Aujourd’hui encore en Italie, ce prince d’Empire garde des aficionados qui se sont réunis en association et entretiennent son souvenir. Un descendant et homonyme marche dans les pas de son ancêtre ; à 47 ans, cheveux et barbe légèrement grisonnants, le prince Joachim Murat est le descendant direct du maréchal du même nom, qui chargea sabre au clair sur tous les champs de bataille d’Europe ou peu s’en faut. L’homme a des idées, tranche dans le vif façon Eylau lorsqu’il évoque l’état actuel de la République française.
« C’est un nom en héritage qui n’est pas dur à porter », affirme très modestement Joachim Murat. Il ne craint la comparaison avec ses ancêtres lorsqu’il sacrifie à la tradition familiale en rejoignant l’armée. Cet engagement s’inscrit dans le temps long et une fidélité aux armes, que les Murat ont observée bien après les premier et second empires. Ces messieurs donnèrent généreusement leur vie à la France durant les deux guerres mondiales. Le grand-père de Joachim Murat est décédé en 1944 au cours d’un combat avec la division Das Reich. « En héros », précise avec beaucoup de fierté l’actuel prince, qui s’est instruit au 4e bataillon de Saint-Cyr, puis a servi chez les paras, avant de participer au maintien de la paix au Kosovo dans les années quatre-vingt-dix. Son parcours éclectique a fait un détour par les pistes du cirque Bouglione, avant de parvenir jusqu’à une société d’informatique américaine.
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Ensuite il travaille un temps au plus proche de l’État au ministère de l’Éducation, puis en qualité de conseiller à celui du Commerce extérieur. Sa famille a donné un élu à la IIIe République, et lui-même n’exclut pas de se présenter aux élections législatives dans deux ans, voire aux prochaines européennes. « Il n’y a aucune raison qu’un Murat s’empêche de rejoindre la politique si je vois un parti qui porte les idées et les valeurs bonapartistes auxquelles je suis attaché », déclare le descendant du maréchal, qui précise toutefois, « qu’aucune des formations actuelles représentées au parlement ne répond à ses attentes ». Il revendique « son soutien absolu » au mouvement France Bonapartiste, un groupe à mi-chemin entre micro-parti et think-tank.
Souverainiste assumé, cette « tête brûlée au service de la nation », comme il se définit lui-même, souhaite la renégociation des traités européens sans pour être autant un partisan du Frexit. Il n’est pas non plus nostalgique d’une monarchie impériale. Ce soutien des Gilets jaunes est avant tout un républicain qui espère que les commémorations prévues pour le bicentenaire de la mort de Napoléon en 2021 seront enfin « l’occasion de mettre fin à cette repentance dans laquelle on se vautre depuis [la présidence] Chirac, qui fait que l’ambition a été remplacée par la rédemption ». Avec un minimum de volonté politique et de vision, « cet événement permettrait d’inverser, casser ce cycle auquel je ne souscris pas », renchérit-il. « On a suffisamment dit aux Français de détester leur pays et on voit le résultat actuellement », poursuit, un brin agacé, ce prince de Pontecorvo pour qui importe intimement la défense du drapeau tricolore et de la patrie.
Quant à la question du séparatisme, agitée depuis peu par le gouvernement face à la montée du communautarisme islamique, « la seule réponse à apporter à ce problème, c’est la politique de Murat. Foutez-moi tout ce monde dehors ! »
Le bonapartisme c’est aussi un goût pour le plébiscite, qu’il défend à toute occasion avec passion, sous la forme du référendum. Il attaque la montagne des problèmes français par la face de la Justice : « Il faut en finir avec la culture de l’excuse qui s’est répandue dans la magistrature. Je suis pour la double peine, condamnation et expulsion, pour les binationaux retour avec interdiction de revenir sur le territoire national à tout jamais. » Quitte à être dans la transgression du politiquement correct, ce signe prégnant d’un empire américain qui n’est autre que la revanche des Anglais, « il faut mettre fin aux sanctions contre le peuple russe. La menace russe est tout à fait exagérée, nous avons intérêt face à la Chine et la Turquie à nous allier à eux. Il ne faut à aucun prix les pousser vers les Chinois ». Et il sait de qui il parle : Joachim Murat a passé un an et demi en Russie, sillonné le pays de long en large, et entretient une amitié avec Georges Romanov.
Quant à la question du séparatisme, agitée depuis peu par le gouvernement face à la montée du communautarisme islamique, « la seule réponse à apporter à ce problème, c’est la politique de Murat. Foutez-moi tout ce monde dehors ! » déclare le prince Joachim, paraphrasant le maréchal qui avait viré l’Assemblée à coups de baïonnettes lors du 18 Brumaire. Les soldats avent suivi.
Frédéric de Natal





