Tantôt son nom apparaît dans le sillage des livres qu’il édite ou écrit, tantôt un grand succès de librairie dont il est acteur ne porte pas trace de son travail. Cette capacité à maîtriser son image est d’une habileté peu répandue : dans la société du spectacle, rares sont ceux qui savent retourner en coulisse après avoir connu la scène.
Avant d’arriver sous les projecteurs, Nicolas Diat a bien connu la régie. Hypokhâgne, khâgne, Sciences-po, journaliste dans une défunte agence de presse, il pige au Figaro magazine avec Jean Sévillia, puis rejoint Gilles de Robien en 2005. Quand Nicolas Sarkozy gagne en 2007, il entre dans le cabinet de Laurent Wauquiez, qu’il suivra pendant tout le quinquennat. En l’accompagnant dans tous ses déplacements, il accumule une précieuse expérience des mécaniques médiatiques. Pour évacuer la pression, il soigne son amitié avec Mgr Nicolas Thévenin, ancien prêtre de la communauté saint Martin devenu nonce apostolique en Égypte et secrétaire particulier du cardinal Bertone, le patron de la diplomatie vaticane. Peu à peu, son intérêt pour les affaires de l’Église devenu un domaine d’expertise, il la met à disposition de la présidence de la République : « Mais le quinquennat Sarkozy a été mené tambour battant ; à la fin de ces cinq ans, j’ai besoin de souffler ».
Dieu ou rien se vend à trente-mille exemplaires, un carton monumental dans la niche des livres cathos
Un influent membre de la sarkozie le pousse à écrire un livre sur Benoît XVI dont il connaît intimement le pontificat. Il mettra un an à écrire L’Homme qui ne voulait pas être pape : histoire secrète d’un règne, publié en 2014 chez Albin Michel qui ne regrettera pas son à-valoir. Le livre est un succès d’édition considérable, et ses révélations sur la Curie suscitent une grande polémique. Mais surtout, dans sa tournée d’entretiens pour croiser ses informations, il fait la rencontre du Cardinal Sarah dans les bureaux du dicastère Cor unum. Sans grande motivation au début : « Sur les dizaines d’entretiens que j’ai menés, c’est le seul où je suis arrivé les mains dans les poches. Mais il ne me faudra pas cinq minutes pour comprendre à qui j’avais affaire. Et me promettre que j’allais, un jour, écrire un livre avec lui ». Le coup de foudre spirituel et intellectuel est réciproque. C’est la maison Fayard qui accepte de publier un livre co-signé avec ce cardinal parfaitement inconnu : Dieu ou rien se vend à trente-mille exemplaires, un carton monumental dans la niche des livres cathos. Habile, Diat décroche même une matinale d’Europe 1 pour son cardinal. La Procure est en rupture de stock en trois jours. « Fayard, éberlué, me demande si je veux aussi devenir éditeur. Commence alors ce qui est le cœur de ma vie actuelle, c’est-à-dire éditeur et auteur ».
L’état de grâce dure un temps. Et puis Le Soir approche et déjà le jour baisse fait l’objet d’attaques violentes de la frange tiédasse de l’Église de France, peu cliente de la radicalité des Évangiles. « Il y a un point de rupture après l’entretien à L’Incorrect [n°19, avril 2019, Ndlr] : je ne regrette absolument rien de cette interview, parce qu’elle reflète absolument ce que le Cardinal voulait dire haut et fort. ».
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En 2020, Des Profondeurs de nos cœurs déclenche une polémique mondiale : le cardinal Sarah y défend avec Benoît XVI le célibat des prêtres, fissuré par le synode sur l’Amazonie. Une cabale prétend que le pape émérite n’était pas au courant du livre. Une insinuation immonde, et Diat contre-attaque : il fait publier par le cardinal les courriers de Benoît XVI : « En ces moments-là se réveille en moi l’animal politique. Si on me fait la guerre, je réponds par la guerre ». S’il est exagéré de dire qu’il a sauvé le célibat sacerdotal, il a participé à une bataille décisive en prenant en main la communication de crise du cardinal Sarah. C’est lui qui publie à Fayard les livres des frères de Villiers, toujours lancés par des campagnes médiatiques soigneusement organisées : J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu lui donne quelques ennuis, mais Servir reçoit un excellent accueil. Et puis il lui reste ses livres à lui.
La vérité sur ce personnage secret, timide mais puissant, est peut-être contenue dans les lignes pudiques qu’il écrit sur les bénédictins de Fontgombault dans Le Grand Bonheur : « Ce n’est pas la radicalité qui me fascine mais la recherche de l’infini ». Sans doute l’a-t-il senti sous les arcades gothiques de l’abbaye de Noirlac si chère à son cœur, les pierres blanches de la grande Chartreuse, ou la coupole du collège des quatre nations, où il reçut un Grand prix de l’Académie française. Ce lecteur encore émerveillé d’Alain Fournier et de la pureté du Grand Meaulnes aime errer dans « ces endroits où il n’y a plus d’explication qui tienne ». « Le grégorien c’est la respiration de l’âme », disait Dom Guéranger à ses moines : nul ne peut aimer ce chant avec un déficit de vie intérieure. La pièce préférée de Nicolas Diat est l’office des complies.





