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Pour une théorie d’un désir-solipsiste

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Publié le

3 mai 2021

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« Ça lève le petit doigt mais c’est pute » – Audiberti. « La go là c’est p’têtre une fille bien. Mais on préfère les tchoins » – Kaaris. « Le désir a au moins ce mérite qu’il nous pousse à fréquenter des gens » – Montherlant.

La possibilité de la transcendance et donc du désir était la dernière chose qu’il nous restait à détruire et par conséquent la seule que nous devions sauver. Le programme aujourd’hui consiste à vous laisser dans votre salon, seul, docile, face à un porno. C’est vrai que les gens meurent. L’impraticable et l’effacement ont gagné. Désirer est emprunté de l’étymologie considérer. Je suis au regret de vous annoncer que nous ne considérons plus rien. On cherche encore un peu à obtenir satisfaction. Par orgueil. Ou simplement pour passer le temps. Le désir est mort. C’était Dieu.

Le désir ne se vit pas il se pense, comme presque tout. Une lamentable certitude de volupté. On prend son matériau là où il se trouve. On copule entre fantômes. Le désir, personne ne sait bien ce que c’est. Un concept fou. Comme le peuple. « L’essence même de l’homme », l’appelait Spinoza, n’est rien. L’objet du désir n’est qu’un objet. Fluctuant et incompréhensible.

Le héros est celui qui ne cède pas sur son désir, disait Lacan. On enlève le mot désir. Le héros est celui qui ne cède pas

On veut arriver à un but pour la puissance. Seule prévaut la détermination. La petite parcelle de réalité perçue. Le petit vice. Le héros est celui qui ne cède pas sur son désir, disait Lacan. On enlève le mot désir. Le héros est celui qui ne cède pas. Désirer n’ouvre que des possibles. On ne désire finalement qu’une représentation, quelque chose qui comblera le manque ontologique. Quand il n’y a pas de manque, il n’y a pas de sujet. Le manque, l’excès et le déchet se formalisent dans le sexe ou l’argent. Posséder ce qu’on n’a pas encore. Pas très longtemps. Le temps n’est-il pas l’accident des accidents ? La propriété est un sentiment fugace. Le sujet est insatiable et productif. Il ne désire pas, il fait du chiffre. Le marketing transforme tout en besoin, et donc en aliénations et rebuts, addictions et aventures. Les désirs ? Les stratégies plutôt.

L’être ne peut sortir de lui-même. Les liens ne dépassent pas l’envie de découvrir un nouveau décor (qui n’a pas suivi quelqu’un juste pour avoir le plaisir de découvrir la décoration d’un appartement ?) Voir. Avoir. Savoir. L’autre disparaît sous le moi. L’acharnement est borné à lui-même. Le désir n’est qu’imitation. Envie d’avoir envie. Le désir est la libido de voir quelqu’un qui n’est pas là. Disait Cicéron.

Tout se dilue et se fond et parfois on est lasse de tout, jusqu’à ne plus pouvoir remuer la jambe avec l’idée. On a tellement peur du néant, qu’on fait semblant de s’intéresser à la vie – jusqu’au désir.

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Ce mouvement qui revient toujours vers lui. Carré blanc sur fond blanc. Autrui est ce geste de l’étreinte qu’on a appris et qu’il faut reproduire pour continuer d’avoir la main (on ne sait jamais, peut être qu’un jour il arrivera vraiment, il faut être prêt). Autrui est le bon texto quand j’ai besoin de réassurance (tu es la plus jolie fille de la RDA). Autrui est là et ça suffit. Mais il n’existe que par rapport à moi. Il ne fait que confirmer ma propre présence. Tout désir est désir de reconnaissance. Celle de notre valeur.

L’obstacle et le défi font la différence (la femme se met à sucer plus quand elle se sent moins désirée). Le corps est un terrain de jeu. On aimerait se perdre totalement. Gide parle des gays comme de ceux qui se cachent derrière l’étalage. Belle formule. Foutre l’autre dans la servitude pour se sentir un peu plus libre. Le rapport de force est inhérent au rapport sexuel, c’est un rapport de don et de perte. On donne à l’autre du sens pour ne pas tomber dans le néant le plus total. On ne convoite que la supériorité. L’être est en carence. La rivalité mimétique de René Girard reste un bon palliatif. Nous sommes identiques et concurrents donc profondément vides. C’est la violence qui est le signifiant du désirable absolu, de l’autosuffisance divine.

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