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Jérémy Bouhy : « Ce documentaire s’inscrit dans la logique de victimisation qui caractérise notre époque »

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Publié le

23 mars 2021

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Dans son documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » diffusé ce dimanche sur Canal+, la journaliste Marie Portolano dénonce les violences sexistes qu’elle et ses consœurs subissent dans les rédactions sportives françaises. Pour Jérémy Bouhy, agent de club, le cas d’espèce touche les médias et non le milieu du football en tant que tel. Surtout, ce discours est pour lui symptomatique d’une rhétorique victimaire qui cherche à buzzer sur l’antiracisme et le néoféminisme. Entretien.
je ne suis pas une salope

En tant qu’acteur du milieu du foot, confirmez-vous qu’un sort douloureux y est infligé aux femmes ?

Non, je m’inscris en faux, il n’existe aucun « sort douloureux infligé aux femmes dans le milieu du foot ». Marie Portolano ne travaille pas dans le foot mais dans les médias, deux milieux qui n’ont absolument rien à voir. Si elle est au contact du football par son activité de présentatrice, elle évolue au quotidien dans les locaux de son employeur à Boulogne, et non dans les clubs, dans les vestiaires, sur les terrains. Les auteurs des comportements qu’elle dénonce sont ses collègues salariés du Groupe Canal +, c’est donc au sein des rédactions de la chaîne que doivent s’opérer les introspections.

La chaîne Canal+ aurait coupé préventivement les passages qui mettaient en cause Pierre Ménès. Une réaction ?

Je ne sais pas ce qu’il en est, je ne travaille ni pour « Les Jours », ni pour le Groupe Canal +. Je peux simplement répondre que l’on ne peut pas généraliser et réduire tous les hommes au comportement de Pierre Ménès ; de la même manière qu’il est impensable de réduire l’ensemble des femmes à Corinne Masiero et Alice Coffin.

Le discours victimaire est le même, et la confrontation de la violence (et la vulgarité) des titres à la réalité des faits confirme une volonté indéniable de générer le buzz et de surfer sur ces thèmes vendeurs que sont l’antiracisme et le néoféminisme.

De manière plus générale, avez-vous été surpris par ces révélations ?

Non, puisqu’elles s’inscrivent dans la logique de « diabolisation/victimisation » qui caractérise notre époque. Ce documentaire « Je ne suis pas une salope » fait écho à celui d’Olivier Dacourt « Je ne suis pas un singe » produit par la même société. Le discours victimaire est le même, et la confrontation de la violence (et la vulgarité) des titres à la réalité des faits confirme une volonté indéniable de générer le buzz et de surfer sur ces thèmes vendeurs que sont l’antiracisme et le néoféminisme.

Dans ce genre de situation, le risque n’est-il pas celui du réflexe pavlovien : pour les uns, de faire de tous les hommes des agresseurs ; pour les autres, de nier en bloc des agressions qui de fait existent ?

Prenons soin de bien nommer les choses. Marie Portolano ne dénonce pas de viol ni même d’agression physique, mais des « comportements et ambiances machistes ». Il est fondamental de le rappeler. Pour le reste, je dresserais un constat sociétal, et situerais le problème non pas dans la multiplication des goujats, mais dans la disparition des « chevaliers ». La féminisation des hommes, notamment des citadins, la transformation du mâle moderne en mollusque végétarien ou en hipster pacifiste est un drame pour les femmes qui ne sont dès lors plus protégées par leurs compagnons métrosexuels. Si les femmes étaient encore défendues par des chevaliers, elles seraient moins souvent embêtées par les goujats.

Des joueurs sont souvent mis en cause dans des scandales sexuels. Profitent-ils de leur statut, ou au contraire des femmes mal intentionnées cherchent-elles régulièrement à se faire de l’argent ou de la notoriété sur leur dos ?

Là encore, je n’ai que très peu d’exemples de joueurs mis en cause dans des scandales sexuels, à part l’affaire Benzema/Valbuena qui est d’une autre nature puisqu’il n’y a pas de plaignante.

Lire aussi : Jérémy Bouhy : Monsieur l’agent

Mais il est un fait que les nombreuses révélations et les scandales retentissants qui se sont multipliés au cours des dernières années ont beaucoup plus largement impliqué des hommes politiques, pontes des médias, acteurs de renom, présentateurs vedettes, plutôt que des footballeurs ou des sportifs.

Le monde du sport doit-il faire son « aggiornamento » sur la place des femmes ?

Non, le monde du sport est au contraire un modèle d’intégration et de promotion des femmes dont devraient s’inspirer les autres champs de la vie sociale. Les femmes sont partie intégrante du paysage sportif français, non seulement dans les médias, mais également dans les clubs, les fédérations, chez les équipementiers, et leur présence est légitime et totalement acceptée par l’ensemble des acteurs (sportifs, agents, dirigeants). Isabelle Iturburru est une icône du rugby français, et Marion Rousse le rayon de soleil du cyclisme. J’ajoute qu’au cours des 30 dernières années, le poste de ministre des Sports (ou secrétaire d’État) a été beaucoup plus largement occupé par des femmes que par des hommes (Michèle Alliot-Marie, Marie-Georges Buffet, Roselyne Bachelot, Rama Yade, Chantal Jouanno, Valérie Fourneyron, Laura Flessel, Roxana Maracineanu ; contre Jean-François Lamour, Bernard Laporte, David Douillet, et Thierry Braillard).

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