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Le temps qu’il fait est-il de droite ?

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Publié le

23 novembre 2020

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Commençons par de fortes évidences. Le temps retrouvé est de droite, car il redonne à chacun la consistance et la cohérence de ses jours, surgis comme une vieille banquise d’un hiver oublié. Le temps détruit est de gauche, car nier le passé est le fait des utopistes qui haïssent ce qui fonde véritablement les hommes.
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Les autres temps sont à peser avec délicatesse. La nuit des temps est sans doute à droite, ces derniers temps sont visiblement de gauche, « en temps utile » est suspect, le vilain temps est de Perret, l’air du temps est extraordinairement subtil… Mais tous ces temps sont bien psychologiques. Qu’en est-il du temps qu’il fait, celui qu’on découvre en mettant le nez à la fenêtre, plus sûre que toutes les applications météo ? Ce ciel de septembre, lumineux sans excès, ou ce gris d’octobre, sartorialement élégant, en attendant novembre et ses nuances plus métalliques, que nous disent-ils ?

Qu’en est-il du temps étouffant de la canicule où les heures immobiles brûlent en silence, ou de ce petit temps frais qui nous engourdit – ou nous vivifie, selon l’heure du matin où il nous saisit, quand on vient de tourner le coin de la rue ? Quand on se promène dans les vignes où tinte encore, de feuille en feuille, la pluie du matin ; quand on se retourne, une fois la pente gravie, et qu’on regarde la vallée avec ce parfum de pluie qui précède l’averse, signe qu’on doit vite planter la tente sur laquelle, tout à l’heure, les gouttes tambourineront plus ou moins mollement ; quand on contemple le jardin – ou la rue, ou la chambre – et que le poids des choses, mystérieusement équilibrées, en deçà des mots, nous paraît ajusté à notre existence, suspendue dans ce présent qu’on éprouve enfin non plus dans sa fuite mais dans sa consistance. C’est sans doute cela le clair du temps.

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C’est le temps qu’il fait et qui nous fait. Ce temps-là nous n’avons pas envie de le tuer et nous ne sommes plus très certains qu’à demeurer ainsi contemplatifs nous le perdons ou le gagnons. Nous le vivons. C’est le temps de l’instant présent, qui nous rappelle que nous partageons l’être avec les atomes que nous respirons, que la bise presse ou que la brise promène, avec l’eau qui coule, le soleil, les astres les plus froids, les nuages et nous autres, fragiles buées qui foulons l’herbe et le roc, bientôt dissipés comme les herbes des champs. Mais mystérieusement échangés, et donc maintenus, avec ce à quoi nous avons donné du temps, dans quoi nous nous sommes incorporés. Une coutume ou une famille, une tradition ou un pays, un amour ou une amitié, ces réceptacles qui nous font sentir que le temps qu’il fait est un temps à saisir simplement, ici et maintenant, dans sa densité mystérieuse où nous nous coulons lentement pour mieux en extraire cette permanence que nous voulons donner à ce qui importe.

Résumons-nous. Le temps qu’il fait est le temps où nous existons. Le temps qu’il fait, beau, lourd, gros, sec ou vilain, est de droite.  

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