En effet, il semblerait que ces catholiques à l’ignorance crasse et à la foi théocratique se soient trompés de religion. Car il y la religion qu’ils veulent continuer de pratiquer dans une tradition poussiéreuse, et il y a la religion nouvelle de M. Ferry. Car il y a la religion obscurantiste accrochée à des pratiques médiévales de ceux qui croient aux sacrements, et la religion éclairée par des pratiques modernes de M. Ferry. Car il y a la religion de ceux qui croient que la santé de l’âme prime sur la santé du corps, et il y a la religion angélique de M. Ferry. Car il y a la religion de fidèles complètement stockholmisés par des dogmes, et il y a la religion autonome de M. Ferry. Car il y a la religion pharisaïque de ceux qui veulent donner corps à leur foi dans espace-temps donné, et il y a la religion enfin débarrassée de toute pratique encombrante de M. Ferry. Il y a la religion vulgairement extérieure d’une foule de fidèles, et il y a la religion intérieure de M. Ferry.
Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société
Selon M. Ferry, la religion chrétienne est la religion de l’intériorité tandis que l’extériorité serait l’apanage d’un autre monothéisme, comme il a eu lui-même le courage de ne pas le nommer. Et les deux extraits de la Bible cités à l’antenne (la femme adultère et un déjeuner avec des pharisiens) de justifier cette exégèse relativiste. Mais si M. Ferry se convainc encore des sophismes frelatés de la modernité, tel que ce dualisme cartésien là pour se donner bonne conscience de pratiquer la religion comme on l’entend dans son coin, ils ne convainquent plus que ceux qui comme lui confondent liberté et autonomie. Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société. Et si M. Ferry parlait vraiment avec une connaissance intérieure de ce que la foi catholique propose à ses contemporains en terme d’éthique, il saurait qu’entre ces deux extrêmes Jean-Paul II a trouvé l’intervalle suffisant pour proposer dans Veritatis Splendor une théonomie participée. La méconnaissance de M. Ferry est regrettable pour lui-même, pour les catholiques qu’il blesse par cette leçon grossière, et pour les auditeurs dont l’intelligence n’est pas respectée à cette occasion.
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Parce que s’il y a une religion qui assume la dimension corporelle de l’être humain c’est bien la religion catholique (l’incompréhension peut venir de ce que le rapport à cette dimension est vécu d’une façon ordonnée à un plus grand bien qu’est le bien de l’âme, et non pas d’une façon dérégulée). Car comme l’annonçait déjà St Grégoire le Grand à ses détracteurs : « Nous aimons le plaisir, et nous l’aimons plus que vous, car nous l’aimons d’une façon ordonnée. ». A travers la foi en Jésus-Christ fils de Dieu, les catholiques annoncent un Dieu fait homme (révélation unique dans l’histoire de l’humanité soit dit en passant), c’est-à-dire un Dieu qui a assumé pleinement la nature humaine, et qui l’a assumé jusqu’au bout, avec ses joies et ses peines, jusqu’à la mort sur la croix. Et les pères de l’Eglise d’ajouter : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu ». C’est-à-dire que les catholiques annoncent qu’il y a dorénavant du corporel en Dieu. Et le moindre lecteur de Thomas d’Aquin pourrait expliquer l’ordonnancement du plaisir à la joie. Sans parler de la foi en la résurrection des corps … Bref les exemples et les arguments ne manquent pas pour démontrer toute l’importance de la dimension corporelle, et donc pas qu’intérieure, de la religion catholique. A votre dualisme je ne réponds ni âme d’un côté ni corps de l’autre, mais une âme dans un corps. Et c’est pourquoi justement la religion catholique ne peut échapper à une forme d’extériorité : parce qu’il croit qu’il est âme dans un corps, le catholique accepte que sa prière et sa foi en des réalités invisibles passe par des signes extérieurs visibles, cela s’appelle des sacrements, ils sont considérés comme étant essentiels par les catholiques, et la messe organise l’un de ces 7 sacrements.
De plus, dans le catéchisme de M. Ferry, nous apprenons que l’Eglise n’aurait jamais rendu la messe obligatoire. J’ai failli m’étouffer … Il faut dénoncer tout bonnement le mensonge de M. Ferry (cf. §1389 du Catéchisme de l’Eglise Catholique). L’attachement des fidèles à la messe est en fait multiple et choisi, au-delà de cette prescription. J’ai écrit multiple, j’en citerai deux aspects majeurs : la communion et la communion.
Pour ces fidèles la messe n’est pas obligatoire, mais elle est nécessaire en ce qu’elle est source et somme de leur vie spirituelle. Elle est pour eux un bien essentiel au même titre que n’importe quelle autre nourriture. Car pour le catholique, communier à l’occasion de la messe est ingérer une nourriture proprement spirituelle sous l’apparence d’un morceau de pain, une nourriture qui nourrit l’âme. Quand le catholique affirme qu’il souhaite communier le dimanche parce que cette nourriture spirituelle est aussi importante pour l’âme que la nourriture matérielle pour le corps, il ne fait que prolonger la fidélité dont les martyrs ont fait preuve avant lui : celle de ne pas renier leur foi car ils croient que l’âme survit au corps.
