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Le survivalisme est-il le nouveau genre à la mode ?

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Publié le

23 février 2021

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Qu’elle prenne la forme d’une pandémie, de l’invasion du monde par des hordes de zombies affamés, d’un désastre écologique ou d’un cataclysme nucléaire, la fin des temps n’a cessé d’inspirer écrivains et scénaristes, mais semble-t-il, aujourd’hui plus que jamais. Voilà pourquoi Mathieu Bollon a tenté de répondre à cette question capitale : le survivalisme est-il le nouveau genre à la mode ?
Apocalypse

L’apocalypse serait-elle devenue fréquentable ? Pour préparer l’effondrement de la civilisation industrielle, plus besoin de jouer les Robinson Crusoé en constituant des stocks de vivres et d’armes ni d’envoyer des colis piégés comme le terroriste Unabomber. Exeunt les stages de survie en milieu hostile pour rednecks en treillis camouflage. Désormais, tout un chacun peut s’improviser collapsologue le temps d’une soirée sans pour autant fournir d’efforts surhumains. Pour cela, il suffit de s’installer confortablement devant son téléviseur et de laisser aller son imagination.

OUI. LE VIRUS PANGOLIN L’A RÉACTUALISÉ

L’Armageddon est devenu bankable : en 2020, de nombreux films ont exploité le thème de l’effondrement comme Greenland – Le grand refuge de Ric Roman Waugh ou Minuit dans l’univers, la dernière facétie de George Clooney. S’il s’ancre dans une peur ancestrale, le cinéma post-apo récent s’adapte joyeusement à la modernité en donnant dans un politiquement correct écolo-féministe peu ragoûtant. La dernière série futuriste HBO de Ridley Scott Raised by wolves illustre parfaitement cette tendance avec un propos anti-religieux caricatural et une apologie béate de l’athéisme. Plus nuancé, le Light of my life (2019) de Casey Affleck met certes en valeur la paternité mais donne des gages à la pensée dominante en exploitant le thème de la « masculinité toxique ».

Lire aussi : Éditorial culture #38 : L’apocalypse est décevante

NON. C’ÉTAIT DÉJÀ UN THEME INCONTOURNABLE

L’effondrement de la civilisation technicienne et la survie dans un monde rendu à la barbarie sont une angoisse lancinante de la modernité. En 1954, le romancier de science-fiction américain Richard Matheson décrivait déjà dans Je suis une légende les aventures du seul survivant d’une pandémie ayant décimé la population mondiale en prise avec des créatures zombifiées. Le succès de cette oeuvre sera tel qu’elle donnera lieu à trois adaptations sur grand écran, en 1964, 1971 et 2007. Beaucoup plus tard, en 2006, l’écrivain Cormac Mc Carthy sera récompensé chaleureusement par la critique pour son roman La Route, sorte de road movie post-apocalyptique centré sur le parcours d’un duo père-fils. Ce livre sera lui aussi porté à l’écran par John Hillcoat en 2009. En France aussi, l’effondrement a inspiré les plus grands écrivains depuis La Planète des singes de Pierre Boulle en 1963 et Malevil de Robert Merle en 1972. Rien d’étonnant à cela quand on sait que Bernanos lui même s’interrogeait déjà en 1947 sur les ravages de la technique dans son essai La France contre les robots !

En 1962, le réalisateur français Chris Marker pose les bases du cinéma post-apocalyptique avec son court-métrage La Jetée, passé à la postérité entre autres pour avoir inspiré L’Armée des douze singes. En 1979, le Mad Max de George Miller provoque un véritable électrochoc par l’esthétisation de son nihilisme ultraviolent. Il marquera au fer rouge des générations entières de spectateurs. Illustrant ce que l’auteur Guillaume Faye a appelé très justement l’archéo-futurisme, le film post-apo dresse un portrait dystopique de notre société. À sa sortie en 1972, John Boorman inaugure avec Delivrance la vogue du film de survie, en produisant au passage un magnifique brûlot antimoderne.

S’il s’ancre dans une peur ancestrale, le cinéma post-apo récent s’adapte joyeusement à la modernité en donnant dans un politiquement correct écolo-féministe peu ragoûtant

Depuis, il n’a jamais été aussi populaire comme en attestent les succès d’Into the wild en 2007, de Take Shelter en 2011 ou encore The Revenant en 2015, qui a enfin permis à Leonardo di Caprio de remporter l’Oscar du meilleur acteur. Enfin, le film d’apocalypse zombie est sorti de son ghetto culturel grâce à l’excellent 28 jours plus tard de Danny Boyle en 2002. Le carton de The Walking dead en a ensuite fait le genre pop par excellence.

OUI. L’APOCALYPSE EST LA CATHARSIS DES CONFINÉS

Si le confinement n’a pas été un dîner de gala, ses petits désagréments sont dérisoires comparés à ce qu’endurent les héros des blockbusters hollywoodiens. Pour exorciser notre angoisse face à un avenir rendu incertain et à des prévisions économiques cataclysmiques, quoi de mieux que de se projeter dans un monde dévasté, en proie à des épidémies meurtrières ou des catastrophes naturelles ? Le cinéma s’est d’ailleurs empressé de s’emparer de la peste pangoline, comme par exemple dans le tout chaud Songbird d’Adam Mason. Tourné à Los Angeles pendant le confinement et sorti en VOD en décembre dernier, il nous projette en 2024 après une nouvelle mutation du virus. Rien de très nouveau : d’Alerte ! de Wolfgang Peterson en 1995 à la série danoise The Rain en 2018, en passant par le très réaliste Contagion de Steven Soderbergh en 2011, les épidémies n’ont jamais cessé de contaminer Hollywood, mais le bacille de Wuhan risque d’inspirer à l’avenir des cerveaux de créateurs encore plus nombreux. 

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