C’est par une citation de Napoléon que nous sommes plongés dans le monde de la nouvelle série La Révolution : « L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord ». Vraisemblablement, l’histoire de la Révolution telle qu’elle nous a été racontée sera démentie et déboulonnée ! Lancée le 16 octobre 2020 (en l’occurrence, le jour du 227e anniversaire de la mort de Marie-Antoinette), l’uchronie assumée ne manquera pas toutefois de choquer par sa pathologisation, dénonçant la discrimination comme un virus à éradiquer.
Nous sommes en 1787, et le jeune médecin Joseph Guillotin découvre le mystérieux virus du « sang bleu » contaminant les nobles et les transformant en zombies cannibales et efféminés. Ceux-ci ne peuvent s’empêcher de tuer les paysans afin d’assouvir une faim insatiable, poussée tant par un instinct animal que par un préjugé social (un odorat développé leur permet de renifler les « pauvres »). En outre, le virus exacerberait la passion diabolique déjà innée chez les aristocrates. Notons finalement que le virus ne touche pas les paysans, eux qui sont les victimes et donc forcément les plus vertueux…
Dans un combat manichéen et millénariste qui coche toutes les cases de la bien-pensance, les paysans-martyrs se confrontent aux aristo-démons rongés par la richesse et le privilège dans le but de renverser l’ordre établi
Bien sûr, une exception est à prévoir, car il existe un paysan contaminé par le sang bleu. Celui-ci parvient savamment à maîtriser les effets de la maladie grâce à sa force de caractère, ainsi que sa force morale, tout en étant aidé par un ami pratiquant une magie vaudou bienveillante (la bonne conscience ordonne que ce soit un ancien esclave des colonies faussement accusé d’un meurtre par la noblesse). Dans un combat manichéen et millénariste qui coche toutes les cases de la bien-pensance, les paysans-martyrs se confrontent aux aristo-démons rongés par la richesse et le privilège dans le but de renverser l’ordre établi.
Mais passons sur les clichés, les répliques prévisibles, ainsi que les personnages féministes caricaturaux. Le bide artistique ne saurait nous aveugler contre les idées totalitaires véhiculées par la série de Netflix qui pathologise la société. L’idée d’une catégorie sociale contaminée par un virus et qui risque d’annihiler la société ne date pas d’hier ! En 1978, Susan Sontag théorisait devant l’histoire cet amalgame dans La maladie comme métaphore : les vices refoulés en l’homme seraient à la source d’une infirmité contagieuse, indésirable pour la société. Aux heures les plus sombres de l’histoire allemande, nous savons que l’amalgame était relayé dans la machine médiatique, en totale symbiose avec l’État. Impossible de désidéologiser les contaminés ? La Solution finale s’était imposée pour éliminer le virus.
Lire aussi : Notre Dame et la Révolution française : Une relation paradoxale ?
Peut-on alors feindre d’ignorer la pathologisation de la société survenue lors de la pandémie du coronavirus, après avoir regardé La Révolution ? En rappel : au mois de février, SOS Racisme lança le mot-dièse #jenesuispasunvirus pour soutenir la communauté asiatique. Du 30 mars au 5 avril, Le Monde publiait une série de textes intitulée « Racisme et antisémitisme : ces autres pandémies », où il est expliqué que « la situation actuelle permet à chacun de mesurer ce que signifie une épidémie, la propagation d’un mal invisible, sur les plans collectif et individuel, dans tous les aspects de l’existence, des gestes anodins du quotidien – devenus sources de dangers – aux bouleversements sociaux, présents et à venir ».
Suite à la mort de Georges Floyd aux États-Unis en mai, le journaliste de CNN Don Lemon diffusait sur Twitter le gros titre « Two deadly viruses : Covid 19 and racism », relayé en France une semaine plus tard. Le 10 juin, les grands journaux francophones de part et d’autre de l’Atlantique publiaient la tribune de Dany Laferrière, « Le racisme est un virus ». Le même jour, en Conseil des ministres, le Président de la République aurait dénoncé cette « maladie qui touche toute la société ». Le 17 juin, Libération publiait la tribune de Kofi Yamgnane, ancien Secrétaire d’État sous Mitterrand, où il réclame à Macron de « purger » la société française du racisme, un « virus mortel », pour assurer la paix sociale. Ce n’est là qu’un échantillon.
Comment ne pas voir en La Révolution une démagogie contre l’héritage monarchiste de la France, si grossièrement conspué ? Comment ne pas y voir des donneurs de leçon à une France qu’ils disent ringarde, en retard sur les droits LGBT et les libertés individuelles ?
Précisons que la série était tournée bien avant la pandémie et les manifestations d’antiracisme ; il reste cependant qu’avec la netflixisation de la France, cette pathologisation des conflits continuera de se répandre à force de cliquer sur « prochain épisode ». N’oublions pas que le projet d’investissement de Netflix sur le marché français y collabore : en janvier 2020, un apport de plus de 100 millions d’euros avait été endossé par le ministre de la Culture Franck Riester et le maire de Paris Anne Hidalgo. En France et au-delà, on sait bien que la multinationale n’est pas sans biais politique à promouvoir, ayant biberonné l’idéologie du racisme systémique dans le cadre du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis avec un don de 120 millions de dollars. « Il n’y a pas de révolte sans mécène », disait le baron de Lariboise ; une réplique de la série qui ne passe pas inaperçue !
Un personnage martèle : « Pourquoi ne pas accepter que le monde doit changer ? » Face à une scénarisation aussi peu subtile, comment ne pas voir en Netflix, sous couvert de production française, la même vague américaine qui nous apporta le racisme systémique ? Comment ne pas voir en La Révolution une démagogie contre l’héritage monarchiste de la France, si grossièrement conspué ? Comment ne pas y voir des donneurs de leçon à une France qu’ils disent ringarde, en retard sur les droits LGBT et les libertés individuelles ? Comment ne pas y voir, ultimement, un affront contre tous ceux, devant l’alliance d’islamo-gauchistes, qui réclament la permanence de la France ?
Avis aux Gaulois réfractaires, qu’on se plaît à diaboliser et traiter de fascistes, à force de s’accommoder de cette dangereuse alliance entre virus et préjugés fantasmés, nous nous confrontons naturellement à la question du remède. Est-il même envisageable ? À défaut de trouver un vaccin pour guérir le virus du sang bleu dans La Révolution, on devine sans difficulté la solution qui viendra à bout des malades.





