L’ancien homme de gauche ne manquera pas de citer le grand Hugo, vénérable totem des lettres françaises : abolitionniste avant l’heure, fédéraliste européen amoureux de la paix, conteur des petites gens de Paris et amateur de bonne chère. C’est mal y regarder : les statues de marbre de la République ont leurs failles, et d’une brûlante actualité : « Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil ». Hugo parle-t-il de Dijon ou de Vénissieux ? Non, de l’île de Chio déjà martyrisée par les Turcs. « Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis / Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis / Courbait sa tête humiliée », ajoute même le poète dans L’Enfant.
Lire aussi : Le calendrier pour tous
Victor Hugo serait-il aujourd’hui à la tête d’un contingent de mercenaires fascistoïdes au Haut-Karabakh pour défendre l’Arménie chrétienne contre les affidés de la Turquie venus de l’Azerbaïdjan voisine ? Avait-il lui aussi, ô horreur, des pensées islamophobes inavouables ou une haine manifeste des pacifiques turcs qui entendent donner une leçon à l’État oppresseur français ? L’ancien détenteur du fauteuil quatorze de l’Académie française se lamente sur les yeux bleus de cet enfant, comme pour mieux souligner son européanité outragée ! À la XVIIe chambre, et tout de suite.





