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Le nombril est-il de droite ?

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Publié le

22 octobre 2020

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Depuis que je sais que le nombril peut être « comme une coupe où le vin parfumé ne manque pas », comme dit le Cantique des cantiques (les traductions varient mais l’idée générale est là), j’ai tendance à ne pas m’offusquer quand j’en rencontre quelques-uns au gré des places ou aux détours des rues, sans parler des musées.
nombril

Là comme ailleurs, ce qui est lassant est la surabondance et l’uniformité, l’injonction nombrilesque, le psittacisme ombilical, l’avalanche des nombrils estivaux, surtout ornés de pendentifs clinquants alors même que le relâchement des chairs, à défaut de modestie, aurait réclamé plus de discrétion, sinon de pudeur ; qui n’est pas forcément que bigoterie mais aussi jugeote ; mais ceci est une autre histoire.

Mais voilà qu’en ces temps incertains, le nombril se charge de mille nuances politiques. On ne sait plus très bien s’il aide à lutter contre le patriarcat, la sexualisation du corps des adolescentes, le puritanisme-pas-néo des féministes, l’islamisation rampante des mœurs et la disparition de ces communs que sont la rue, la terrasse et la cour, mais le fait est qu’exhiber son nombril est aujourd’hui un Acte de Résistance majusculé et, comme tel, soumis à la règle des fétiches contemporains : brandi comme un symbole, il est vénéré ou haï. Il signale immédiatement l’apprentie Femen (selon la règle bien connue du continuum symbolique : qui vole un œuf, vole un bœuf, qui te sourit, te viole, qui se dévoile, se dénude) – c’est-à-dire cette curieuse variante puritaine qui explique que rien n’est sexuel, et surtout pas l’exhibition de caractères sexuels – ou la catin en puissance, et exige qu’on s’agenouille devant lui comme devant George Floyd ou qu’on le conspue comme un Polanski de base.

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Pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, le ministre de l’Éducation nationale a gravement expliqué que les élèves devaient se vêtir « de façon républicaine » à la faveur d’un appel à porter hauts courts et jupes aussi courtes. On songe avec bonheur au projet de la République naissante de faire porter à tous les Français un uniforme, que David dessina avec enthousiasme. On songe aussi à la fiche d’activité du Thème 4 « De l’éveil de la sexualité à la rencontre de l’autre », disponible sur eduscol.education.fr, où, dans le scénario 2, Denis enjoint à Charlotte de quitter sa jupe (qu’il avait pourtant admirée sur Julie) pour enfiler un jean, et on sent que Denis doit comprendre deux ou trois trucs sur la jupe. On songe enfin à cette dame enthousiaste, fougueuse et dépoitraillée qui entraîne les hommes vers la victoire. On ne comprend pas, on ne comprend plus.

Ou alors on comprend que le ministre refuse de trancher entre les partisans de la burqa et les ayatollettes du micro-short et que « républicain » veut dire, en l’espèce et aujourd’hui, « j’abdique devant le séparatisme musulman et sa morale publique, et devant les féministes et leur négation du corps sexué ». Résumons-nous : le nombril nous rappelle qu’on ne naît pas dans des couveuses, est célébré par les poètes et est nié par la République, qui n’aime pas les corps car ils ne lui appartiennent pas. Le nombril est donc de droite – et cette affirmation se passe d’une nécessaire exhibition.

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