« Un entrisme communautariste, insidieux mais puissant, gangrène lentement les fondements de notre société dans certains territoires. Cet entrisme est pour l’essentiel d’inspiration islamiste. Il est la manifestation d’un projet politique conscient, théorisé, politico-religieux, dont l’ambition est de faire prévaloir des normes religieuses sur la loi commune que nous nous sommes librement donnée. Il enclenche une dynamique séparatiste qui vise à la division ». Voilà ce qu’on lit dans l’exposé des motifs du projet de loi confortant le respect des principes républicains. Ne doit-on pas se féliciter que l’ennemi soit clairement identifié ? Las ! De la lecture de l’ensemble du texte, il ressort qu’une fois de plus, la République a choisi de se voiler la face et qu’au nom de la lutte contre le péril islamiste, elle s’engage dans une restriction inédite des libertés fondamentales. Comme si les outils de discernement et de diagnostic lui manquaient et qu’ainsi les solutions préconisées ne pouvaient être qu’inadéquates, voire accentuer le mal général de notre société, à savoir sa fragmentation (voir Jérôme Fourquet, L’Archipel français, Seuil, 2019).
En effet, que penser de cette opposition entre les « normes religieuses » et « la loi commune que nous nous sommes librement donnée » ? Si le fondement de cette loi commune n’est que la liberté souveraine des contractants, celui-ci n’est-il pas éminemment instable puisque fruit d’un consensus social et historique mouvant et fragile ? Si la vie commune n’est de part en part qu’une construction humaine, il ne faut pas s’étonner que ce positivisme juridique engendre un surcroît d’autoritarisme. S’il n’y a aucun donné antérieur à l’exercice des libertés individuelles, comment celles-ci pourraient- elles se limiter sauf à se figer dans l’arbitraire d’un rapport de force ?
Lire aussi : Julien Aubert : « Cette loi contre le séparatisme n’osait pas nommer son adversaire »
Bref, la République en niant tout droit naturel cisaille une fois de plus la branche sur laquelle elle est juchée depuis son avènement, en l’occurrence le christianisme, matrice sociale et culturelle de notre vieux pays, offrant et assumant un fondement pré-politique à la vie politique (voir le fameux débat entre J. Habermas et J. Ratzinger en 2004 publié en français Raison et religion, Salvator, 2010). Dès lors, cet énième projet de loi est identique à tous ceux qui l’ont précédé, à savoir traiter toutes les religions de la même manière pour ne pas être accusé de discrimination envers l’une d’entre elles, la seule qui pourtant pose de réels problèmes à la société française. Force est de constater qu’une telle attitude est consubstantielle à ce que l’on est obligé d’appeler l’idéologie républicaine. En effet, lorsque les Républicains arrivent enfin aux affaires en 1877, ils mettent systématiquement en œuvre leur programme élaboré sous le Second Empire, un mixte d’idéalisme, façon Michelet et Quinet, et de positivisme, façon Littré, mixte dont le vrai fondement est l’humanisme maçonnique. Gambetta et Ferry se chargent de réaliser de manière opportune la laïcisation de l’école et de la société, en étayant la morale dite « laïque » sur les mœurs, héritage de siècles de vie chrétienne. Cette réduction sociologique et instrumentale de la religion finit par progressivement couper les Français de sa source vivifiante. En quelques décennies le programme de déchristianisation réussit mais, victoire à la Pyrrhus, contribue également à fragmenter la société française. Nous en sommes là.
L’autoritarisme du projet de loi, censé lutter contre l’islamisme, se manifeste principalement par le viol de deux libertés fondamentales : le remplacement de l’obligation de l’instruction par celle de la scolarisation (dès l’âge de trois ans !) et la mise sous tutelle administrative des cultes. Espérons que, si le Conseil constitutionnel mérite encore son nom, ces deux points soient censurés. Si tel n’est pas le cas, nous aurions la confirmation que le libéralisme libertaire est bien un nihilisme niant toute limite pré-politique à l’ordre humain, c’est-à-dire une nouvelle version du totalitarisme.
Rappelons que tous les musulmans ayant perpétré leurs crimes ces dernières années en France étaient passés par l’école laïque !
Rappelons que la liberté d’enseigner est un droit naturel, conséquence du devoir des parents d’éduquer leurs enfants. Rappelons également que tous les musulmans ayant perpétré leurs crimes ces dernières années en France étaient passés par l’école laïque !
Le projet de loi veut faire signer par les associations cultuelles un engagement à respecter « les principes et les valeurs de la République ».Comme ces termes sont très flous et que le projet de loi indique que dorénavant la reconnaissance du caractère cultuel de l’association sera soumise au préfet pour une durée de cinq ans, il reviendra de manière discrétionnaire à l’État de reconnaître ou non un culte en tant que tel. Cela constitue clairement une atteinte au principe de la séparation des pouvoirs temporel et spirituel. Quid, par exemple, d’un prêche dans une église sur ce que le Catéchisme de l’Église catholique enseigne quant à l’homosexualité ou l’avortement ? Rien n’empêche d’envisager que de tels propos seront bientôt vus comme contraires à l’ordre public et à ce titre anti-républicains. Le projet de loi donne ainsi à l’État un droit de regard très dangereux sur le contenu de toutes les cérémonies religieuses.
Il existe déjà de nombreux outils administratifs et judiciaires pour lutter contre l’islamisme. Si le gouvernement ne s’en contente pas et, au lieu de les appliquer, préfère la fuite en avant législative, c’est soit par clientélisme politique pour rassurer l’opinion sur « sa détermination sans faille » à lutter contre l’islamisme, soit pour utiliser de manière opportune le climat anxiogène actuel pour rétrécir un peu plus les libertés fondamentales, notamment la liberté religieuse. En cela, il confirme qu’il est un pompier pyromane. Il attaque le substrat de l’âme de notre pays et cherche à en façonner une unité externe par la seule voie de la contrainte. L’Union soviétique a déjà suivi cette voie, avec le succès que l’on sait.





