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La Grande bouffe : Mastroquet et bistrouille

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Publié le

28 octobre 2020

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Au jeu des mots rares oubliés, le mastroquet est en bonne place. C’était le débit de vin, là où les tonneaux s’entassaient et où le patron les mettait en bouteille et en carafe pour porter le vin jusqu’à la table.
mastroquet

On y trouvait aussi de la bistrouille, un mauvais alcool de tord-boyaux dont le film Un Singe en hiver donne un aperçu corsé. Les mots se mêlant au gré de l’alcool et des disputes ils ont donné naissance au bistroquet et au bistrot, voire au simple troquet. On y vient pour boire, pour parler, pour vivre. Curiosité des mots : la brasserie désigne désormais un lieu où l’on se restaure même s’il n’y a pas une goutte de bière brassée. Et dans les vraies brasseries, où l’on fait de la bière, brasseries artisanales et de poche qui pullulent depuis quelques années, on ne sert pas les plats.

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La brasserie est à la France ce que la pizzeria est à l’Italie. Mais nos cousins italiens ont réussi à exporter le concept de pizzeria, que l’on retrouve dans toutes les grandes villes du monde, alors que seule la cuisine française de luxe s’exporte à l’étranger. C’est bien pour les restaurants étoilés, mais il est dommage que la cuisine quotidienne et journalière n’ait pas de fenêtre à l’étranger quand il est si facile de déjeuner dans un restaurant chinois, japonais, italien ou indien.

Le mastroquet a disparu, remplacé par le café. Cette boisson venue d’Italie s’est installée à Paris avec l’établissement de Procope comme fer de lance. Par métonymie, la boisson a donné son nom au restaurant si bien que l’on se rend aujourd’hui dans les cafés pour déjeuner comme pour travailler. Le café-concert réunit les artistes et les saltimbanques, le café-théâtre les troupes à la recherche de gloire et les cafés littéraires les repaires des écrivains et des intellectuels. Le café devient salon et bureau et le zinc la tribune du peuple. Le troquet a su changer de nom pour garder l’essentiel : être un lieu de vie et de rencontre. À ceux qui le disaient mort, il a été en partie ressuscité par un virus. À l’heure du télétravail et des bureaux nomades, le café se fait lieu d’échanges et de rencontres indispensables.

Quand on veut le couper et l’individualiser, l’homme retrouve toujours les facultés de retisser des liens de sociabilité ce qui passe par les choses simples et essentielles du partage d’un verre, que ce soit un demi, un canon ou un café calva

On y donne rendez-vous, on y rencontre un voisin ou un collègue. L’ambiance du lieu, la décoration, la situation disent beaucoup sur celui qui le fréquente. Aéroports, aires d’autoroute, gares, avenues, partout où il y a un café il y a de la vie, des rencontres et des échanges. Cela témoigne du fait que la table et la nourriture sont essentielles à l’homme. La table sur laquelle on travaille ou à laquelle on partage un repas ou une boisson ; la nourriture que l’on boit ou que l’on mange. Les noms ont changé, les lieux ont évolué, on ne consomme plus les mêmes choses, des jus de fruits à la place de bistrouille ; on n’entend plus les mêmes accents, mais demeure ce besoin de lieu pour se rencontrer et travailler. Quand on veut le couper et l’individualiser, l’homme retrouve toujours les facultés de retisser des liens de sociabilité ce qui passe par les choses simples et essentielles du partage d’un verre, que ce soit un demi, un canon ou un café calva.

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