Révélée au grand jour par le livre La Familia Grande de l’avocate Camille Kouchner, l’affaire Duhamel n’a pas fini de faire trembler l’intelligentsia française. Le président de la République Emmanuel Macron serait particulièrement gêné par cette affaire. Et pour cause : en plus de l’onde de choc propagée au sein de la bourgeoisie intellectuelle qu’il fréquente, le couple présidentiel entretenait une relation privilégiée avec Olivier Duhamel, qui a été son professeur à Sciences Po Paris, et qui lui aurait dispensé des notes et des conseils tout au long de la campagne présidentielle. Duhamel était aussi proche d’Ismaël Emelien (conseiller politique du président jusqu’en février 2019 et l’affaire Benalla) qui a été un autre de ses élèves et qu’il considère comme son « meilleur poulain ».
Le 23 avril 2017, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron convie ses soutiens à la Rotonde, célèbre brasserie du VIe arrondissement, pour célébrer les résultats. Olivier Duhamel est l’une des nombreuses personnalités présentes, entre Gérard Collomb et Jacques Attali, Stéphane Bern et François Berléand. Dès le lendemain, Duhamel est convié à un autre déjeuner très sélect en compagnie de Brigitte Macron, de Frédéric Mion – directeur de Sciences Po – et de Brigitte Taittinger – directrice de la stratégie et du développement de l’école – dans un restaurant du VIIe, dans la célèbre rue Saint-Guillaume, non loin des locaux de l’école. Parmi d’autres sujets, ils réfléchissent ensemble à l’identité du futur Premier ministre : Duhamel avance les noms de Jean-Yves Le Drian et de Bruno Le Maire ; Frédéric Mion plaide le dossier Édouard Philippe.
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Olivier Duhamel est par ailleurs l’auteur de deux ouvrages sur la pensée politique d’Emmanuel Macron. Co-rédigé avec les deux membres de l’Institut Montaigne Laurent Bigorgne et Alice Baudry, Macron, et en même temps date d’octobre 2017 et se veut un essai de décryptage de l’en même temps macronien : « Dans l’audace d’un pays qui s’est reconnu dans l’audace d’un homme. Dans le plaisir d’une nation qui a tant attendu d’à nouveau espérer. Dans le dépassement de clivages du XIXe siècle que les horreurs du XXe ont trop longtemps prolongées. Dans cette passion du « en même temps » pour rendre compte de la complexité et dépasser les antagonismes ». En avril 2018, il publie Les mots de Macron chez Dalloz, qui recueille sur 282 pages près de cinq cent cinquante citations du président, classées par mots-clefs, afin de « mieux connaître aujourd’hui ses convictions, ses obsessions, ses ambitions. D’apprécier demain ses réalisations, ses rétractations, ses contradictions ». Un livre en forme de petit dictionnaire du macronisme qui ne peut qu’être l’œuvre d’un initié à la pensée présidentielle.
La question du consentement
Outre leurs relations avec le politologue, cette affaire Duhamel doit produire un écho particulier au sein du foyer présidentiel, du fait qu’elle soulève la question de la possibilité d’un consentement éclairé de la part d’un adolescent entretenant des rapports sexuels avec une personne majeure. Sur cette question, Alain Finkielkraut a été remercié par LCI pour sa sortie, qui postulait la possibilité d’un consentement effectif : « D’abord, on parle d’un adolescent, ce n’est pas la même chose, et en plus, même pour spécifier le crime, il faut savoir s’il y a eu consentement ». Or l’histoire sentimentale du couple présidentiel pose légitimement cette même question du consentement, et particulièrement d’un élève avec son professeur dans le cas d’espèce.
Sans que l’on sache la date à laquelle démarre officiellement leur relation amoureuse, on sait qu’Emmanuel Macron, de 24 ans son cadet, venait à l’âge de 15 ans avec des bouquets de fleurs au domicile de Brigitte
Pour rappel, Brigitte a rencontré Emmanuel pour la première fois au cours d’une classe de théâtre, lorsque celui-ci était en seconde et âgé de 14 ans et demi. Il se trouvait alors dans la même classe que sa fille Laurence, qui répétait à sa mère : « J’ai, dans ma classe, un fou qui sait tout sur tout ». Sans que l’on sache la date à laquelle démarre officiellement leur relation amoureuse, on sait qu’Emmanuel Macron, de 24 ans son cadet, venait à l’âge de 15 ans avec des bouquets de fleurs au domicile de Brigitte, alors mariée à André-Louis Auzière (ils divorceront en 2006). Pour éteindre les rumeurs sur la relation naissante qui battent les rues d’Amiens, Macron quitte son lycée pour effectuer sa terminale dans le prestigieux lycée parisien Henri IV : « Vous ne vous débarrasserez pas de moi, je reviendrai et je vous épouserai » lui aurait-il lancé en partant.
Sur le plan judiciaire, depuis la loi du 23 décembre 1980, une telle relation peut tomber a priori sous le coup de la loi : une personne majeure entretenant une relation avec un mineur de 15 à 18 ans s’expose à des poursuites judiciaires s’il est avéré qu’elle exerce « sur la victime une autorité de droit ou de fait », autorité avérée dans le cas du professorat. La peine encourue pour atteinte sexuelle est de trois ans de prison et 45 000 € d’amende (art. 227-27 du code pénal), lorsqu’il est considéré qu’il y a consentement.
Si leur histoire a depuis prouvé la solidité de leurs rapports, il n’en demeure pas moins que la situation initiale interpelle et que des histoires similaires remplissent régulièrement les colonnes de faits divers. En mai 2019, un professeur d’histoire a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour « atteinte sexuelle sur mineure de plus de 15 ans », après avoir entretenu une relation avec l’une de ses élèves. Il n’a plus eu le droit d’exercer son métier.





