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Joachim Son-Forget : « On ne fait pas une tentative sur 7 milliards d’humains, surtout pour une pathologie qui est peu létale »

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Publié le

7 janvier 2021

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Joachim Son-Forget est député dans la circonscription des Français établis en Suisse et au Liechtenstein. Il est également médecin, spécialisé en radiologie et docteur en neurosciences de l’école polytechnique fédérale de Lausanne. Selon lui, le choix d’un vaccin ARN n’est pas sans risque et très précipité.

Pensez-vous qu’une vaccination de masse soit la bonne solution pour sortir des phases de confinement ?

En théorie si le vaccin était sûr, si nous connaissions ses effets secondaires à court, moyen et long terme, nous pourrions en effet opter pour cette solution. La méthode vaccinale est traditionnelle et éprouvée dans certaines maladies. Mais nous savons aussi qu’il y a des maladies virales et des épidémies qui n’ont pas été jugulées par cette stratégie. Au point même que pour certaines pathologies comme la grippe, nous sommes obligés de nous adapter continuellement aux nouvelles souches. Les vaccins essayent rattraper les évolutions tant bien que mal, mais ils restent toujours en décalage. La crise du coronavirus est différente : nous n’avons jamais su ou pu développer des stratégies vaccinales sur les autres types de coronavirus. Était-ce parce que les épidémies étaient trop courtes, ou ce type de virus est-il moins sujet à la vaccination ? On n’en sait rien. En tous cas il y a deux nouveautés.

D’abord c’est un type de coronavirus peu connu. Ensuite, la technologie (ARNmessager) utilisée pour une grande partie de la population mondiale est une première. D’habitude, le développement se fait par étapes, avec des schémas d’étude clinique qui prennent du temps ; des années voire des dizaines d’années, où l’on améliore le vaccin au fur à mesure. Malgré toutes les précautions, il y a toujours des choses à réajuster. On ne fait pas une première tentative sur 7 milliards d’humains, surtout pour une pathologie qui est relativement peu létale.

Quels risques identifiez-vous avec l’ARN, cette nouvelle méthode de vaccination ?

Le principe est qu’un ARN artificiel est injecté. Je ne dis pas que c’est un risque majeur mais il y a peut-être un risque existant. Et s’il n’existe pas, que des spécialistes fassent de la pédagogie. Le principal danger est que que l’ARN (acide ribonucléique) redevienne de l’ADN, en quelque sorte. Dans le mécanisme inverse, un code génétique aboutit à la production de protéines par une première transformation en ARN. Il y a des enzymes qui peuvent transformer de l’ARNen ADN. Ces enzymes sont situées dans différents éléments de nos cellules comme par exemple dans des rétrovirus. Personne ne m’a expliqué ce qu’il se passait chez quelqu’un qui a une charge virale importante en rétrovirus lorsque des fragments d’ARN étranger rencontrent un rétrovirus. Est-ce qu’ils peuvent être retransformés en ADN ? Je n’en sais rien. On a déjà vu dans un autre registre des thérapies géniques où des complications se sont engendrées, et ont conduit à des maladies du sang dans des délais de plusieurs années. Je trouve cela dommage que l’on n’applique pas le principe de précaution et celui d’une balance bénéfices-risques raisonnable.

Lire aussi : Bertrand Galichon : « Le vaccin vaut toujours mieux qu’un confinement »

Tous les traitements ont des effets secondaires et ils sont inconnus sur cette nouvelle stratégie vaccinale. On ne peut connaître que les effets à court terme car cette technologie est récente. Ce n’est pas une course à l’armement : ce n’est pas parce que des pays ont décidé d’aller très vite et fort, que la France est obligée de faire la même chose. Il se trouve qu’actuellement, nous sommes en retard à cause du problème de logistique.

Comment analysez-vous le retard logistique de la campagne de vaccination que mène le gouvernement ?

Puisque nous sommes en retard, nous devrions en profiter pour faire de la pédagogie. Il devrait y avoir des grands débats. Pas un débat stérile mais de l’argumentation, expliquer le pour et le contre, la balance bénéfices-risques. Cela fait partie du consentement libre et éclairé. Mais au lieu de cela, les fabricants se défaussent et ne veulent pas assumer les conséquences éventuelles des vaccins. Sous couvert du secret industriel, il nous manque les éléments scientifiques et médicaux qui permettraient aux spécialistes de faire cette vulgarisation. On nous impose une croyance : ce vaccin plutôt qu’un autre. Tout est opaque. Moi-même, en étant médecin et chercheur (je ne suis pas spécialiste dans ce domaine mais j’ai une formation médicale relativement poussée), je ne peux que supputer des risques peut-être mineurs, mais néanmoins existants. En conséquence, si je devais choisir un vaccin, je ne prendrais sûrement pas les vaccins ARN. Attention, je ne fais pas de recommandations aux gens, cela n’engage que moi.

Je trouve cela dommage que l’on n’applique pas le principe de précaution et celui d’une balance bénéfices-risques raisonnable

Si nous sommes en retard, autant utiliser ce temps à bon escient. Nous ne sommes pas dans une situation où une maladie décime toute la population. Il y a des pathologies mondiales qui tuent des gens ou ont des conséquences gravissimes : il y a tous les jours des morts de la tuberculose, du cancer, suicide, homicide, etc. Le Covid 19 n’est pas une cause majeure de létalité aujourd’hui, à part pour les personnes âgées ou obèses. Donc nous avons le temps pour agir intelligemment. Libre aux autres pays de faire la course pour montrer qu’ils sont les plus vertueux. Finalement, c’est une prime à celui qui sera le plus dans l’émotion. Or nous avons besoin d’une décision politique de raison. Je pense qu’il n’y a pas d’urgence. Utilisons ce temps pour avoir une approche pragmatique et que l’adhésion des Français aux vaccins soit justifiée par des arguments rationnels. Une fois ce travail fait, nous pourrons nous interroger sur le bon vaccin à utiliser. Il ne faut pas vacciner les gens sur une croyance. Ce n’est pas de la croyance mais de la science.

Le Parlement a-t-il bien été pris en compte dans le processus de consultation et de décision ?

Il n’y a rien qui va. Je déplore depuis que je suis parlementaire que nous ne faisons pas vraiment la loi. Lorsque certains projets proposés par le gouvernement ont une chance d’aller plus loin, nous devenons une sorte de chambre d’enregistrement qui modifie de manière marginale ces projets. Quand une proposition de loi émane du Parlement, elle a une chance d’aller au bout seulement si elle reçoit la validation de la majorité, donc de l’exécutif. Souvent, nous faisons une proposition symbolique pour marquer le coup et montrer que nous avons une opinion politique qui correspond à cette proposition de loi. Mais là c’est pire, nous avons des organisations tierces pour remplacer l’avis du peuple.

Ce qui remplace l’avis du peuple, c’est un mille-feuille d’administrations de la santé qui dépend du Ministère ; on ne comprend plus rien. Il y a une multitude d’agences qui dysfonctionnent, et qui sont les causes des échecs de gouvernance et de logistique, particulièrement visibles sur les masques et sur les tests. Le problème est qu’il y a beaucoup de gens pour administrer, et peu de gens pour agir. Faire appel aux 35 personnes tirées au sort c’est presque comme faire appel à la Pythie. C’est l’insulte ultime. Ce n’est pas du tout ce que demandaient les Gilets jaunes en terme de consultation populaire. Nous pourrions tomber sur les personnes qui s’y connaissent le moins en médecine et en science de tout le pays. On vit dans un pays de dingues, ce n’est pas possible.

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