Vous avez enquêté sur la question de la pédocriminalité. Ce sujet, longtemps occulté, est aujourd’hui sous le feu des projecteurs à la faveur de l’affaire Duhamel ou du récent scandale du plasticien Claude Lévêque. L’an passé, Le Consentement de Vanessa Springora défrayait aussi la chronique. Êtes-vous surpris par ces révélations ?
Je ne peux pas vous dire que j’ai été surpris. Je me bats contre cette situation de non-dit depuis 20 ans. Enfin, la vérité « qui a pris l’escalier » arrive ! Il se trouve, le hasard faisant bien les choses, que j’ai publié avec Serge Garde et Homayra Sellier « 1 sur 5 », Manifeste contre la pédocriminalité en France (Télémaque) en décembre. Nous sommes à l’origine d’une pétition demandant aux politiques de reprendre dans une loi les 25 mesures de bon sens que nous proposons pour éradiquer ce véritable fléau. Le livre de Camille Kouchner tombe à pic parce qu’il permet de mesurer les ravages de ce « secret de Polichinelle ». Il agit comme un révélateur, du fait bien sûr de la notoriété des différents personnages cités. On a été surpris qu’un personnage comme Olivier Duhamel, aussi connu et puissant, soit mis en cause comme un citoyen lambda, mais la pédophilie et l’inceste touchent tous les milieux, sans exception. En l’espèce, il s’avère que le coupable appartient au haut du panier de la société, le top du top. Au-dessus de lui en France, il n’y avait que les nuages… et Dieu ! Et ça, c’est nouveau ! Jusqu’à aujourd’hui, on n’en parlait pas. Dès qu’un coupable était issu de la « bonne société », il passait au travers des mailles du filet, les médias étaient aux abonnés absents et les juges d’une clémence angélique ! Rétrospectivement, cela me fait froid dans le dos.
Des pédocriminels ont su « sataniquement » profiter du climat libertaire des années 60 et 70 pour faire passer leurs comportements criminels en revendications révolutionnaires
Je vais citer un exemple très simple et actuel : Olivier Duhamel a longtemps entretenu une grande proximité avec le Conseil constitutionnel, dont il rêvait d’être membre, et qui lui demandait son avis à tout bout de champ. Or, le 21 janvier sera votée au Sénat une loi censée fixer à 13 ans l’âge du consentement de relations sexuelles avec un adulte. Nous, nous sommes pour que cet âge soit fixé à 15 ans. Notre slogan est d’ailleurs très clair : « Avant 15 ans : c’est non ! » Parce qu’il est plus logique de le faire correspondre à l’âge de la majorité sexuelle. Si vous prenez les dernières grandes affaires pédocriminelles médiatiques, vous vous apercevez que les victimes avaient toutes moins de 15 ans : Victor Kouchner, Sarah Abitbol, Vanessa Springora ou Isabelle Demongeot. Eh bien, savez-vous pourquoi les élus vont s’accorder sur l’âge de 13 ans et non de 15 ans ? Je le tiens de l’aveu même d’un parlementaire : parce qu’ils ont peur du Conseil constitutionnel ! Peur que leur loi soit retoquée ! Et c’est des types comme Duhamel qui jugent ? On marche sur la tête ! En fixant la barre à 13 ans, on prive de nombreuses victimes mineures de la protection qu’on leur doit. Je me dis qu’un Conseil constitutionnel aujourd’hui débarrassé de l’envahissante présence d’Olivier Duhamel et de ses « précieux conseils » sera peut-être plus courageux. C’est le moment de passer à l’action !
Diriez-vous que l’affaire Duhamel révèle les errements d’une partie de l’intelligentsia post-soixante-huitarde ? Non qu’il n’y ait pas d’incestes ou de pédophilie dans d’autres milieux, loin de là, mais que c’est le seul milieu qui a donné à ces pratiques une justification intellectuelle.
Il ne faut pas trop politiser ces affaires. La lutte contre la pédocriminalité doit devenir l’affaire de tous les partis puisque c’est celle de tous les Français. L’histoire de Duhamel, l’affaire du fils de Philippe de Villiers, l’affaire du Coral ou celle du Pasteur Doucet montrent que toutes les franges politiques sont ou ont été touchées par des scandales pédosexuels. La pédocriminalité n’est pas l’apanage des soixante-huitards, ce serait très réducteur de le dire. En revanche, on peut dire que des pédocriminels ont su « sataniquement » profiter du climat libertaire des années 60 et 70 pour faire passer leurs comportements criminels en revendications révolutionnaires. Des petits malins doublés de gros pédos se sont incrustés dans les premières luttes pour la libération sexuelle. Je pense notamment à l’ambiance délétère qui régnait à Libé à la fin des années 70, à Guy Hocquenghem par exemple. Mais vous savez, il y avait des brebis galeuses à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, chez les guévaristes deleuziens, comme chez ceux qui portaient un amour immodéré à la collection Signes de Piste et ses dessins explicites de jeunes scouts.
