La scène lyrique se réduit à une tribune d’où une nouvelle génération de dramaturges vient prêcher la morale antiraciste. Cet Aida « décolonisé » est le terme d’un processus amorcé depuis des années. Autrefois, le regietheater était un mécanisme de détonation, son but étant de pulvériser la tradition pour brouiller les repères.
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Aujourd’hui, une production sert à amender votre conscience. On ramasse les débris d’un chef-d’œuvre pour façonner un produit conforme à la nouvelle morale. Une foule de bourgeois en habits Belle-Époque flâne dans un musée parmi des œuvres pillées aux colonies africaines : voici Aida, selon la « metteuse » en scène Lote de Beer. L’art occidental – y compris l’opéra ? – ne serait que la faute originelle du prédateur blanc, adulateur coupable de cette idole que notre époque déteste tant : la Beauté.
Le mélomane doit s’efforcer comme il peut pour trouver consolation ailleurs, dans les hautes sphères de la musique
Quid des personnages, de leurs sentiments, de leurs destinées ? L’idéologue s’en fiche. Le drame sert le dogme en autant de fresques allégoriques censées éduquer le peuple, le savoir-faire en moins. Voici donc Aida et son père Amonasro en marionnettes grises et désarticulées. La température des émotions à son zéro absolu. Le mélomane doit s’efforcer comme il peut pour trouver consolation ailleurs, dans les hautes sphères de la musique. Avec un Jonas Kaufmann (Radamès) rayonnant, une Sondra Radvanovsky (Aida) habitée, un Ludovic Tézier (Amonasro) souverain – pour ne mentionner que les têtes d’affiche – l’endurance d’une grande patience est néanmoins récompensée.
Aida, opéra en 4 actes, de Giuseppe Verdi (musique), Lotte de Beer (mise en scène), Michèle Mariotti (direction musicale), filmé depuis l’Opéra Bastille, vidéo disponible sur operadeparis.fr





