Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire et du confinement sur votre activité ?
À titre personnel, je n’ai pas trop souffert parce qu’une grosse partie de ma clientèle est formée par des particuliers, mais j’ai quand même dû faire un crédit. J’ai plusieurs collègues qui ont 75-80 % de leur clientèle qui sont des cafés, hôtels et restaurants (CHR), et qui eux ont beaucoup plus souffert du fait de la fermeture des restaurants depuis plusieurs mois. Ces collègues-là ont vu leur chiffre d’affaires chuter énormément. Je vous rappelle quand même que la filière vin en France, ce sont 500 000 emplois directs, et je ne compte pas les verriers, les imprimeurs, les fabricants de pressoirs et toute l’économie qui en dépend directement, sinon on se rapprocherait du million.
Nous avons beaucoup souffert quand on a vu que le gouvernement a débloqué 15 milliards d’euros pour l’industrie aéronautique alors qu’elle ne représente que 300 000 emplois. Nous, nous avons eu 250 millions d’euros pour 500 000 emplois, sans compter ce que représente l’image du vin en France, qui est quand même le meilleur ambassadeur de notre pays à l’étranger. Il y a donc l’aspect culturel en plus de l’économique. Et il y a aussi le rôle multitâche des vignerons : nous nous occupons aussi du tourisme, de l’aménagement du territoire et du développement durable.
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Vous nous dites donc qu’outre les restaurants, il faudrait mettre la lumière sur toutes les filières qui dépendent de leur réouverture…
Bien sûr ! Prenez les pêcheurs, les éleveurs, les boulangers ou encore les producteurs de fruits et légumes… Tout le monde parle des restaurateurs ce que je peux comprendre, mais nous on est complètement dépendant : c’est grâce à eux que le champagne et beaucoup d’autres produits se vendent en France. Le gouvernement laisse le métro et certains commerces ouverts, mais ferme les restaurants, ce qui est une imbécillité totale. Les restaurateurs ont fait tous les efforts du monde, mais une fois qu’ils ont fait les investissements nécessaires pour s’adapter, le gouvernement leur a annoncé qu’ils devaient fermer. Or, la restauration, c’est tout un pan de notre économie, et encore une fois, il y a le côté culturel : que serait la France sans sa gastronomie ? Certes, Monsieur Macron a décidé que l’année 2021 serait l’année de la gastronomie en France. Mais y aura-t-il encore des restaurants pour accueillir les gastronomes ? J’en doute.
Avez-vous reçu des aides de l’État, et si oui quelles étaient-elles ?
Il a été voté pendant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et grâce à la filière du vin une exonération des charges salariales sur les travailleurs occasionnels pour le palissage et les vendanges. Mais ça ne sera que l’année prochaine. Dans le vin, on a tout de même une chance : nos stocks peuvent être vendus plus tard, alors qu’un producteur de fruits et légumes perd ses productions invendues après quelque temps.
Hormis cette annulation de charges, vous n’avez reçu aucune aide directe de l’État ?
Non, ou du moins je n’ai toujours rien reçu. Il y a eu le dispositif de prêts garantis par l’État. En ce qui concerne le chômage partiel, nous n’avons pas été touché puisque dans le domaine de l’agriculture ou de la viticulture, nous n’avions pas d’autres choix que de travailler. D’ailleurs, BFM TV a dit récemment qu’il y avait plus d’abeilles pendant le premier confinement parce que les paysans avaient moins travaillé. Depuis quand les agriculteurs arrêtent-ils d’aller dans les champs ? C’est complètement stupide, et c’est là qu’on se rend compte que les gens ne savent absolument pas de quoi ils parlent.
2020 restera une annus horribilis. Il n’y aura pas forcément de faillites, mais on voit bien qu’il y a des gens sans trésorerie ou qui déjà vendent de la vigne
Du reste, Macron a annoncé une aide de 215 millions d’euros pour toutes les exploitations agricoles qui passeront du glyphosate au désherbage mécanique. Cette annonce a eu deux effets négatifs. D’abord, ceux qui ne connaissent pas la filière ont dit que l’on donnait encore de l’argent aux paysans. Nous allons encore passer pour des gens abreuvés d’aides, alors que dans le fond on veut juste pouvoir travailler sans toutes ces règles et normes. Rappelons que l’agriculture française est la plus propre du monde, alors ras le bol des Élise Lucet qui nous tapent dessus sans savoir ! Ensuite, il faut calculer, parce que 215 millions d’euros divisés par 440 000 exploitations agricoles, ça fait 480 €. Ce sont donc des effets d’annonce, du Macron dans le texte.
Avez-vous observé une évolution des pratiques de consommation avec le confinement ? Et quid des exportations ?
À propos des modes de consommation, nous avons été très touchés sur le champagne puisque c’est l’alcool que les gens consomment quand tout va bien et quand ils sont heureux. Difficile avec le confinement… En réalité, ils se sont réfugiés ailleurs puisque niveau volume en France, on n’a quasiment pas bougé. Le rosé a augmenté pendant le confinement, le blanc s’est stabilisé, le rouge a diminué de 6 %. Par contre, les ventes en valeur se sont effondrées. En fait, les gens n’ont jamais autant bu que pendant le confinement, mais ils buvaient moins bien. Quant aux exportations, elles se sont effondrées. J’ai un collègue qui vend 90 % de son champagne à l’étranger au grand export (États-Unis, Japon, Australie) et il a beaucoup souffert.
Dans quel état sortiront les filières du champagne et du vin de cette crise ?
Très affaibli. 2020 restera une annus horribilis. Il n’y aura pas forcément de faillites, mais on voit bien qu’il y a des gens sans trésorerie ou qui déjà vendent de la vigne. Et ce sont des grands groupes qui achètent, comme LVMH. Les Maisons de Champagne nous ont fait une scène peu de temps avant les vendanges, parce qu’ils voulaient absolument baisser les appellations sous peine de faire mourir les maisons. C’est vrai qu’on a de la peine, qu’on se fait des soucis financiers le matin en se levant pour Bernard Arnault !





