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Question d’hygiène : La peste aux portes de Paris ?

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Publié le

24 février 2021

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Paris envahi par le covid et Paris envahi par les rats. On aimerait que la Mairie agisse rapidement contre ces microbes velus et ambulants avant qu’une nouvelle crise sanitaire nous saute au nez, tel un vieux masque usagé.
Rat

« On se croirait revenu un siècle en arrière », lâche un éboueur consterné, face à la prolifération des nuisibles dans le XVIIe arrondissement de Paris. Une prolifération qui a atteint des sommets ces dernières années : jusque dans les jardins de Notre-Dame ou du Trocadéro, c’est désormais en pleine journée et devant des touristes effarés que pullulent des colonies entières de rats, attirées par les restes de nourriture que les quidams croient donner aux pigeons. C’était même devenu un enjeu électoral : pendant sa campagne, Hidalgo avait promis de consacrer un milliard d’euros par an à la propreté et de nommer un « manager » dédié à l’insalubrité dans chaque quartier. Pour l’instant, elle s’est contentée d’accélérer la mise en place des poubelles anti-rats « Cybel » : à peine 12 % du parc total… Une initiative bien timide pour un problème qui réveille une grande peur collective.

Aujourd’hui, si vous tapez sur Google « rats » la première complétion automatique sera « in Paris », tant la capitale française est devenue l’emblème de cette recrudescence. Les médias étrangers, notamment américains, s’en sont emparés et ont déjà renommé la Ville Lumière « Plague City », la Ville de la Peste, tandis que les vidéos de rongeurs qui grouillent dans les parcs sont devenues virales. Une image médiévale dont la ville se serait bien passée.

Les pouvoirs publics désemparés

Les pouvoirs publics et le DFAS (Département Faune et Action de Salubrité) ont bien du mal à se coordonner face à l’ampleur du problème. D’après les services vétérinaires de la police, la population de rongeurs serait estimée à environ 2 par habitants, soit entre 5 et 5,5 millions à Paris. Si les rats ont toujours été présents dans la capitale, dont les sous-sols constituent un véritable gruyère, leur prolifération récente a été galvanisée par une gestion des ordures de plus en plus catastrophique, notamment dans certains arrondissements « sensibles » comme le XIXe ou le XXe. Dans ces quartiers où subsistent encore de nombreux immeubles vétustes et où les ordures ménagères sont déversées nuit et jour sur le trottoir par des riverains aux moeurs décomplexées, les rats s’introduisent jusque dans les appartements et les écoles, mettant à profit un réseau d’égouts qui menace ruine. De plus les politiques de dératisation ne suffisent plus : les rats s’adaptent très vite, en véritables parasites, au poison et développent des résistances inédites.

Voilà bien le paradoxe parisien : une totale désaffection pour l’entretien ou la rénovation des infrastructures, au profit de travaux tape-à-l’oeil qui servent uniquement à satisfaire les lubies d’une population de bobos

La vraie solution, comme le rappelle l’opposition, ce serait la réfection totale de parties entières du réseau égoutier. Des travaux de mise aux normes qui ont été abandonnés depuis des années, faute de moyens. À Paris, on préfère investir dans des réfections inutilement décoratives, comme celle de la place de la République : des travaux de voiries coûteux qui ont précisément fait sortir des milliers de rats de leurs tanières. Voilà bien le paradoxe parisien : une totale désaffection pour l’entretien ou la rénovation des infrastructures, au profit de travaux tape-à-l’oeil qui servent uniquement à satisfaire les lubies d’une population de bobos. Des bobos qui feront probablement un peu la grimace lorsqu’eux-mêmes devront slalomer entre des colonies de rats, juchés sur leurs jolis vélos.

Un problème sanitaire de taille

Non contents de gâcher les vacances des touristes, les rats constituent un problème sanitaire de taille à l’heure où les pandémies sont revenues à la mode : si les rats bruns qui pullulent à Paris ne sont pas porteurs du bacille de la peste (on laisse ce soin à leurs patibulaires cousins les rats noirs), ils restent vecteurs de nombreuses maladies infectieuses mortelles, comme la leptospirose. Une maladie qui a connu en France une forte recrudescence, avec 1 000 cas par an. De plus, selon une étude récente, 25 % des incendies accidentels en Île-de-France seraient causés par les dommages provoqués par les rongeurs sur les câbles électriques. Un chiffre qui n’est pas près de baisser puisqu’une récente directive européenne impose, au nom de la sacro-sainte écologie, à isoler les câbles non plus avec du plastique mais avec un élastomère à base d’amidon de maïs. Un festin pour nos amis les rats et une véritable « bombe à retardement » selon certains experts.

Lire aussi : Paupérisation de la France : Le grand déclassement

Jamais avare d’effets d’annonce et de plans saugrenus, la mairie de Paris semble avoir récemment décidé de contourner le problème en lançant un vaste programme de recherche sur les rats, avec un nom qui sonne déjà comme un aveu d’échec : Armageddon. En partenariat avec le muséum d’Histoire naturelle et l’INRIA, des chercheurs tentent de cartographier précisément la population des rongeurs et d’évaluer les causes précises de cette impressionnante recrudescence. Son but officiel, sans doute pour ne pas heurter les petits coeurs sensibles des militants animalistes : « réfléchir à une cohabitation saine entre le rat et l’homme ». De groupes de travail idéologues en commissions de recherche frileuses, voilà une crise sanitaire qui ne semble pas près de trouver une issue.

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