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Blasphème, le malentendu

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Publié le

7 décembre 2020

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Tout ou rien ; rien n’est sacré ou tout l’est. C’est la question toute pourrie que ce monde nous pose et à laquelle il nous somme de répondre.
blaspheme

Comme si rien ne s’était passé depuis 2000 ans, et que l’ancien sacré, totalitaire d’essence, nous revenait en pleine face : ils ont blasphémé, ou bien le faux prophète, ou bien la mauvaise République. On ne sait pas, et ils se renvoient l’injure en boomerang, mais en tout cas on n’a pas le droit de parler. On ? Oui, on, les catholiques qui fondent ce pays et qui le maintiennent dans les derniers reliefs de la civilisation. On, c’est-à-dire nous donc qui avions, après de lourds travaux et d’immenses engueulades, à peu près réglé la question du blasphème et partant de la liberté d’expression : notre morale était, et est encore, une morale de l’intention et qui juge son prochain se juge lui-même.

Dessiner un Jésus à poil quand on sait qu’il a été cloué dans cet appareil sur le patibulum pour nous sauver n’est pas pour nous choquer

Ainsi donc, dessiner un Jésus à poil quand on sait qu’il a été cloué dans cet appareil sur le patibulum pour nous sauver et que nous le représentons ainsi volontairement depuis, et non d’abord en Pantocrator, n’est pas pour nous choquer, malgré les intentions des auteurs. Mais eux se jugent ainsi, et tant pis pour eux. Charlie pouvait vivre et évoluer seulement en terre chrétienne, bouffon sympathique héritier de la farce médiévale.

Seulement il portait caché en lui, et sans doute malgré lui, un mal propre à la République née de la Terreur, c’est-à-dire l’intolérance à toute contestation de sa tolérance qu’elle a érigée en maître-mot, en déesse, en totem. Vieille femme tendre et bougresse, la République ne moufte jamais tant qu’on ne met pas le nez dans sa cuisine : alors, elle qui gouverne si mal se défend bien. Et érige en blasphème tout ce qui la conteste, parce qu’elle n’a nul fondement sinon la proclamation que puisque toute vérité est morte, tout est permis.

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Notre forteresse de certitude

Aussi, quand elle se heurte à son opposé exact dans la totalitarisation du monde, qui proclame que rien n’est permis, soit l’islam, l’étincelle jaillit et le feu prend à la plaine : c’est une guerre à mort, qui ne fait pas de quartier, pas de prisonnier. Or, nous réclamons, nous catholiques, le droit de n’être ni du camp des sarcastiques, des hommes voltaires « au hideux sourire » ; ni du camp des pseudo-forts sans faiblesse, des musulmans sans blessure pour laisser filtrer la grâce.

Ni Marianne, ni Mahomet. Nous réclamons le droit habituel et naturel d’adorer notre Dieu vrai dont la justice ne saurait se passer de miséricorde ni de rire. Laissez-nous chrétienner en paix, c’est-à-dire être des hommes épris d’absolu et pétris de faiblesses.

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