Selon vous, le Royaume-Uni est un modèle d’intégration et devrait servir d’exemple au monde entier. C’est osé !
On devient ce que l’on aspire à devenir. Pour progresser, il faut retirer du chemin parcouru en cinquante ans de la fierté plutôt que de la honte. Je ne dis pas que nous sommes les meilleurs. Nous pouvons faire mieux. Notre classe moyenne n’est pas aussi diverse qu’aux États-Unis, mais notre immigration est beaucoup plus récente.
Quelles sont les bonnes nouvelles du rapport ?
Le plus surprenant concerne le domaine de la santé. Le nombre de victimes du Covid parmi les minorités ethniques était préoccupant. Or les statistiques montrent que les inégalités raciales ne vont pas dans le sens que l’on croit. Les minorités ethniques ont une espérance de vie supérieure et sont moins frappées par le cancer que les Blancs. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas de problèmes de santé spécifiques, mais avouez qu’il est inattendu de constater qu’au Royaume-Uni les minorités ethniques ont une espérance de vie supérieure à celle des Blancs.
C’est une bonne nouvelle pour les uns, moins pour les autres… Concernant les écarts de salaires, les disparités ont quasi disparu.
Le revenu horaire moyen des minorités ethniques est inférieur de seulement 2,3 % à celui des Blancs. Et pour les moins de trente ans, il est équivalent, tout comme le taux d’activité. Il n’y a pas d’obstacle à la mobilité sociale des populations d’origine immigrée dans le monde du travail.
Le rapport recommande de renoncer à l’acronyme BAME (Black and Asian Minority Ethnic) pour désigner les Britanniques d’origine étrangère. Pourquoi ?
La population britannique compte 13 % de minorités ethniques, dont 4 % de Noirs (Afrique et Caraïbes) et 9 % d’Asiatiques (Inde, Pakistan, Bangladesh, Chine). La part des Asiatiques, des Noirs-Africains et des métis est en augmentation. BAME est une façon polie de dire « non- Blanc ». Ce n’est pas valorisant d’être caractérisé par ce qu’on n’est pas. Et c’est absurde de ranger dans la même catégorie des gens qui n’ont rien à voir entre eux.
Lire aussi : Enquête : le racisme est un déni
Le monde d’un chauffeur de taxi d’origine pakistanaise à Bradford (Nord-Est de l’Angleterre) est à des années-lumière de celui d’un médecin d’origine indienne installé à Londres. Les réunir sous la catégorie A pour « Asiatiques » n’est d’aucune aide.
De quel pays les Anglais noirs-africains sont-ils originaires ?
Ce sont majoritairement des chrétiens du Nigeria. Leur réussite est fantastique et s’explique en partie par ce que nous appelons « l’optimisme de l’immigré ». Il faut comparer la situation des Noirs africains à celle des Noirs caraïbes. Ces derniers sont arrivés dans les années 1950 (la génération de mes parents) : ils étaient invités à venir mais ont été mal accueillis. Vous aviez des pancartes « Interdit aux Noirs, aux chiens et aux Irlandais ». Leurs enfants ont eu une expérience négative avec la police. On se faisait arrêter et embarquer dans un fourgon sans raison. D’où les soulèvements des années 1980. Puis la situation s’est améliorée. À ce moment-là sont arrivés les Noirs d’Afrique. En somme, les progrès dans les relations interraciales, les nouvelles lois, les changements de mentalité, cela s’est fait sur le dos des immigrés afro-caribéens. Ils en ont gardé une méfiance vis-à-vis des institutions. Parmi les garçons de 14 ans, 82 % des Noirs africains s’imaginent entrer à l’université, contre 58 % des Noirs caraïbes.
Donc la dichotomie Noirs-Blancs n’est plus pertinente ?
On nous dit que l’échec scolaire des Noirs est lié au racisme. Quand dans la même classe du même quartier, vous avez des enfants Noirs qui excellent et d’autres qui peinent, on ne peut pas accuser l’instituteur. Il faut chercher ailleurs. 60 % des enfants issus des Caraïbes sont élevés dans des familles mono-parentales, 40 % pour les Africains, 6 % pour les Indiens. On ne peut pas ignorer ces chiffres. Il ne s’agit pas de stigmatiser les mères seules, mais de trouver des solutions. On sait que tout se joue vers 11-12 ans. Les enfants décrochent à cet âge-là. Aides financières et soutien sont disponibles, seulement les familles caraïbes n’y ont pas recours. Il faut aller vers les familles en difficulté et les informer des aides. Mais, aux yeux de la gauche, se pencher sur les problèmes familiaux, c’est commettre le pire des péchés puisqu’on ne parle pas de racisme.
Les constats les plus alarmants du rapport ?
Les jeunes Noirs (16-24 ans) ont 24 fois plus de risques d’être assassinés que leurs camarades blancs. On ne cesse de débattre du problème des contrôles d’identité, six fois plus élevés pour les Noirs : mais 80 % des homicides sont commis par des Noirs sur des Noirs. Ce ne sont pas des attaques racistes. Il faut se demander pourquoi ces populations sont tragiquement touchées. Seulement c’est tellement plus simple d’accuser la police de racisme.
