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GAFAM et Silicon Valley : les nouveaux faiseurs de rois

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Publié le

13 janvier 2021

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Suite aux événements du Capitole, Donald Trump s’est fait excommunié de Twitter, Facebook, et Youtube. Une censure qui ne fait que confirmer une tendance politique de fond : les GAFAM et la Silicon Valley sont devenus les nouveaux faiseurs de rois.
ZUCC

En février 2011, la Maison Blanche publiait sur le site FlickR un cliché du toast partagé par le président des États-Unis, Barack Obama, le patron d’Apple, Steve Jobs, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, le PDG de Google, Eric Schmidt, la directrice générale de Yahoo !, Carol Bartz, le patron de Cisco Systems, John Chambers et le directeur général de Twitter, Dick Costolo. Ce repas du 17 février 2011 fut rapidement surnommé le « repas des rois » par la presse américaine. Obama, qui entrait pour la deuxième fois en campagne en 2011, poursuivait la lune de miel engagée en 2008 avec la Silicon Valley. Mais si le tournant est crucial pour Obama, il l’est aussi pour les stars de la Silicon Valley, qui ne sont pas encore tout à fait, en février 2011, les géants que nous connaissons aujourd’hui. Facebook s’apprête alors encore à entrer en bourse le 18 mai 2012, pour une valorisation de 104 milliards de dollars.

L’introduction sur les marchés financiers de l’entreprise de Zuckerberg est d’ailleurs au départ un fiasco, faisant même craindre une catastrophe complète pour l’entreprise. Près de dix ans après pourtant, Facebook pèse 761 milliards de dollars, en termes de capitalisation boursière, juste devant l’entreprise chinoise Tencent (700 milliards) et la firme d’Elon Musk, Tesla (627 milliards) (chiffres donnés au 31/12/2020 par ilboursa.com). Barack Obama, lui, a été réélu triomphalement en 2012. Ce fut un grand succès pour le Parti démocrate qui effaçait ainsi complètement le pénible intermède républicain de Georges W. Bush. Neuf ans plus tard, le démocrate Joe Biden a certes remporté les élections contre Donald Trump, mais rarement un président américain apparaîtra aussi affaibli face à un Trump transformé en tribun, dont les partisans répondirent, dès avril 2020, à l’appel du président sortant sur Twitter à « libérer le Michigan », et envahissaient le Capitole local, comme une répétition générale de l’invasion du Capitole à Washington le 7 janvier.

Lire aussi : Enquête : aux sources de la suppression des comptes sociaux des membres de Génération Identitaire

Entre la victoire d’Obama en 2012 et la défaite mouvementée de Trump en 2020, les rois de la Silicon Valley sont devenus des faiseurs de rois en politique. Trump n’a pas eu une relation aussi harmonieuse qu’Obama avec la Silicon Valley mais son usage intensif et diaboliquement efficace des réseaux sociaux – en premier lieu Twitter – pour atomiser ses adversaires politiques peut faire figure de cas d’école dans la politique contemporaine. Et assurément, le 45e président des États-Unis est aussi la figure emblématique de l’exorbitant pouvoir des réseaux sociaux et de l’ère des trolls, du complotisme débridé et du réveil des foules animés par un immense ressentiment, face à la décrédibilisation des élites traditionnelles et de l’establishment.

Trump devait beaucoup lui aussi aux géants californiens du numérique. Mais Trump passe et les GAFA restent. Accusé en 2016 d’avoir influencé le résultat des élections américaines et d’avoir vendu les données privées de millions d’utilisateurs à travers la firme Cambridge Analytica, Mark Zuckerberg s’en est tiré avec une simple admonestation du Congrès américain. Menacé en 2020, juste avant la passation de pouvoir entre Trump et Biden, de voir son empire démantelé par les partisans des politiques antitrust, Zuckerberg se contente de maintenir tranquillement son projet de monnaie virtuelle – le « Libra’ devenant le ‘Diem » – et d’obliger les utilisateurs de la messagerie soi-disant confidentielle WhatsApp à livrer leurs données personnelles à Facebook. Assurément, Zuckerberg ne semble plus craindre grand-monde.

Cette disgrâce clôt très symboliquement une fin de mandat chaotique en rappelant que désormais, aux États-Unis comme dans les autres vieilles démocraties libérales, les prêtres de la Silicon Valley font ou défont les souverains affaiblis

Quant à Twitter, devenu en 14 ans d’existence, le cul de basse-fosse de la politique mondiale, faisant et défaisant les carrières, le puissant et influent réseaux social a, pour finir, excommunié Donald Trump après les événements du Capitole, suspendant en 2020 le précieux compte aux 88 millions d’abonnés avec lequel l’actuel président des États-Unis avait commencé à ferrailler avec Barack Obama bien avant de gagner les élections de 2016, avant d’en faire un véritable instrument de terreur pour ses conseillers en communication. Idem pour Facebook et Youtube. Trump, qui fit tant appel aux réseaux sociaux, n’existe plus désormais dans cet univers virtuel. Cette disgrâce clôt très symboliquement une fin de mandat chaotique en rappelant que désormais, aux États-Unis comme dans les autres vieilles démocraties libérales, les prêtres de la Silicon Valley font ou défont les souverains affaiblis.

Aux États-Unis, la présidence Biden s’ouvre sous la menace de l’incontrôlable éclatement d’un pays divisé en communautés irréconciliables. En France, le pouvoir navigue d’incohérence en contradiction, terrifié à l’idée que la vague contestataire des Gilets jaunes puisse se réveiller à nouveau. Entre l’ochlocratie – le pouvoir de la foule – et l’algocratie – le règne des algorithmes, le règne du politique semble révolu. Celui des géants du numérique, faiseurs et défaiseurs de rois, commence.

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