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Une journée à la ZAD du Carnet

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Publié le

21 décembre 2020

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ZAD du Carnet, entre les communes de Frossay et Saint-Viau, Pays de Retz, Loire-Atlantique, Bretagne. Après Notre-Dame des Landes, le Carnet à toutes les qualités pour devenir la nouvelle mecque des gauchistes. Il faut dire que l’État a de sérieuses ambitions pour les coin-coin et les grenouilles de ces 110 hectares de zone naturelle en bordure de Loire : leur bétonner la tronche pour développer le Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire.
ZAD

La rive droite du dernier fleuve sauvage d’Europe ressemblant à une boîte de nuit dès que le jour s’éteint avec ses kilomètres de docks et les torchères de ses terminaux gaziers et pétroliers, il s’agit maintenant de s’occuper de la rive gauche qui a le malheur d’être encore plus ou moins vierge, agricole et bucolique. Comme à Notre-Dame des Landes, une ZAD s’est mise en place petit à petit, espérant faire capoter le projet. Comme en 2018, de « l’autre côté de l’eau » comme on dit localement. Mais qui sont les Zadistes du Carnet ? L’Incorrect est allé enquêter.

A moins d’une forte mobilisation locale et nationale comme à Notre- Dame-des-Landes, la ZAD du Carnet souffre de plusieurs handicaps : trop peu de militants en permanence sur la zone. Un terrain moins boisé qu’à NDDL. Trois zones d’accès seulement au terrain qui interdirait toute réimplantation sauvage en cas d’intervention policière. De surcroît, la ZAD du Carnet ne bénéficie pas (encore?) du même soutien des agriculteurs locaux et de leurs tracteurs à réaction. Mais rappelons-nous que la mobilisation pour Notre-Dame des Landes avait végété de nombreuses années avant de s’enflammer et de s’élargir…

La ZAD se renforce en s’épurant

Quand nous arrivons, il plane un certain malaise dans le soviet. Quelque temps auparavant un homme a été exclu de la ZAD pour des faits d’attouchements sexuels. Bon, il faut dire que tout le monde était bien bourré ce soir-là et que l’individu en question a eu la main bêtement baladeuse. Le procès interne qui s’est ensuivi a choqué certain.nes et il a fallu une AG tendue pour épurer les choses.

Lire aussi : Loire-Atlantique/Bretagne : vers la réunification ?

La règle à la ZAD est pourtant claire : « on n’exclut personne » (nous déconseillons cependant à L’Incorrect d’y tenir ses réunions de rédaction) ; mais là il a bien fallu virer la brebis vicieuse. Quelques semaines auparavant, un groupe de punks à chien avait également été dégagé. Trop de picoles, trop de comportements limites. Là aussi, la purge avait fait débat.

Bourgeoisie gauchiste

Mais au-delà de la présente affaire, on sent une fracture plus « systémique » au sein de la ZAD : à côté d’une minorité de militants radicaux prêts éventuellement à s’opposer physiquement à une intervention des forces de l’ordre, existe une majorité d’étudiants, dont beaucoup sont parisiens et d’origine bourgeoise, venus passer leurs vacances puis leur confinement sur zone. « Avant de rentrer tranquillou chez papa et maman à Paris ? » nous glisse, goguenard, un militant. « Il y a clairement des oppositions classistes sur la ZAD », ose un autre. « Et cela se ressent dans certaines prises de décisions. De toute façon nous verrons bien ce que feront certains quand il commencera à faire froid ou que la pression des flics sera plus importante ».

© Twitter Zad du Carnet

Un discret soutien local

Et les relations avec les autochtones ? « Il y a des paysans qui nous soutiennent, comme par exemple l’agriculteur voisin qui nous prête son champ », d’autres agriculteurs sont également cités ainsi qu’une association citoyenne de la commune voisine de Paimboeuf. Mais dans ce pays de Retz breton historiquement ancré à droite, les sympathisants de la ZAD se font discrets même si le projet rencontre une certaine opposition de la population. Des habitants soutiennent la lutte à leur manière en offrant douche et lavage des keffiehs. Mais le plus étonnant est que la ZAD du Carnet peut parfois ressembler au second round de la bataille de Notre-Dame des Landes : les Zadistes de NDDL ayant, au départ essayé de mettre la main sur la lutte du Carnet (ils ont été éconduits depuis), pendant que l’ancien président des « Ailes pour l’Ouest » qui soutenait le projet d’aéroport de NDDL a, quant à lui, lancé, avec une quinzaine de personnes dont des chefs d’entreprise, un collectif de soutien… au projet du Carnet !

Mais les jeunes ultra-connectés menant la lutte gardent jalousement leur indépendance. Europe Écologie les Verts a pointé son nez mais sans plus, des indépendantistes bretons ont volé le drapeau français de la mairie de Paimboeuf pour le brûler « en soutien au Carnet » mais, même si l’acte a été salué par les occupants, ceux-ci sont, dans leur grande majorité, très loin de cette problématique.

Idéalisme agricole

En nous promenant derrière la barricade, nous remarquons une anomalie de la nature. Mi-homme mi-femme, tout maigre avec des seins et une barbe surmontée d’une coiffure typiquement féminine ! Horreur ! « Genre fluide » sûrement.

Efficaces et motivés pour préserver la nature autant qu’effrayés par l’hiver qui vient et l’appart’ en ville qui attend, les Zadistes du Carnet sont paradoxaux comme seuls les gauchistes peuvent l’être

Même si l’alcool semble présent il n’y a pas d’excès, les joints se font discrets. Alors que le soleil descend, nous sentons bien quelques odeurs de fumette dans un des lieux « de détente commune » mais loin des clichés de la bourgeoisie apeurée, l’ambiance est plutôt boyscout. Des clebs partout (« qui n’appartiennent à personne », antispécisme oblige). Des chants. Tous les « copaines » (pas de « copains » ou « copines » à la ZAD mais des « copaines ») font la cuisine. On parle de produire des conserves « lacto-fermentées » pour avoir de quoi durer. Un projet qui tient également à cœur des jeunes idéalistes de la ZAD est de faire des distributions gratuites de nourriture dans les environs. Sorte de « Restos du cœur » alternatif. Pour cela il faudra planter des carottes et des navets et pas sûr que les étudiants parisiens branchés en permanence sur leurs e-books soient au fait des règles de la permaculture. Certains aident tout de même des paysans locaux en échange de légumes. Mais l’utopie fait vivre ! Au moins autant que l’Intermarché de Paimboeuf dont les poubelles sont scrupuleusement visitées chaque soir.

Sympathiques autant qu’exaspérants dans leurs réflexes gauchistes. Généreux autant que pique-assiette dans les poubelles de la mondialisation. Efficaces et motivés pour préserver la nature autant qu’effrayés par l’hiver qui vient et l’appart’ en ville qui attend, les Zadistes du Carnet sont paradoxaux comme seuls les gauchistes peuvent l’être. Mais il faut reconnaître qu’eux, au moins, mettent leurs idées au bout de leurs palettes.

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