Pourquoi avez-vous voté contre cette loi séparatisme ?
Cette loi contre le séparatisme n’osait pas nommer son adversaire. Quand vous faites une loi sans savoir qui vous visez, vous risquez de faire des dommages collatéraux. C’est donc une loi qu’on appelle faussement loi « séparatisme » mais qui ne prononce à aucun moment le mot « séparatisme » sauf une fois dans l’exposé des motifs. Une loi qui est censée combattre l’islamisme mais qui ne prononce qu’une fois le mot. Une loi qu’on a vendue aux gens comme un arsenal de guerre avec, par exemple, un « délit de séparatisme », mot qui n’existe pas dans le texte et qui est, en réalité, une augmentation des sanctions lorsque quelqu’un commet des violences contre un agent public. Une grande partie de cette loi est d’ailleurs une transposition de jurisprudences qui existent déjà.
Il y avait un problème avec l’immigration et l’islamisme ; on en est arrivé à une loi qui ne traite pas d’immigration, sauf pour la favoriser
Ils ont resserré les lois pour toutes les religions, mécontentant ainsi protestants, catholiques et tous ceux qui n’ont rien à voir avec l’islamisme. Ils en ont profité pour introduire des choses qui n’ont strictement rien à voir avec l’islamisme. Par exemple, avec ce texte, une femme qui est dans un état marital polygame pourra demander son renouvellement automatique de nationalité, au titre qu’elle est victime de polygamie. Donc on a commencé avec des attentats qui étaient faits par des étrangers, rentrés souvent illégalement en France ou par la demande d’asile, et voilà le résultat. Il y avait un problème avec l’immigration et l’islamisme ; on en est arrivé à une loi qui ne traite pas d’immigration, sauf pour la favoriser. Si on n’appelle pas ça une contradiction majeure, je ne m’y connais plus. Vous avez aussi la reconnaissance de discriminations sur l’identité de genre. Ce qui fait que demain, un « non-binaire gris » pourra dire que vous le discriminez parce que vous l’avez appelé « monsieur » ou « madame ». Là encore ça n’a strictement rien à voir avec l’islamisme.
Malgré ces imperfections, ne considérez-vous pas qu’il s’agisse d’une loi de moindre mal ?
Il y a le délit d’entrave. Puisque c’est mon idée et qu’elle m’a été piquée par Darmanin, je ne vais pas vous dire que c’est mauvais ! Le problème c’est que les seules choses dures dans ce texte viennent de votre serviteur. Mais est-ce qu’il faut voter un texte qui en réalité est un chien sans dents par rapport au sujet principal et qui par contre, vient embêter ceux qui n’y étaient pour rien ?
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Moi je ne veux pas donner l’impression aux Français que je suis en partie satisfait et que cela participe d’une guerre contre l’islamisme. Ça n’est pas vrai. Posons-nous des questions très simples : est-ce que le salafisme du quotidien, le type qui va prier dans un vestiaire sportif, on pourra l’empêcher ? Est-ce que demain la petite fille qui se fait faire un certificat médical pour ne pas aller à la piscine, on pourra l’en empêcher ? Non.
Pour se dédouaner de toute forme de stigmatisation, la gauche a préféré s’en prendre aux chrétiens, ce à quoi vous avez réagi. Pensez-vous que la gauche se trompe d’ennemi ou qu’elle peine plutôt à le désigner ?
Je pense qu’il y a une double conjonction. La gauche, aujourd’hui, est archaïque. Elle est restée figée en 1905, convaincue que le problème dans notre pays, c’est le retour des catholiques. Elle s’est trompée d’époque. Elle n’a pas vu que notre problème aujourd’hui dans les piscines, ce ne sont pas les curés en soutane. Et puis, il y a une forme de cynisme. On a une extrême gauche coupable d’islamo-gauchisme et qui ne veut pas traiter le sujet, refusant de voir avec lucidité qu’elle est complice. Elle préfère donc parler d’école, en disant que le problème c’est qu’on n’y ait pas tous les mêmes chances, qu’elle ne joue plus son rôle d’incubateur républicain. Et elle va dire que tous les riches vont dans les écoles privées et que, si on les supprime, on aura du brassage. À la fin, qui on a comme problème ? C’est encore l’école catholique. C’est quand même incroyable de commencer par des gens qui découpent des têtes de professeurs dans l’école publique pour arriver au fait que c’est l’enseignement privé le problème.
La loi inquiète beaucoup quant à sa dérive liberticide, notamment concernant l’instruction à la maison. Quelles vont être les conséquences de son application ?
C’est une des victimes collatérales de cette loi : l’instruction en famille, qui est une liberté fondamentale et constitutionnelle. Vous êtes aujourd’hui incapables de contrôler les familles a posteriori. Alors, avec un délire profond, on vous explique que tout le monde devra demander une autorisation a priori. Cela va mettre dans la semoule plein de familles qui n’y étaient pour rien et qui n’avaient rien à voir avec le sujet.
C’est quand même incroyable de commencer par des gens qui découpent des têtes de professeurs dans l’école publique pour arriver au fait que c’est l’enseignement privé le problème
Désormais l’instruction à la maison sera une liberté sous autorisation. Vous devrez déposer un dossier auprès de l’académie qui examinera si on vous laisse faire l’enseignement en famille, selon plusieurs possibilités comme le handicap, l’itinérance et d’autres clauses. Donc on crée des files d’attentes, recours et justification.
Votre parti Les Républicains a-t-il été selon vous à la hauteur des débats et de l’opposition à cette loi ?
Oui. D’abord, mentionnons l’absence totale du RN dans le débat. Marine Le Pen est intervenue une seule fois. Je trouve que les Républicains ont combattu avec talent. Nous avons mis en avant le sujet du voile, nous avons débusqué toute une série de sujets. Nous avons su voter des amendements quand ils étaient bons, nous avons été constructifs quand il le fallait. Et nous avons mis en lumière ce qui n’allait pas.