Tous ces gens, c’est tout le paradoxe, se nourrissaient à la même source pour accomplir leurs forfaits et s’absoudre de tout jugement moral. Ce qui m’interroge, c’est que tous ces actes aient été couverts durant si longtemps. J’avoue que ça m’interpelle. Pourquoi ? J’ai commencé à découvrir l’envers du décor de la pédocriminalité au travers des faits divers sur lesquels j’ai réalisé pas moins de 130 documentaires. À chaque fois, la justice, la police, les médias nous parlaient de « prédateurs isolés » : Émile Louis, Marc Dutroux, Patrice Alègre, Michel Fourniret, etc. Autant de croquemitaines, solitaires et terrifiants. À chaque fois que j’ai évoqué la possibilité que ces monstres aient pu, en plus de leurs activités de serial-killer, alimenter des réseaux pédocriminels, fournir de la « chair fraîche » à des amateurs plus « haut-placés » qu’eux pour arrondir leurs fins de mois, on m’a rétorqué que c’était « un fantasme » de journaliste, que c’était absolument impossible, et que je devrais laisser tomber, parce que sinon j’aurais de gros ennuis… J’en ai eu d’ailleurs, ils ne mentaient pas ! N’ai-je pas été viré de Canal+ pour avoir évoqué la présence de gamines de 12 ou 13 ans dans les parties fines du Tout-Toulouse « qui chante et qui pétille » ?
Reconnaissez-vous tout de même une erreur d’appréciation pour ce qui concerne Dominique Baudis ?
De la mienne, pas la moindre. De sa part, oui, c’est certain : il a fait une erreur d’appréciation. En se précipitant au journal de TF1 pour aller « tordre le cou à une rumeur calomnieuse » dont personne n’avait entendu parler, évoquant des actes de tortures et des enfants, tout en transpirant, il a ouvert une épouvantable boîte de Pandore. Chacun a le droit de mener sa vie sexuelle comme il l’entend – dans les limites fixées par la loi bien sûr – et si ce monsieur avait des goûts libertins, c’était son droit le plus absolu.
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Mais il aurait dû, avant de prendre l’opinion publique à témoin, s’assurer que tous les « acteurs » de cette pénible affaire seraient sur la même ligne, celle de sa parfaite innocence. Ce ne fut pas le cas de Patrice Alègre qui témoigna contre lui devant le juge Lemoine, avant de se rétracter sur le conseil de Maître Collard… En réalité, Baudis était annexe, dans cette histoire. Les gosses, ce n’était pas son truc. Son nom a été balancé par des politiques, des notables du coin, ses « mauvais amis » qui pariaient que la puissance de son nom et de sa fonction de Président du CSA ferait imploser l’affaire, et protégerait les vrais coupables : eux. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
Et l’affaire de l’adjudant Chanal ?
Oui, l’affaire des disparus de Mourmelon peut entrer dans ce cadre. Il n’est pas dit que l’adjudant Chanal ne faisait pas profiter de certains des appelés qu’il kidnappait, violait et tuait, à d’autres que lui. L’hypothèse a été très sérieusement évoquée. Mais comme toujours, abandonnée.
En parlant de réseaux, une affaire majeure des dernières années est l’affaire Epstein. Il y a un volet français qui a étrangement été occulté dans les médias. Comment expliquer ce silence pesant autour de la personne de Jean-Luc Brunel, pourtant accusé par plusieurs femmes d’avoir été un fournisseur de chair fraîche à Jeffrey Epstein doublé d’un violeur ?
Dès le départ, le volet français de l’affaire Epstein a été tu en France. Tout simplement. Il a été mis sous le boisseau par les médias. Pas un mot dans la presse ou à la télévision pendant des mois. Le parquet marchait sur des œufs, il avait la trouille ! Je suis allé gueuler chez Pascal Praud à ce sujet : « Comment ce mec qui a fourni 3 fillettes françaises de 12 ans à Epstein pour son anniversaire est-il encore en liberté ? » Ce qui est cocasse, c’est que trois jours plus tard Jean-Luc Brunel était arrêté à Roissy dans des circonstances rocambolesques, dignes d’un thriller. Comme quoi, gueuler, ça sert ! Il partait en vacances au Sénégal, tranquillement, comme si de rien n’était. À ce moment-là, il n’avait effectivement toujours pas été entendu par la justice, il n’y avait pas de mandat d’amener. Ils ont dû se dire que ça devenait trop énorme, que cette liberté commençait vraiment à faire désordre, et ils l’ont donc arrêté et déferré dans la plus pure précipitation. Il y a contre lui onze plaintes, toutes prescrites : circulez, il n’y a rien à voir ! J’ai essayé d’avoir une interview de Brunel par l’intermédiaire de son avocat, il m’a répondu qu’il ne parlerait que s’il était entendu par la justice. Qu’à cela ne tienne, j’ai alors contacté des personnes dont le métier est de tout savoir, absolument tout. Vous devinez peut-être à qui je fais allusion.
