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Espagne : Le rêve européen se dissipe

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Publié le

8 avril 2021

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Le 21 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, était tout sourire. Un accord venait en effet d’être trouvé au sein de l’Union européenne afin de mettre en place un plan de relance censé absorber le choc de la crise économique.
Monde-Sanchez-Facebook

Particulièrement touchée par le confinement, l’Espagne a en effet subi une récession de 12 % l’an passé, une croissance du chômage de 16,2 % et des faillites en chaîne. Il s’agit donc d’une victoire pour notre voisin ibérique tant la perspective de telles subventions semblait d’abord éloignée. Notons cependant que la moitié de 140 milliards d’euros octroyés devra être remboursée. Par ailleurs, Pedro Sánchez a déjà dit adieu à une partie de ses annonces-phares en matière économique, comme la dérogation globale de la réforme du marché du travail que la droite de Mariano Rajoy avait adoptée en 2012. À Bruxelles, qui plus est, Sánchez n’a pas pu compter sur le soutien de l’ensemble de l’arc parlementaire espagnol. La droite espérait en effet que les pays « frugaux » parviendraient à imposer des conditions drastiques à Madrid. Elle se vengeait par la même occasion du refus des socialistes de soutenir le conservateur Luis de Guindos en 2018, au moment où il cherchait à devenir vice-président de la Banque centrale européenne.

L’influence concrète de l’Espagne au sein des institutions communautaires s’amenuise en réalité depuis une quinzaine d’années

L’élection de Guindos à la BCE précédait le choix du social-démocrate Josep Borrell comme haut représentant pour les Affaires étrangères de l’UE. Dans la foulée, plusieurs personnalités espagnoles étaient sélectionnées pour des postes-clé de l’architecture communautaire. En juillet dernier cependant, les lamentations ont repris car la troisième vice-présidente du gouvernement espagnol, Nadia Calviño, échouait à devenir présidente de l’Eurogroupe. Elle était pourtant soutenue par la France, l’Allemagne et l’Italie mais les « petits pays » firent bloc autour de l’Irlandais Paschal Donohoe. L’influence concrète de l’Espagne au sein des institutions communautaires s’amenuise en réalité depuis une quinzaine d’années.

L’Espagne reste à l’heure actuelle l’un des pays membres de l’UE où cette dernière jouit de la meilleure image. Pour autant, l’on ne saurait sous-estimer l’euroscepticisme qui monte outre-Pyrénées depuis la crise économique de 2008, et la popularité de l’Union atteint aujourd’hui des niveaux historiquement bas en Espagne. De surcroît, une idée générale se fait jour : l’Union européenne servirait surtout les intérêts des pays du nord, oubliant ceux du sud.

Lire aussi : Espagne : des officiers retraités au secours de la monarchie

Le cas du parti Vox est, dans ce cadre, particulièrement éclairant puisque la formation espagnole d’extrême droite enregistre ses meilleurs scores dans des zones appauvries, inquiètes et traversées par les grands débats qui fragilisent la construction européenne. L’on peut s’intéresser à ses très bons résultats dans la région de Murcie par exemple, seule communauté autonome où Vox est arrivé en tête lors des élections générales du 10 novembre 2019. Sur place, le parti a en effet obtenu 3 sièges de députés sur les 10 mis en jeu, soit 28 % des suffrages exprimés.

Peuplée de 1,5 million d’habitants, cette région située à l’extrémité sud-est du pays, en bordure de la Méditerranée, est ancrée à droite. Elle n’a ainsi pas connu un président régional de gauche depuis 1995. Son économie repose sur deux piliers : le tourisme et l’agriculture – à tel point que l’on en parle comme du « verger de l’Europe ». Peu industrialisée, la région de Murcie est touchée de plein fouet par l’accroissement du chômage à partir de 2008. En décembre dernier, l’on comptait 112 000 demandeurs d’emploi pour 605 000 actifs occupés, soit un taux de 15,4 % d’inactifs. Parmi les communes peuplées de 40 000 habitants ou plus, l’on notera la situation préoccupante d’Al- cantarilla (21,36 %) ou Carthagène (20,12 %).

Il semblerait de plus que la présence d’une main d’œuvre immigrée peu qualifiée ait motivé le choix en faveur de la formation d’extrême droite

Ce malaise économique n’est pas étranger aux bons scores électoraux enregistrés par Vox, d’autant que l’on a observé des comportements similaires dans la province andalouse voisine (Almería), au profil comparable. Il semblerait de plus que la présence d’une main d’œuvre immigrée peu qualifiée ait motivé le choix en faveur de la formation d’extrême droite. Dans la bourgade de Torre Pacheco, par exemple, un tiers de la population est originaire d’un autre pays, principalement du Maghreb. Or, 38 % des suffrages exprimés dans la ville en novembre 2019 se sont portés sur les candidats à la députation de Vox.

Autant de motifs qui poussent une part croissante de l’électorat régional et national à voter pour une formation qui, sans remettre en cause les fondements mêmes de l’Union européenne, en critique les orientations les plus récentes (songeons que Vox a obtenu 11 députés lors des élections catalanes du 14 février, soit deux fois plus que ce que lui accordait la plupart des sondages). Le président de Vox, Santiago Abascal, n’a effectivement jamais fait mystère de son soutien envers le groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), alliance informelle qui affronte l’UE dans plusieurs domaines, comme la thématique migratoire. Tout cela en dit long sur la lente dégradation des relations entre Madrid et Bruxelles.

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