Éloge de la force de Laurent Obertone n’est pas un livre, mais une escroquerie : l’auteur prétend dévoiler les secrets du réarmement intellectuel aux « exclus du système », alors qu’il récrit les discours galvanisants de Macron dans le style d’Anna Gavalda : « Tout dépend de trois critères fondamentaux. Douance. Dominance. Divergence. Autrement dit l’intelligence, la volonté et la créativité. (…) voilà l’équation de la vie. La clé de ton accomplissement, de ta réputation, de ta valeur sélective. Ce qui te vaudra admiration, confiance, attention, opportunités, prétendants, argents, respect, reconnaissance, plénitude, alliés de valeur et de talent, etc. Assaisonne ces trois critères d’un peu de bon sens – sentir l’air du temps, s’adapter sans se perdre, ne pas s’autodétruire – et voilà la recette du pouvoir ». Quoi de différent de la start-up nation ? Mais Obertone promet plus que Macron : avec ses principes, on pourrait devenir carrément « milliardaire ».
Obertone n’a aucun souffle, mais seulement des halètements de bête traquée, incapable d’aligner plus de huit mots sans manquer d’air
Obertone pastiche aussi Nietzsche, mais dans un style oraculaire, pointilliste, avec des « phrases écran » dans lesquelles chacun peut apercevoir le reflet de ses angoisses et de ses désirs, ce qui a fait le succès des astrologues. Obertone n’a aucun souffle, mais seulement des halètements de bête traquée, incapable d’aligner plus de huit mots sans manquer d’air. Ces pauses interminables sont censées impressionner son lecteur, « M. Moyen », auquel il s’adresse d’emblée comme le serpent Kaa : « Il y a dans ces lignes un venin que pour l’heure tu ne sens pas. Je te vois. Je te lis. J’ai piraté ta conscience. Et page après page je vais m’emparer de toi, passer par tes yeux et tes doigts, et à la fin te posséder. Tu vas vomir et te tordre. Me supplier. Et peut-être que je te vaccinerai. Que tu comprendras ».
Comment continuer sérieusement la lecture après une telle déclaration liminaire ? C’est une technique de psychopathe de dévoiler ses intentions malsaines, c’est-à-dire de se cacher en pleine lumière. Mais ça marche, au moins depuis La France Big Brother où Obertone avait posé aussi en sermonneur diabolique, alors pourquoi ne pas continuer à exploiter le gisement de mauvaise conscience des Français déboussolés, exactement comme le « système » qu’il prétend dénoncer ? Sa thèse n’est qu’une variation sur l’anarchisme de L’Unique et sa propriété de Stirner, mâtiné de darwinisme social (« Tu as ce pouvoir de créer des mondes, d’écrire le plus fabuleux des livres, qui est un code ADN »). Parce qu’il capte énormément de ressources qu’il redistribue, l’État « Big-Brother » serait « une sangsue absolue, le méta-parasite », dont il faudrait se libérer. On est dans Seul contre tous de Gaspar Noé et l’horizon, c’est une robinsonnade survivaliste et bobo, car en plus de sortir soi-même ses poubelles, Obertone préconise aussi d’acheter « responsable » et « local ». Et n’oubliez pas de travailler votre « mental » et de « transformer l’épreuve en opportunité » !
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Or, le 26 septembre dans « Samedi politique », sur TV Libertés, Obertone expliquait gratuitement : « À partir du moment où vous avez une population qui va réclamer et exiger des bénéfices, des aides, des subventions, des systèmes de santé, forcément l’État et les individus qui le détiennent, par démagogie, par souci de rester en place, vont accepter de transférer toujours plus d’argent à la population, donc vont accroître leur emprise sur la société ».
Pour Obertone, même lorsque l’État fait la volonté du peuple, l’État le trahit. Obertone est comme un amoureux jaloux qui interpréterait même les signes de dévotion de sa bien-aimée comme autant de preuves de son infidélité. Comment discuter des « idées » de quelqu’un qui arrive d’un fait et de son contraire exactement à la même conclusion ? L’Éloge de la force ne parle pas de notre monde, mais seulement de l’esprit obsidional et cynique de Laurent Obertone.

Ring, 240 p., 18€





