Il est déjà 20h15 : Bilal Hassani fulmine dans sa loge. Ce putain de maquilleur prend tout son temps. Il jongle entre les pinceaux et les poudriers mais n’a pas l’air tant que ça de savoir ce qu’il fait. Pas évident de trouver le juste milieu lorsqu’on est à la fois ministre de la Culture et digne représentant de l’héritage LGBTQIA+. Pas question de ressembler à une michetonneuse du bois de Boulogne lorsqu’on préside une cérémonie des Césars totalement inclusive.
« Ça ira », tranche-t-il au bout d’un moment en considérant son reflet d’un air inquiet. À 42 ans, il a perdu de sa superbe. Ses pommettes n’ont plus la jolie forme incurvée qui lui avait valu tant d’égards pendant sa jeunesse ; ses paupières sont fatiguées d’avoir été fardées quotidiennement pendant plus de vingt ans. « Je commence à ressembler à une de ces peintures de clown que les vieux encadraient dans leurs pavillons de banlieue », pense-t-il. Pas grave. Avec les retouches numériques appliquées en temps réel par la production – une belle invention, ça – les spectateurs n’y verront que du feu.
Ce vieil hétéro de Gaspar Noé a mauvais genre
Hassani congédie brutalement le maquilleur – une petite frappe un peu trop mignonne pour ne pas susciter en lui une légère crispation de jalousie – et s’engouffre dans les coursives du Palais des Hommages, un énorme gâteau de plastomère construit à la hâte par le gouvernement Jean Sarkozy pour célébrer la victoire de la Démocratie Éternelle sur la Covid-26. Quelques drones de BFM et de CNews papillonnent autour de lui comme de gros bourdons chromés, leurs diodes d’accréditation pulsant nerveusement dans la lumière tamisée des couloirs. Une vraie plaie, ces trucs, on ne peut même plus se curer le nez en paix.

Son attaché de presse, sa conseillère en com et l’habituel barbouze du président sont déjà là. Karim-Chantal, l’attaché-e-é de presse en plein retransitionnement M-F-M, tire nerveusement sur son e-cig, relâchant par intermittence de gros nuages de fumée rosâtre à l’odeur de sucre glacé : l’habituel mélange de méphédrone et de géno-LSD toléré par la loi. Dieu qu’il est laid, soupire intérieurement Bilal devant cette grosse tête levantine grimée en ersatz d’executive woman et bombardée d’hormones de synthèse depuis ses douze ans. Le résultat tient d’un mixte improbable entre Jacky Sardou et Idriss Aberkane.
« Les nouvelles ne sont pas très bonnes, bredouille Karim-Chantal. Lily-Rose Depp vient d’apprendre la présence de Gaspar Noé et elle menace de tout annuler ». Hassani soupire. Rendre hommage au cinéma français lorsqu’il existe désormais à peu près autant de groupes de pression et de lobbies genderfluid que d’artistes en activité, ça devient un vrai casse-tête chinois. Oups, pardon, réappropriation culturelle : un vrai casse-tête tout court.
Il regretterait presque le moment où les transgenres et autres ayatollahs LGBT se résumaient à quelques bêtes de foire comme lui-même.
Il faut dire que cette vieille ampoule de Noé, malgré son grand âge, a pondu un film assommant où il met en scène un gay manipulateur et odieux, ce qui contrevient totalement à la loi Attal de 2021 interdisant la représentation négative de toute personne homosexuelle ou transgenre. Noé le sait très bien mais il n’a pas pu s’empêcher de mettre les pieds dans le plat… Sans compter qu’il se traîne toujours une réputation de vieillard libidineux. Ces hétéros, décidément, ils gâchent toujours tout.
Place à l’Union lesboislamiste du Nouveau Sultanat
« Il y a autre chose, souffle le consultant de l’Élysée, un Asexué dont le visage a été totalement recousu pour répondre aux impératifs de sa caste – c’est-à-dire ressembler à ce qu’il y a de plus proche possible d’un Playmobil. L’Union lesbo-islamiste du Nouveau Sultanat s’estime lésée dans la sélection des Films du Monde libre. Pas assez représentée. Il y a déjà une manifestation aux portes du Palais ».
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Hassani réprime une nouvelle grimace en imaginant ces cohortes de grosses femelles à moustache enveloppées dans leurs hijabs à camouflage optique. Difficile d’imaginer ça il y a encore vingt ans… Il regretterait presque le moment où les transgenres et autres ayatollahs LGBT se résumaient à quelques bêtes de foire comme lui-même.
« Le Président souhaite que leur porte-parole puisse intervenir ce soir », continue le technocrate à tête de cul, avec un ton ferme. Hassani défroisse un peu les pans de sa robe de princesse à mémoire de forme. Elle reboucle immédiatement dans un festival de frous-frous crénelés et de dentelles chatoyantes. Ce Jean Sarkozy n’en rate pas une dès qu’il s’agit de vendre quelques avions furtifs aux babouches, pense-t-il amèrement. Il prend une longue aspiration et jette un œil au-delà des deux portes battantes pour observer la foule des huiles et des dégénérés qui s’entasse déjà sur les fauteuils écarlates. Ils sont tous là, un véritable barnum. Quelques chimères au prix exorbitant planent paresseusement au-dessus de la mêlée. Il y a même l’Amicale des Pratiques submissives avec leurs esclaves sexuels tenus en laisse et leurs mangeoires faciales incorporées. La soirée va être longue.





