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Jean Borella : Les mots et la gnose

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Publié le

29 décembre 2020

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En 1940, Jean fête ses dix ans. Originaire de Nancy, issu d’une famille traditionnelle, anti-communiste et « anti-boches », Jean va, malgré les apparences, connaître une enfance des plus « joyeuses », bien plus riche que celles de nos enfants modernes, plongées dans le virtuel.
Jean BORELLA (4)

La guerre qu’il décrit à l’âge où est tout est jeu, ressemble à celle de Carlos de Angulo. Selon Jean, « ce n’était pas si horrible. Le plus marquant c’était surtout le ravitaillement. Mais c’était l’époque de la débrouille, la vie était calme et tranquille. » Il passera tout de même les quinze derniers jours de la guerre enfermé dans la cave avec sa famille, mais « c’était assez amusant pour un enfant ». Cette capacité de détachement laisse tout de même deviner une force de caractère qui ne cessera de grandir au fil des années. Nécessité fait loi : il avait perdu son père aviateur en 1937.

Autre souvenir, celui de son grand-père une hache à la main, guettant un Allemand en fuite devant l’arrivée des « US ». On l’entend derrière la porte, va-t-il entrer, va-t-il partir ? Que faire ? Les secondes durent des heures. L’Allemand repartira avec de l’eau sans combat. La guerre se terminait et la volonté profonde des Français était la paix. « Nous découvrions alors les barres de chocolat, le corned-beef et la joie incroyable de la liberté ». À cette époque et dans cette famille de résistants, on était gaulliste dès l’école primaire, et l’antisémitisme n’avait pas sa place. L’on se sentait « catholique et français », tout simplement. Le néologisme « vivre-ensemble » n’avait pas encore été inventé, parce que le vivre-ensemble n’était pas une fiction mais la réalité. L’immigration restait anecdotique et les autres religions vues comme « l’œuvre du diable ».

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Il se fit philosophe. Durant toute sa vie, il a cultivé un esprit critique acerbe et une soif de connaissance infinie. Passionné par Chateaubriand au collège, Jean plongera dans les œuvres de René Guénon grâce à un ami un plus âgé. Dès lors, il poursuivra une réflexion sur les problèmes de la gnose : « Ce qui m’intéressait, c’était de mettre à jour la fausse gnose face à la vraie gnose. Avec Guénon, nous ne sommes pas dans la gnose dont parle saint Paul ». Et de répondre à ses détracteurs : « Je suis toujours resté chrétien et je n’ai jamais vu de Révélation dans le guénonisme ». Son combat intellectuel contre la modernité le conduira à rejeter pendant un temps Vatican II, qu’il percevait « comme une soumission au monde moderne » : « Aujourd’hui, ma connaissance du monde et de l’Église me permet de mieux comprendre, et je pense que le Concile était nécessaire car l’Église ne pouvait pas continuer avec les schémas anciens. La majorité des évêques n’étaient plus que des fonctionnaires. Il fallait une mise à jour. »

Jean Borella a écrit de nombreux ouvrages mondialement reconnus, autour de l’ésotérisme chrétien et de la gnose, dont le récent René Guénon et le guénonisme. Enjeux et débats (L’Harmattan, Collection Théôria). Leur objet, rappeler à temps et à contre-temps que la France d’avant 68 était fondée sur des principes clairs et structurants : « Notre éducation était très catholique, liée à l’Église. D’un naturel curieux je me posais beaucoup de questions, notamment sur la vie des prophètes de l’Ancien Testament, avec leurs âges impressionnants ». Au crépuscule de sa vie, peut-être les reconnaît-il en lui lorsqu’il se croise dans un miroir : son regard est toujours vif et rieur à 90 ans.

Ce patriarche lorrain charismatique détonne dans un monde moderne en manque de capitaines, de verticalité et de figures exemplaires à interroger

Ce patriarche lorrain charismatique détonne dans un monde moderne en manque de capitaines, de verticalité et de figures exemplaires à interroger. Jean Borella n’aspire qu’à une chose : « Vivre dans la conscience de l’amour du Christ. Accepter d’être une créature c’est rendre grâce à Dieu de nous avoir créés ». Il ne lui reste qu’une seule crainte pour l’avenir : « Sans être anti-immigration instinctivement, je me suis rendu compte d’un danger majeur pour notre avenir : le déclin radical de l’occident, le caractère globalement islamique de l’immigration et par conséquent la possibilité de l’islamisation globale de l’occident. L’islam, comme le pensait déjà saint Jean Damascène, est une hérésie chrétienne. C’est essentiel de le comprendre ».

Il aime à se définir comme un simple spectateur devant les nouveautés de notre temps. Quand nous évoquons la crise sanitaire et les attentats musulmans dans le monde, il hésite entre les termes : « Une fin de cycle ou une fin de siècle ». Peut-être est-ce même une fin de millénaire. Madame Borella entre alors dans le salon où nous sommes installés. Jean se redresse et lui sourit : « C’est ma femme qui m’a sauvé, c’est à elle que je dois tout, elle est ma lumière et c’est elle qui m’a ancré de manière définitive dans l’Église catholique ». Un dernier regard complice entre les deux amoureux et nous partons, le cœur léger et l’esprit conquérant.

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