La franc-maçonnerie se protège dès qu’une « affaire » touche un frère. C’est automatique. Dans les affaires pédocriminelles, leur instinct de survie, de résistance va aboutir à ce qu’ils couvrent même une brebis dont ils savent pertinemment qu’elle est galeuse, et mettent à son service tout le réseau
Que m’ont-ils dit ? Qu’ils ne pouvaient pas répondre car l’affaire impliquait des sphères bien trop élevées, y compris pour eux. Ils ne voulaient pas lâcher d’infos : enquête réservée. Secret-défense. Epstein, c’est trop gros. On touche au Saint des Saints ! Des personnalités du tonneau du prince Andrew, pensez ! Les élites du monde entier sont affreusement gênées par cette affaire. Non qu’elles soient composées de reptiles pédo-satanistes – je ne suis pas complotiste – mais beaucoup peuvent avoir quelque chose à se reprocher, qui même peut n’avoir rien à voir avec la pédocriminalité… En fait, c’est une histoire toute bête, exactement comme celles qui impliquent des plus petits poissons. C’est un réseau. Vous avez des gens qui viennent, qui veulent « s’éclater » et qui « consomment »… D’un coup ils ne sont plus trop regardants sur l’âge des participants, ou sur ce qui peut contraindre des gens aussi jeunes à participer. Ils sont parfois saouls ou sous l’emprise de stupéfiants, on les filme, et comme ça le jour où on a besoin, on les fait chanter. C’est ma théorie du « Allô, cher ami ? Vous allez rire, j’ai là un dossier… »
Tout ça rappelle un peu les « ballets bleus » et les « balles roses ».
L’affaire des « ballets bleus » de feu Le Troquer dans les années 50 est un mètre-étalon du genre contemporain. Mais ç’a toujours existé, malheureusement, depuis la nuit des temps. Et au risque de choquer vos lecteurs, tant cette réflexion pourra apparaître « gauchiste », c’est aussi lié au poids du patriarcat et à la culture du viol.
Que dire de l’Éducation nationale ? De l’affaire de « l’école en bateau » ? Des scandales dans l’Église ?
Cette école, elle n’est plus en bateau, mais il y a toujours l’Éducation nationale ! J’ai demandé à une avocate spécialisée dans les affaires de ce genre s’il serait possible d’intenter une « class action ». Elle m’a dit que le droit français l’empêchait. En revanche, elle m’a fait un aveu très instructif : « Si simplement je révélais le nombre d’affaires que j’ai à traiter aujourd’hui rien que pour les écoles de la ville de Paris, les gens en tomberaient de leur chaise ». Le système pédocriminel continue de fonctionner à plein tube ! Le confinement a été terrible pour les enfants, c’est inimaginable. J’ai entendu Marlène Schiappa parler des femmes battues. Elle a raison, mais les premières victimes ce sont les gamins ! Soit la société continue à faire comme si de rien n’était, soit on se rend compte que c’est un vrai problème de société et on agit pour que les pédophiles aient la trouille ! Pour l’instant, ils dorment sur leurs deux oreilles. Ils savent que quand les affaires ne sont pas prescrites, ils vont faire généralement quelques mois de prison – et encore souvent c’est du sursis ! – avant de ressortir avec une injonction de soins. Et derrière, ils récidivent. J’ai parlé à plusieurs médecins qui m’ont indiqué qu’ils avaient la trouille de faire le moindre signalement. Un ami m’a dit : « Je tourne sept fois ma langue dans ma bouche car je sais que si je signale, j’aurai direct des problèmes avec le Conseil de l’ordre ». C’est inadmissible !
