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Les critiques musicales de mai

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Publié le

24 mai 2021

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Les critiques musicales du mois de mai par Alexandra Do Nascimento et Romaric Sangars.
Critiques musicales

NÉO-TROPICAL

Navegar, Joao Selva, Underdog Records, 11,99€

Ce carnet de voyage exubérant rapporte forró, kompa, funaná et semba, des rythmes irrépressibles et autant d’escales dans les anciennes colonies portugaises du Nordeste brésilien, de la Caraïbe, du Cap Vert ou de l’Angola. Second album de Joao Selva, Navegar remet au goût du jour l’universalité du Tropicália, mouvement culturel et courant sonore apparus au Brésil en 1967 suite au coup d’État de 1964. Navegar se réapproprie, prolonge et fait resurgir ce#e heureuse synthèse entre rock, musique traditionnelle et musique avant-gardiste, qui avait fait valser les codes de la musique populaire brésilienne alors trop repliée sur elle-même. Avec les moyens techniques d’aujourd’hui, c’est un savoureux retour au groove et ambiances vintage des années 70, où des tempos adéquats, ni lents ni véloces, permettaient de se déhancher avec volupté ! Une bulle d’oxygène jazz, pop et funk, loin d’être aussi légère qu’il y paraît, les textes poétiques et naïfs étant ancrés dans un réalisme fantastique propre aux auteurs d’Amérique latine. Cette magnifique initiative véhicule un héritage qu’il est bon de découvrir. Alexandra Do Nascimento

UN TRIOMPHE DE LA CHANSON

Outside child, Allison Russel, Fantasy Records/ Concord, 14,99€

Outside Child est le premier album solo de la douce Allison Russell que l’on retrouve d’habitude en tant que voix principale de Birds Of Chicago et Our Native Daughters. Chanteuse, poète, compositrice et multi-instrumentiste, elle distille d’un flot sonore suave ses chansons autobiographiques à la fois touchantes et pudiques. Résultat : la demoiselle a la résilience élégante (comme vis-à-vis d’une enfance que personne ne devrait connaître). Elle partage cela sans pathos, à tel point que si l’on ne prête qu’une oreille distraite aux paroles, on ne s’en rend absolument pas compte ! Le compositeur Joe Henry dit à propos d’elle : « On pense à Nina Simone et à Édith Piaf : deux praticiennes ayant tourné leurs visages vers la lame de la tempête avant de rugir de dignité et d’espoir. Et la chanson a commencé certainement comme un cri ou une prière mais aucun besoin de discerner l’un de l’autre, car ce sont les mêmes, et sacrés ! Cette musique est un triomphe ». Alors fêtons ce triomphe ! ADN

Lire aussi : Les critiques musicales d’avril

BEAUTÉ INTIME

Glass of Blood, Lisa Li-Lund, Pan-european recordings, 19,99€ en vinyle

La franco-suédoise Lisa Li-Lund, après une dizaine d’albums et diverses collaborations, revient avec un projet solo remarquable de maturité. On sent que l’artiste a su y condenser sa riche expérience musicale pour nous offrir à boire un verre de son propre sang, a Glass of blood, agrémenté de nombreux aromates. Disque intime, en effet, mélancolique, à fleur de peau, enrichissant le genre antifolk (hybridation du punk avec la folk américaine) de touches diverses, électroniques ou orchestrales, sans jamais perdre le fil ténu d’un aveu dans l’épure. La production est fabuleuse. Le résultat fin, racé, émouvant. « La nuit et la lune, affirme-t-elle, ne sont pas pour moi des lieux obscurs. C’est là où je me sens en sécurité ». Et c’est en effet une belle bulle romantique et sombre, étrangement hospitalière, ouateuse, que la musicienne dilate tout au long de cet album. On aime s’y réfugier pour échapper au tapage de l’époque, si optimiste et si vulgaire. Romaric Sangars

UNE CÉLÉBRATION JAZZ

Rio, Florian Pellissier Quintet, Hot Casa Records, 13,99 €

Cinq compères se réunissent au mythique Studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs dans le New-Jersey – haut lieu du jazz – pour célébrer un vingtième anniversaire avec la pompe nécessaire ! Voici ce cinquième album, Rio, qui serait comme un aboutissement et un nouveau départ. Le pianiste Florian Pellissier embarque ses comparses au long cours dans un des meilleurs environnements qui soit pour réaliser un disque qu’il a voulu brut. Dans le studio aux allures de « cathédrale » de boiseries acoustiques où résonnent encore les heures glorieuses enregistrées par des légendes, « nous allions nous aussi les faire trembler de nos incantations ! Ce disque que je visualisais sale, riche et spirituel, s’est en fait heurté à la réalité du moment. L’énergie, la dynamique du groupe n’étaient, à ce moment-là, pas celle-là. Quelque chose résistait. La volonté était de s’enfoncer dans les ténèbres, la réalité nous ramenait vers toujours plus de sensibilité et d’élégance ». L’intelligence du quintet aura été de prendre en compte cette dimension lumineuse apportée par le grain de voix sublime d’Agathe Iracema sur Between the bars. ADN

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