Skip to content

Les critiques musicales du mois #36

Par

Publié le

2 janvier 2021

Partage

Les critiques musicales du mois de décembre par Alexandra Do Nascimento, Joseph Achoury Klejmam et François Gerfault.
gramophone

FLAMENCO SURVOLTE

Manifiesta de Mathias Berchadsky, Butano/Inouïe Distribution, 16 €

« J’ai toujours considéré le flamenco comme un terrain de jeu musical, rythmique et harmonique. En Andalousie, le flamenco est une affaire sérieuse, mais n’étant ni andalou, ni gitan, je ne suis pas tenu par ses limites et je me considère libre de cuisiner avec ». Et c’est précisément cela qui est appréciable à l’écoute du Manifiesta de Mathias Berchadsky. L’affranchissement et dix années d’une écriture nourrie d’expériences, de voyages et d’apprentissages qui font de son flamenco – qui reste central dans l’album – une innovation sans clichés. La musique classique, le jazz, la musique juive et la musique carnatique du sud de l’Inde sont autant d’ingrédients de sa cuisine aussi variée que relevée. « Carnatique » désigne à la fois une région indienne et un style musical qui met l’accent sur la structure et l’improvisation par contraste avec l’hindoustanie qui développe avant tout l’expression et le sentiment. Enregistrés avec un panel de musiciens français, espagnols et indiens, certains morceaux proviennent d’une session de février 2020 réalisée à Chennai dans le Tamil Nadu, auprès, justement, d’authentiques musiciens carnatiques. La recette est savoureuse et offre sûrement la meilleure façon de venir au flamenco. Alexandra Do Nascimento

PASTORIUS RESSUSICTE

Remembering Jaco de Multiquarium Big Band, Naïve, 12 €

Il y a trente ans disparaissait Jaco Pastorius, le plus grand bassiste jazz-rock de tous les temps. Nostalgiques de Weather Report, amateurs de basse électrique fretless, amoureux des grands ensembles « cuivrés » : réjouissez-vous ! Le Multiquarium Big Band du tandem Charlier-Sourisse (batterie ; piano- orgue Hammond) invite le bassiste Biréli Lagrène, qui a décidé de faire revivre le génie disparu en reprenant les illustres Teen Town, Continuum, Used to be a cha cha… Là où l’on aurait pu redouter un hommage trop poli, on redécouvre au contraire le charisme musical particulier et l’énergie brute du maître, incarné avec dextérité et élégance par Biréli Lagrène, lequel relève un défi de taille. En 1985, dans un club de New York, Lagrène, alors guitariste, rencontre Pastorius et le maître l’invite sur scène. Ils joueront jusqu’au petit matin. Pastorius le conviera l’année suivante sur sa tournée européenne. C’est sous l’impulsion du bassiste que Biréli Lagrène adoptera lui-même ce nouvel instrument. Alors félicitations, monsieur Lagrène ! En fermant les yeux, on jurerait qu’il est là, celui qui influença des générations de musiciens et demeure aujourd’hui encore, la référence. ADN

Lire aussi : Antipop : Bérurier Noir, conte cruel de la vieillesse

UNE BONNE SURPRISE

Power Up de AC/DC, Columbia, 22 €

AC/DC revient après un Rock or Bust (« Rock ou échec ») qui était plus échoué que « rock », et, quatre ans après, il y avait le pire à craindre. Un premier single parfaitement soporifique, Shot In The Dark, avait couronné l’angoisse. On allait s’emmerder ferme. Et puis non ! Le miracle ! Les Australiens ont réussi le tour de force de sortir un album entraînant. Dès Realize, on sent l’esprit stade qui anime le disque, et cela se poursuit tout au long de l’écoute. On vibre sur Through The Mists Of Time et lors des morceaux suivants (si l’on excepte, une fois encore, le très ennuyeux, cliché, et convenu Shot In The Dark – mais c’est probablement pour cela qu’il a été choisi : pour ne pas effrayer les fans, les personnes âgées sont si sensibles). Un album qui fait plaisir en somme. La seule question qui peut se poser est celle du véritable intérêt d’un album d’AC/DC en 2020. Mais enfin si cela peut réjouir nos seniors, c’est tant mieux, à L’Incorrect, nous aimons les anciens, les EHPAD vont pouvoir swinguer pendant les fêtes. Joseph Achoury Klejmam

LONGER LES GOUFFRES

Asche de Haus Arafna, Galakt Horro, 18 €

Haus Arafna, c’est d’abord un son inoubliable pour sa texture mutante : granuleux, rêche, strident, il peut soudain se fondre en un halo spectral. L’auditeur songe alors à quelques films expressionnistes. Il pense aussi qu’il est fort dommage que Franju, ce réalisateur mythique dont l’horreur était blanche, n’ait pas connu Haus Arafna qu’il eût certainement enrôlé pour composer la bande-son des Yeux sans visage : leurs disques imposent la même atmosphère claustrophobique et médicale, ouvrent sur les mêmes échappées nocturnes. Haus Arafna, c’est surtout de la neurasthénie en barre, une musiquette de nuit lourde et triste comme un spleen adolescent, l’équivalent sonore d’un « roman dur » de Simenon dont le minimalisme vous atteint l’âme, l’embue, la pique et la poisse durablement. Nouvel album après dix ans de silence, Asche n’innove en rien et nous nous en réjouissons. Le groupe excelle toujours à longer les gouffres en parfait somnambule. Et nous dansons à sa suite avec le même entrain. François Gerfault

Lire aussi : Station opéra : Ténor bifrons

PREMIER SOLO D’UN PRODIGE

La tête dans le mur de Clément Oury, Vlad/Inouïe Distribution, 20 €

Un premier album solo pour ce bosseur émérite, sans pause ni soupir dans son parcours ! Après avoir étudié le violon puis le tuba aux conservatoires de Beauvais, Paris, Boulogne-Billancourt, puis remporté un premier prix auprès de Dietrich Unkrodt dans la prestigieuse Universität der Künste de Berlin, Clément Oury apporte sa touche dans l’orchestre philarmonique du département de l’Oise. À sa portée, une large gamme de genres musicaux qui le mène de l’enregistrement de bandes originales de film dont Djam, (Tony Gatlif), au quatuor Aalma Dili, en passant par Yaël Naïm, The Dø, Soviet Suprême et le projet électro Mezerg Orkestar. La Tête dans le mur reflète « les émotions de la vie, les ressentis, rarement tranchés et souvent contradictoires. Derrière cette musique joyeuse aux allures de “tout va bien”, au-delà de ces quelques sons du quotidien enregistrés au fil des saisons, on voudrait bien crier sa colère, ou l’envie parfois de se coller la tête dans le mur lorsqu’on voit rouge. C’est une image bien sûr ». Clément Oury choisit l’insolite et l’audace pour un opus tout en sons enregistrés, bruitages, et instrumentations minimalistes répétitives. ADN

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest