliser » son champ d’action, au-delà du sanctuaire afghan. Par ailleurs, après Al-Qaïda dans les années 2000, puis l’EI dans les années 2010, un nouveau danger islamiste se présente pour l’Europe, avec la Turquie d’Erdogan. Celle-ci est dominée depuis 2002 par le parti AKP (Parti de la justice et du développement), proche idéologiquement des Frères musulmans. Depuis bientôt dix ans, après avoir re-islamisé son pays, le président Erdogan met en œuvre une politique néo-ottomane, qui vise à restaurer la puissance turque et renforcer son influence sur les anciens territoires de l’Empire ottoman.

Ce néo-ottomanisme s’appuie notamment sur un soutien aux Frères musulmans, qui avec le président Erdogan, partagent l’objectif à terme de restaurer le Califat, aboli en 1924, et ainsi unifier l’Oumma, la nation islamique. Aussi, en favorisant la réislamisation des sociétés du Moyen-Orient par les Frères musulmans, la Turquie dispose d’un terreau pour s’implanter. En outre, la reconversion en mosquée de Sainte Sophie en juillet dernier permet au président Erdogan de s’afficher comme porte-drapeau de l’islam, en s’inscrivant dans les pas de Mehmed II le Conquérant (1432-1481) qui avait accompli en 1453 le rêve musulman de prendre Constantinople.

Lire aussi : L’opposition à la Turquie islamiste pour favoriser le rapprochement franco-russe ?

Cette volonté de peser sur le monde musulman place la Turquie en opposition avec l’Arabie saoudite, qui dispose sur son sol des lieux saints de l’islam avec la Mecque et Médine depuis 1925, mais qui est accusé d’être sous la coupe des occidentaux. L’autre puissance rivale à la Turquie est l’Iran, qui descend des empires perses de l’Antiquité et qui s’est longtemps confronté à l’Empire ottoman, notamment avec la dynastie des Séfévides (1501 à 1736) qui converti le pays au chiisme. Enfin, le troisième pays auquel Ankara est confronté dans sa volonté de régir le monde musulman est l’Egypte, qui fut le siège du Califat fatimide, chiite, de 969 à 1171, avant de revenir au sunnisme et de jouer un rôle important dans la guerre contre les Etats croisés par l’action de Saladin, pour enfin être le siège des derniers califes abbassides sous les Mamelouks de 1250 à 1517 jusqu’à la conquête ottomane.

Par ailleurs, la menace turque est plus importante pour l’Europe, qui n’est plus confrontée à un groupe, mais à un Etat doté de moyens diplomatique, économique et d’une force armée de 355 000 hommes. De même, au cours de ces 19 ans depuis le 11 septembre, les pays d’Europe, ont continué de laisser venir sur leur territoire une immigration musulmane tout en abandonnant la politique d’assimilation. Le résultat est que plusieurs zones islamistes se forment à travers le continent, favorisant l’implantation des cellules djihadistes. De même, il n’est pas improbable que l’implantation des Frères musulmans en Europe et la politique néo-ottomane de la Turquie puisse avoir une influence sur ces populations immigrées.

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