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Station opéra : Ténor bifrons

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Publié le

24 décembre 2020

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On se souvient de la formule de G.B. Shaw : « L’opéra, c’est un baryton qui empêche le ténor de coucher avec la soprano ». Le romantisme a cristallisé en ces termes le triangle amoureux, mais avant cela, il n’était pas rare que les hommes s’affrontent dans le haut du spectre.
Opera

On a oublié ces joutes vocales si célèbres en leur temps qui opposaient deux ténors aux ambitions incompatibles. C’était l’époque où le belcanto faisait loi, Naples était la capitale de la musique et Rossini régnait sur ses théâtres : neuf opéras écrits entre 1815 et 1820 pour le San Carlo, où flambe la rivalité légendaire entre Giovanni David et Andrea Nozzari. Une voix légère et agile contre une voix puissante et corsée. La température douce de la sensibilité contre la couleur sombre de la colère. Contraltino contre baryténor : les deux visages de l’éternel masculin selon Rossini.

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Il fallait bien deux vedettes d’aujourd’hui pour reproduire ce duel, que Lawrence Brownlee et Michael Spyres incarnent dans une anthologie originale et savoureuse. Complémentaires dans le timbre, complices dans la virtuosité. Toute la panoplie des pyrotechnies est déployée, sans aucun artifice démonstratif. Un concours de souffle, de vocalises, d’aigus stratosphériques, jamais au détriment de l’émotion, de la vitalité, de l’énergie. L’orchestre des Virtuosi Italiani, au sommet de la forme, irrigue de sa verve les envolées vitaminées des deux ténors. Une fête pour les oreilles. Sans doute l’album à retenir de cette année apocalyptique.

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