Les inégalités ne frappent-elles que les minorités ?
Les Blancs ne sont pas épargnés. Étudier les disparités raciales et constater que les Blancs s’en sortent moins bien, c’est inédit. Les élèves blancs ont de moins bons résultats scolaires que les Noir-africains, Indiens, Bangladais, Chinois. Les inégalités géographiques sont plus déterminantes que le facteur racial. Or 40 % des minorités ethniques vivent à Londres contre 9 % de la population blanche.
Aux yeux de la gauche, se pencher sur les problèmes familiaux, c’est commettre le pire des péchés puisqu’on ne parle pas de racisme
Je vous donne un exemple : les Londoniennes d’origine bangladaise ont un parcours scolaire excellent. Pour les Bangladaises du Nord de l’Angleterre, c’est beaucoup moins bon. Et je vous parle des familles londoniennes d’origine bangladaises les plus pauvres, vivant dans l’Est de Londres : elles réussissent parce que les écoles publiques sont excellentes. Allez expliquer qu’au Royaume-Uni les minorités ethniques ont accès à de meilleures écoles publiques que les Blancs des classes populaires !
Le rapport dit : « Notre étude n’a trouvé aucune preuve de racisme systémique ou institutionnel ». C’est un propos quasi hérétique, que certains ont du mal à accepter. Que faire ?
On est empêtré dans des questions sémantiques dont on ne se sortira pas. On confond disparité et discrimination. L’idée qu’une institution, administration, école, discriminerait sur des critères ethniques, nous n’en avons trouvé aucune preuve. Nous ne nions pas que le racisme existe. Mais il n’y a pas d’obstacle institutionnel qui empêche quiconque de progresser dans la société. Même si nous ne vivons pas dans une société post-raciale, les avancées sont là. Les relations interraciales étaient bien pires dans les années 1980. C’est tout ce qu’on peut dire. Si les jeunes, qui bénéficient d’une société plus apaisée que nous, sont plus pessimistes, c’est qu’on les convainc que la société est injuste. C’est pourquoi ce rapport est important. Il a permis de mettre les discours à l’épreuve des faits.
Votre nomination à la tête de cette Commission a été critiquée, vos opposants vous reprochant de douter de l’existence du racisme institutionnel avant même de commencer vos recherches. Que leur répondez-vous ?
Nous avons analysé les données. Theresa May a mis en place en 2016 la Race Disparity Unit qui centralise toutes les statistiques, nous avions une banque de données extraordinaire à disposition. Si ces gens prenaient la peine de lire le rapport, ils verraient combien nos recommandations sont progressistes. Nous voulons réformer certaines institutions, non parce qu’elles sont racistes, mais pour qu’elles soient plus ciblées et bénéfiques aux minorités ethniques. Le rapport ne dit pas « il n’y a pas de racisme institutionnel, fermez le ban ». Nous avons identité d’autres problèmes et c’est en les résolvant que nous réduirons les inégalités.
Quels ont été les critères de choix des neuf commissaires ?
Un seul Blanc sur dix membres ! Vous voulez dire qu’il est le Blanc de service ! Le critère : avoir une expertise dans l’un des quatre domaines de recherche du rapport : éducation, emploi, police, santé. Martyn Oliver est une sommité du monde de l’éducation, notamment dans le Nord de l’Angleterre. Son profil était idéal. Imaginez s’il y avait eu trop de Blancs !
Lire aussi : Enquête : les pudeurs illicites du Conseil constitutionnel à 26 millions d’euros
Et cinq Noirs, plus de 50 % de la Commission…
C’est juste. Et apparemment pas les bons Noirs.
Votre rapport a suscité la fureur de certains. Qu’appelle-t-on « l’industrie de la race » ?
Je ne doute pas de leurs bonnes intentions. Dans les années 1980, on a eu besoin d’eux pour défendre les minorités ethniques. Seulement ce lobby se nourrit du désespoir et s’attache à convaincre les minorités ethniques que tout va mal. Tout dysfonctionnement est mis sur le dos du professeur blanc, du racisme institutionnel. Il faut sortir de ce discours. Il procure du travail à certains, les séminaires anti-racistes et autres, mais c’est une façon simpliste d’aborder des problèmes complexes sans jamais les régler.
Ce rapport pourra-t-il faire évoluer le discours dominant ?
Une fois que nous mettrons en application nos recommandations, oui, je le pense. Nous poursuivons quatre objectifs : édifier la confiance entre communautés, promouvoir l’équité, créer des compétences, instaurer l’inclusivité. Qui sera contre ? Quand un groupe se sent négligé, c’est un obstacle à l’intégration. Nous avons voulu réfléchir à des politiques qui unissent la société, plutôt que de la diviser.





