À l’instar des pays du tiers-monde, victimes depuis les années 1950 des facilités du monde globalisé et de l’attrait opéré par les pays développés, la France subit une fuite de ses cerveaux : nombre de ses enfants talentueux se laissent attirer par l’ailleurs, considérant que les conditions y sont plus favorables pour mener leur vie.
Selon les estimations au 1er janvier 2020, près de 2,5 millions Français vivent à l’étranger, une population qui croît chaque année de 3 à 4 % ces vingt dernières années, soit environ 100 000 personnes par an. La majorité des expatriés s’exportent dans les pays de l’OCDE : par ordre de préférence, ce sont la Suisse (190 000), les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne et le Canada (100 000) qui sont les destinations privilégiées.
33 % des diplômés d’HEC de 2013 ont quitté le territoire pour trouver leur premier emploi, contre seulement 16 % en 2000
Les études sociologiques menées depuis une décennie sont sans ambiguïté sur les profils des expatriés : ils sont bien plus qualifiés que la moyenne des Français. D’après une enquête de 2013 de la Maison des Français de l’étranger, 41 % des expatriés sont titulaires d’un master et 12 % d’un doctorat (respectivement 15 % et 1 % en France). Fort logiquement, cette surqualification des expatriés leur permet d’occuper des postes d’importance : 48,3 % des Français de l’étranger étaient cadres en 2019, contre 18 % dans la population active française. Les sociologues Bernela et Bouba-Olga ont montré que le taux d’émigration est de 0,04 % pour les non-diplômés, de 0,4 % pour les bacheliers, de 1,1 % pour les masters et de 2,1 % pour les docteurs : plus on est qualifié, plus on s’exporte.
Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que l’aristocratie intellectuelle française est particulièrement tentée de quitter le territoire. Une étude de 2007 menée par deux ingénieurs de l’École des Mines révélait que 40 % des meilleurs chercheurs français – c’est-à-dire membres du top 1 000 mondial – en économie et en biologie sont expatriés aux États-Unis. Une tendance qui serait à la hausse : pour exemple, 33 % des diplômés d’HEC de 2013 ont quitté le territoire pour trouver leur premier emploi, contre seulement 16 % en 2000.
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Dans un cas sur deux, les opportunités professionnelles sont la raison de cet exode : intérêt pour le poste offert, opportunités d’évolutions de carrière et fortes rémunérations motivent ces Français à quitter notre sol pour tenter l’aventure étrangère. En ce qui concerne les surdiplômés, il faut ajouter à ces raisons les facilités de recherche qui leur sont offertes à l’étranger. Comparativement aux pays développés qui attirent, la France se démarque par les faibles capacités de recrutement dans les organismes publics de recherche, le poids des contraintes et la faiblesse de ses rémunérations. Nul doute que l’attrait des moyens financiers et infrastructurels ont vite raison des attaches nationales – si peu entretenues par l’Éducation nationale contemporaine – plus encore lorsque les études supérieures ont été suivies à l’étranger : il est alors peu concevable de revenir en métropole.
Le célèbre réseau social professionnel LinkedIn, en analysant la trajectoire de ses membres, révélait en 2015 que la France était, après l’Inde, le deuxième pays dans le monde dont le solde entre les personnes qualifiées partantes et entrantes est le plus négatif. Bref, comme l’a dit quelqu’un, la France importe des bacs-10 et exporte des bacs+10.





