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Olivier Sebban : explorer les confins

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Publié le

15 juin 2026

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Avec « Le Codicille des ombres », Sebban achève la saison littéraire avec un roman exotique et sombre, tragique et luxuriant, se saisissant avec finesse de la question du mal. Un dépaysement riche en vertiges.
© Benjamin de Diesbach

Sebban ouvre son roman en nous télescopant en quelques pages des Hurons échappant aux Iroquois jusqu’à Marseille ravagé entre tricornes et cadavres, le tout dans une langue somptueuse et hypnotique. On est décidément très loin de la platitude commune, et cela fait du bien qu’on nous rappelle ce que peuvent le style et l’imagination en cette période tiède. 1720, la peste s’abat sur la cité phocéenne. Un enfant huron vient d’y débarquer accompagné d’une chrétienne. Un homme, Jonas, abandonnant sa femme et ses enfants à l’agonie, prend le large, lui, et fuit vers la Nouvelle-France. Les cadavres s’empilent dans la ville et l’enfant se retrouve bien vite doublement orphelin, errant entre les décombres et les cadavres. Sur l’autre rive de l’Atlantique, Jonas tue un homme qui l’agresse puis fuit les représailles dans la grande forêt canadienne. Deux destins croisés se déroulent à partir d’une même catastrophe, deux isolés arrachés à leur terre mais hantés par leurs morts tentent de survivre dans des circonstances inouïes.

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Une expérience immersive

Écrivant complètement à rebours du petit roman égocentrique ou du roman-script constitué de dialogues en langage oral basique, Olivier Sebban propose une littérature immersive, sensible, dense, et restaure l’art de la description avec toutes ses possibilités esthétiques et spéculatives. Paysagiste flamboyant ne lésinant pas sur les mots rares et la précision des glossaires, l’écrivain nous piège et nous envoûte dans des circonstances extrêmes. Comme dans son précédent roman, Maintenant que l’hiver, Sebban redouble de richesse verbale pour décrire pourtant les ruines, la précarité et la mort, habile à faire scintiller la désolation. On suit les deux personnages comme caméra à l’épaule, découvrant avec eux, dans une sensation de temps réel, le secours ou l’adversité. Mais derrière ce premier plan d’une expérience littéraire directe et dépaysante, un second émerge peu à peu, celui d’une méditation profonde sur la question du mal. Le mal qui prend une forme de fléau biologique par la peste, et sous cet angle, les pages de l’enfant perdu parmi l’accumulation des morts sont souvent hallucinatoires ; le mal moral, du côté de Jonas, qui se répand dans le Canada, terre sauvage, et que peu d’institutions parviennent à endiguer.

Une méditation vertigineuse

Doué d’une grande faculté de survie, Jonas finit par se constituer une situation prospère et précaire, gagnant selon la nature, prêt à perdre selon la nature. Quand, de son côté, l’enfant est recueilli un moment par une Juive qui lui parle de la catastrophe en cours en termes mystiques : « l’adversaire était toujours invisible, toujours caché, et l’on ne voyait jamais autre chose que son image biaisée comme dans un jeu de miroirs. Une intelligence sans amour. » Ainsi le visage-masque du diable finit-il par se dessiner au sein de l’hécatombe, l’enfant perd son souffle et le retrouve, l’épreuve délirante devient initiation subtile. Le roman nous permet d’explorer une suite de réalités étrangères à la suite de protagonistes que l’on observe et pour lesquels on tremble sans directement nous identifier à eux. C’est par ce biais qu’Olivier Sebban parvient à nous pousser dans des expériences-limites, apocalyptiques au double sens du mot : à la fois catastrophiques et révélatrices. 

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