Maîtriser la moindre inflexion de la langue de Verdi est essentiel pour une incarnation mémorable, et rarement les « non-natifs » se sont hissés au même rang que ces géants transalpins. Notre époque fait exception. Sans avoir grandi au pays du « bel canto », c’est pourtant Ludovic Tézier qui aujourd’hui détrône toute concurrence dans le sillage de ses aînés. Son étonnante affinité avec la phrase italienne suffirait déjà à justifier l’admiration. Mais le superbe diseur n’en est pas moins un tragédien habité et un musicien des plus raffinés. Voix hors-norme par le velours et le mordant du timbre, le baryton marseillais ne cesse de sonder, à force de travail et de passion, les secrets des héros en clair-obscur sortis de la plume verdienne, dont ce premier récital en studio constitue un témoignage superlatif.
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Voici, à travers quatorze extraits, une galerie de personnages qu’il affectionne sur scène : Nabucco d’une touchante profondeur, Rigoletto aux mille facettes, Iago noir et démoniaque. Ailleurs on peut désirer un supplément d’ardeur ou de souplesse, qui feraient un Macbeth plus torturé, un don Carlo (La Force du destin) moins monolithique ou un Conte di Luna (Trovatore) plus naturel. Mais c’est du grand art à chaque mesure, porté par une intelligence du mot et un sentiment du drame qui vous laissent rêveur. Écoutez à volonté la mort de Posa (Don Carlos) – doublée de sa version originale en français : impossible d’en sortir indemne, sans ressentir ce léger vertige que donne la perfection.

Orchestre du Teatro Comunale de Bologne
Sony Classical, 16,99 €





