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Emmanuelle Ménard : « Les langues régionales vont mourir si on ne permet pas l’apprentissage par immersion »

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Publié le

28 mai 2021

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Le Conseil constitutionnel a jugé certains articles de la proposition de loi sur les langues régionales, appelée loi « Molac », non conformes à la Constitution. L’Incorrect s’est entretenu avec Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, pour qui l’apprentissage par immersion reste le seul moyen de sauver les langues régionales.
Ménard

Vous attendiez-vous à ce que le Conseil constitutionnel soit saisi sur la loi Molac, et comment avez-vous réagi à son choix de retoquer le texte ?

Oui je m’y attendais parce que lors du vote le ministre de l’Éducation était visiblement courroucé car il s’y opposait. Il n’a pas apprécié non plus que de nombreux députés de la majorité votent contre ses consignes. On a donc bien compris qu’il y aurait une saisine. Madame Bergé a rameuté toutes ses troupes pour saisir le Conseil constitutionnel, quitte à tordre un peu la réalité. En effet, certains députés ayant accepté de signer cette saisine sont un peu désabusés car ils n’étaient pas opposés à l’apprentissage des langues régionales. Ils ont eu le sentiment d’être manipulés.

En revanche, je ne m’attendais pas complétement à la décision du Conseil constitutionnel. Il a censuré le principe des langues régionales enseignées par immersion à l’école, sachant qu’il était précisé que cela ne se ferait pas au détriment de l’apprentissage du français. Je voyais plutôt le Conseil constitutionnel retoquer le principe du financement par les communes des écoles avec apprentissage des langues n’étant pas sur leur territoire. Je n’étais d’ailleurs pas la seule dans ce cas.

Si on ne permet pas aux enfants de s’en imprégner par cette méthode, sans que ce soit au détriment de la langue française, elles disparaîtront.

Le Conseil constitutionnel n’a pas censuré les bonnes dispositions car il y a eu une réaction du président de la République qui lui, au contraire, voulait travailler avec la méthode immersive. Donc je pense qu’il ne s’attendait pas à une telle censure.

L’article 2 de la Constitution relative à la langue française a été utilisé pour interdire l’enseignement immersif. Trouvez-vous cette défense légitime ? L’enseignement immersif en langue régionale est-il vraiment la meilleure modalité ?

Bien évidemment, la méthode immersive ne pouvait se faire au détriment de l’apprentissage de la langue française. Je trouve cette défense injustifiée car nous avions pris des précautions et l’avons répété au moment de voter les différents amendements. Il n’y avait aucune ambiguïté. Il est évident que la langue française est la langue de la République française et doit être utilisée à l’école. Mais les langues régionales vont mourir si on ne permet pas l’apprentissage par immersion. Dans les différentes régions, elles sont très peu parlées dans les foyers et les familles. Si on ne permet pas aux enfants de s’en imprégner par cette méthode, sans que ce soit au détriment de la langue française, elles disparaîtront.

Les signes diacritiques sont également proscrits. À ce titre, que pensez-vous de l’affaire Fanch, et de l’interdiction qui a été faite aux parents d’utiliser un « ñ » ? Comprenez-vous ce retour en arrière ?

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Je comprends bien, dans sa logique, qu’il ne pouvait pas décider autre chose au vu du rappel de l‘article 2 de la Constitution relatif à la langue française. Par-là, il ne pouvait pas admettre l’utilisation de ces signes. Il me semble que c’est anachronique. Et Dieu sait si je suis à cheval sur la sauvegarde de nos racines et de nos traditions, mais je pense que les racines régionales font partie de notre patrimoine. Empêcher quelqu’un d’appeler son enfant avec un prénom qui comprend un de ces signes me paraît totalement stupide de la part du Conseil constitutionnel. Je comprends la logique mais je trouve cela stupide.

Certains parlent pourtant d’une « victoire partielle » parce que le Conseil constitutionnel a jugé l’article sur le financement conforme à la Constitution, alors même qu’il était visé par la saisine. Cette décision vous réjouit-elle ?

Effectivement, ce n’est pas une défaite totale. Je pense que le gouvernement est très embêté car M. Macron n’est pas en phase avec les dispositions de son ministre de l’Éducation qui était opposé au texte. Avec le coup de gueule et les consignes de M. Macron, ils vont trouver une solution en contournant la décision du Conseil constitutionnel d’une façon ou d’une autre. Ce que je trouve en revanche dommage, c’est la précipitation de Mme Bergé, en bon petit soldat du gouvernement, à saisir le Conseil constitutionnel, ce qui n’avait pas lieu d’être. Cependant, il y a eu retour du bâton parce que le Conseil constitutionnel a censuré des dispositions que M. Macron avait acceptées, et ils devront trouver une solution sans perdre la face.

Ce que je trouve en revanche dommage, c’est la précipitation de Mme Bergé, en bon petit soldat du gouvernement, à saisir le Conseil constitutionnel, ce qui n’avait pas lieu d’être.

Pensez-vous qu’il faille réformer la Constitution (notamment sur l’article 2) comme l’envisagent certains, afin de permettre l’apprentissage des langues régionales ?

Ça m’étonnerait que Macron se lance dans une réforme de la Constitution à moins d’un an de l’élection présidentielle. Je ne pense pas que cela se fera de cette manière. Mais ils vont trouver un subterfuge. M. Castex a annoncé mardi qu’il mandatait deux députés pour travailler sur la question. Je pense qu’on aura un nouveau texte pour trouver la petite faille et contourner la décision du Conseil constitutionnel. Mais que de temps perdu et d’énergie ! C’est vraiment un signe d’amateurisme du gouvernement et de sa majorité, qui est très divisée. Les élections régionales n’y sont pas pour rien. Quand vous êtes député breton ou alsacien et que vous avez le malheur de ne pas soutenir l’apprentissage des langues régionales, je vous garantis que cela peut peser lourd dans les urnes. Ce n’est donc en rien anodin et innocent que certains députés de la majorité aient décidé de s’affranchir des consignes du ministre de l’Éducation.

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