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Des affaires, il y en a partout. Regardez le cas du chirurgien Joël Le Scouarnec : des centaines de victimes sur plusieurs décennies. Qu’on ne me dise pas qu’il n’a pas bénéficié de protections, que personne n’a jamais rien vu. Il y a eu des signalements, et le Conseil a étouffé le truc. Quand il s’agit de « puissants », une couverture de survie est immédiatement déployée. On ignore, on met en doute, on bafoue systématiquement la parole des enfants. C’est l’héritage d’Outreau. Une mise en scène. Vous aviez uniquement des enfants victimes, et pas d’agresseurs ! On veut nous faire croire que les seuls bourreaux des douze gamins étaient madame Badaoui et monsieur Delay ? Pourtant, quand vous parlez aux ex-victimes d’Outreau aujourd’hui, ils désignent encore des coupables parmi les acquittés. Dire que Dupond-Moretti a littéralement tétanisé ces gosses au procès… Qu’importe ! Aujourd’hui, il est ministre de la Justice. Prenez l’Église catholique : elle au moins a fait l’effort de s’attaquer au problème, ces dernières années. Il y avait des réseaux constitués au sein de l’Église, et sous Jean Paul II, la loi du silence était de mise. Mais depuis, ils ont réussi à nettoyer les écuries d’Augias. Pour ça, je leur dis bravo.
Ce n’est pas le cas de tous les « cultes ». Je pense à certaines loges de la franc-maçonnerie, par exemple. Je n’ai absolument rien contre leur philosophie, j’ai même des amis qui en font partie, mais le souci c’est qu’ils se protègent dès qu’une « affaire » touche un frère. C’est automatique. Pavlovien. Et ce, quelle que soit l’affaire en question… Dans les affaires pédocriminelles, leur instinct de survie, de résistance, va aboutir à ce qu’ils couvrent même une brebis dont ils savent pertinemment qu’elle est galeuse, et mettent à son service tout le réseau. La brebis sera alors entendue par un gendarme frère, puis jugée par un juge frère, etc. Ce n’est pas honorable, ce n’est pas digne. À l’instar des cathos, ils doivent faire leur aggiornamento. Il est plus que temps qu’ils fassent le ménage. On ne leur demande pas d’en faire état publiquement, juste de se rendre compte que ça n’est plus tenable.
Vous croyez que la France est plus touchée que d’autres pays occidentaux ?
Une des victimes de Brunel appelle la France « Pédoland ». Il est connu de longue date que les pédophiles sont plutôt très bien couverts en France. Il n’y a pas encore eu de prise de conscience collective, comme en Grande-Bretagne où les affaires impliquant Jimmy Savile et une flopée de Lords importants ont durablement choqué l’opinion.
On a sexualisé l’enfance, c’est un crime. J’ai souvenir d’une époque bien différente. On ne découvrait pas la sexualité à sept ans en regardant Pornhub sur le mobile d’un copain
Auparavant, l’affaire du pensionnat des Hauts-de-la-Garenne avait été prestement enterrée, c’est un peu l’équivalent de notre affaire du Coral. Vous savez, les gens qui ont ces tendances-là se rencontrent et échangent. Ce n’est pas facile de trouver des victimes, des proies. Ça peut être par exemple un père qui abuse de ses enfants, puis les filme et vend les vidéos. On a appris il y a peu qu’un juge prostituait sa fille de 13 ou 14 ans à ses amis. La pédophilie rapporte beaucoup, beaucoup d’argent. C’est un système mafieux. Il serait temps qu’on y consacre une série équivalente à Narcos sur Netflix.
La mort de Pierre Bergé a-t-elle libéré la presse française ?
Il est probable qu’il participait au système d’omerta, son ancien chauffeur a publié un livre pas piqué des vers à son sujet. Mais Bergé, ce n’est qu’une petite partie émergée de l’iceberg, honnêtement.
Que penser du phénomène du « grooming », du nom de ces réseaux indo-pakistanais qui violent de jeunes Anglaises. On voit en France l’apparition d’une prostitution de très jeunes filles de cités, parfois mineures de moins de 15 ans, de sites comme Only Fans peu regardants, etc. La fast-food pornographie est-elle liée à tout ça ?
Bien sûr. Ça va de pair avec une sorte d’effacement voulu de l’enfance, de sa pureté, une perte de l’innocence décidée par de mauvaises âmes. Regardez les jeunes filles de 12 ans qui prennent des poses pour leur Instagram ou leur Tik tok comme si elles étaient des playmates… C’est pitoyable. On a sexualisé l’enfance, c’est un crime. J’ai souvenir d’une époque bien différente. On ne découvrait pas la sexualité à sept ans en regardant Pornhub sur le mobile d’un copain. L’école et les parents ont une responsabilité, et ils préfèrent enfouir la tête dans le sable. Sinon, pour en revenir à la question du « grooming », je vous indique que selon l’ONG Missing Children Europe, 10 000 enfants migrants ont disparu rien qu’en 2017 pendant la migration suite à la guerre en Syrie. Où sont-ils passés ? Enlevés, vendus, violés, et tués. Vous les retrouvez maintenant sur les fichiers pédo-pornos que s’échangent des bâtards sur le deep-web.