Quand le catholique affirme qu’il souhaite communier le dimanche parce que cette nourriture spirituelle est aussi importante pour l’âme que la nourriture matérielle pour le corps, il ne fait que prolonger la fidélité dont les martyrs ont fait preuve avant lui : celle de ne pas renier leur foi car ils croient que l’âme survit au corps
Ensuite, c’est aussi au titre de cette communion qu’ils pratiquent le dimanche à la messe, que les catholiques sont sans cesse encouragés et confirmés à être un levain de communion dans la société. En-effet, si le mystère de la transsubstantiation est premier dans la messe, la communion des fidèles au même corps est l’effet principal. Priver les fidèles de la messe en les empêchant d’accéder à leur source, c’est empêcher la société de profiter de la communion que les fidèles lui apportent : les œuvres de bienfaisance animées par ces fidèles sont indénombrables en France. Il n’y a pas une paroisse en France sans une œuvre de bienfaisance, sans paroissiens qui ne se mettent au service des autres. C’est pourquoi l’attitude de M. Ferry devient proprement choquante plutôt que celle de ces fidèles, et d’autant plus indécente quand on fait l’effort de se souvenir du tribut récent payé par les catholiques. Car véritablement, et cette fois sans ironie, il y a la religion partagée de ceux qui veulent donner ce qu’ils reçoivent, et il y a la religion égoïste de M. Ferry à vivre dans son coin. Il est absolument choquant d’oser affirmer que les catholiques ne prennent pas leur part du fardeau qui pèse sur l’ensemble de la société, malheureusement pour eux, ils prennent cette part peut-être trop silencieusement depuis trop longtemps pour qu’ils retiennent vraiment l’attention.
Enfin, quant aux évêques dont M. Ferry réclame l’amitié, comme par argument d’autorité, et malheureusement pour son effet rhétorique parmi bien d’autres conséquences malheureuses plus graves, ils ne font plus autorité que dans leurs secrétariats. Il y a longtemps qu’un catholique Français sait qu’il vaut parfois mieux être seul que mal accompagné car certains évêques semblent oublier leur catholicité au profit de leur cathodicité. M. Ferry se targue de l’amitié de l’évêque de Valence qui ose écrire dans La Croix que ces fidèles « n’envoient peut-être pas le bon signal de l’Eglise ». On se demande s’il sait encore ce que c’est que d’envoyer un signal de l’Eglise ? Quels signaux envoie-t-il si ce n’est les pastorales désastreuses qui ne font qu’accompagner l’évidement des églises ? Quant à annoncer que les églises ne risquent pas de faire faillite, on se demande si ça relève du mensonge ou de la bêtise : combien d’évêchés endettés ? En tant que fidèle je peux témoigner des demandes répétées du clergé aux fidèles de ne pas oublier le denier du culte à cause de l’absence des quêtes…
Les fidèles n’ont pas autant de diplômes canoniques que leurs évêques mais ils ne sont pas assez bêtes pour croire encore ces sophismes. Alors puisqu’il paraît que l’argent est le nerf de la guerre, les fidèles n’oublieront pas ceux qui ne les ont pas trahis dans l’adversité. Mais qu’il se rassure car les fidèles ne s’intéressent aux faillites des églises, ils continueront de donner. Mais qu’il s’inquiète car les fidèles restent préoccupés par la mission de l’Eglise, et l’histoire de l’Eglise est riche de ces moments où le peuple de Dieu a destitué les prélats indignes pour se choisir des saints comme pasteur, même contre leur gré. L’Eglise peut faillir temporellement. Est-il aussi possible d‘évoquer l’évêque de Rouen qui a chassé hier matin de son église des fidèles qui avaient entonné une prière à voix haute dans l’église ? Ces fidèles n’attendent pas leur clergé dans la rue, ils l’attendent à leur place. Cela fait bien longtemps qu’il est plus facile de trouver du gel hydro-alcoolique dans un bénitier qu’un prêtre dans une église pour se confesser.
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Ces fidèles manifestent leur attachement à la liberté de pratiquer leur culte contre le despotisme technocratique qui s’annonce de plus en plus explicitement. Ils ne sont ni contre une juste laïcité, ni pour une théocratie, ils ne s’identifient pas comme une communauté au- dessus ou en-dessous de la société, ils s’identifient comme des membres de la société, dans cette société, avec un souci de communion particulier. Ils ne demandent pas à être crus et suivis dans leur foi, ils demandent juste à être compris, ils demandent juste que la spécificité de leur présence dans la société soit acceptée, d’autant plus qu’il n’est pas démontré que cette spécificité nuise au corps social, bien au contraire.
Si M. Ferry voulait continuer à professer que la religion catholique est une religion intérieure et qu’à ce titre toute démarche publique est intrinsèquement contraire, qu’il le fasse, mais avec la cohérence qu’elle mérite ; ainsi la prochaine fois qu’il voudra faire la leçon aux catholiques, qu’il se taise et qu’il prenne le temps de méditer en son forum intérieur ce qu’il souhaite dire. Et moi je ne cesserai quand même pas de l’écouter sur Radio Classique.
Jean Jacques





