La question de l’homosexualité – et plus encore celle de la trans-sexualité – pose en réalité celle de l’altérité. Dans un monde qui a été remplacé peu à peu par son auto-contemplation factieuse (le nombril du monde remplaçant le monde, Muray), la réalité de l’Autre est constamment remise en question, soumise à l’opprobre d’un « je » qui se veut désormais univers, une grande soupe tautologique dans laquelle les autres ne seraient que des ombres portées du « moi » tout puissant, d’une volonté de vivre désormais restreinte à la seule instance du jouir et du désirer, c’est-à-dire à la transmutation infecte du « je » en « ego ». Dans cette impossibilité à distinguer les deux – qui sont pourtant radicalement opposés – se tiennent précisément l’homosexualité et la transsexualité, entendus non pas comme des inclinaisons de l’âme ou de la chair mais bien comme des réactions à cette dissolution du je dans l’ego, réactions en chaîne qui traduisent nolens volens la nécessité d’euthanasier dans sa propre chair l’idée de l’autre, de figer l’altérité, de la faire culminer en soi, donc à la fétichiser une bonne fois pour toutes afin de l’anéantir, de la rendre caduque et inopérante.
Je éteint l’Autre
Cette anesthésie de l’autre en soi, cette ventriloquie du désir par l’ego, c’est la raison majeure de ce qu’il faut bien appeler désormais une « inversion de confort », et qu’on observe par ailleurs de tout temps chez certaines jeunes filles, qui par peur de l’autre – mais aussi par la grâce d’une très adolescente défiance envers tout ce qui est étranger – entretiennent avec leurs meilleurs amies des rapports à peine saphiques, une complicité tout juste sexualisée qu’on voudrait nous faire passer aujourd’hui pour du lesbianisme. Ce qui n’était autrefois qu’un prodrome à la « vraie relation », c’est-à-dire à la relation avec l’Autre, avec l’autre sexe, avec autrui, est devenu aujourd’hui la norme, et c’est précisément cette « homosexualité de confort » qu’il nous faut combattre sans vergogne.
Car enfin, si l’homosexualité semble se répandre et toucher beaucoup plus de gens, c’est pour deux raisons. Premièrement, parce que l’accent médiatique est bien évidemment posé dessus, parce que le Grand Œil du Progrès sonde éperdument le réel afin de mettre en exergue des exemples qui pourraient alimenter sa doxa du Grand Retournement. En réalité, l’homosexualité a très peu progressé en termes de chiffres, comme si l’humanité procédait toujours d’une part égale d’inversion, peu sensible finalement aux modes et aux métamorphoses sociétales bénignes. Deuxièmement, il semble bien qu’une partie de la jeunesse (la jeunesse s’étendant aujourd’hui de l’adolescence jusqu’à l’âge ingrat de quarante ans, où l’on peut désormais se permettre encore de glisser sur des patinettes et de s’adonner aux jeux électroniques) se tourne vers l’homosexualité parce qu’il s’agit d’une valeur refuge qui vous épargne l’effort surhumain de vous collecter à un autre sexe, à un autre type de désir, pis : à une autre personne. Homosexuels et transsexuels sont peut-être des handicapés de l’autre, c’est pourquoi ils deviennent eux-mêmes leur objet de désir : soit par le clonage de leur désir à travers un autre (l’homosexuel épris de sa propre image à travers un autre homme), soit par le clonage de son désir à l’intérieur de soi (c’est la passion du transsexuel mâle pour la femme qui, faute de pouvoir s’épanouir dans l’autre, fleurit en soi et ne peut dépasser les limites de son propre corps). Les transsexuels sont des fétiches d’eux-mêmes : beaucoup se sont d’ailleurs arrêtés à une vision de la femme archétypale, une vision de pré-adolescent qui voit la femme forcément haute en jambes, affublés de talons et accusant des formes ostentatoires. Cette impossibilité à évacuer le désir de soi que porte l’adolescent, cette fétichisation de l’auto-érotisme donnent probablement le la aux pathologies de la « trans-identité ». Et que l’on ne vienne pas me houspiller parce que j’emploie le mot « pathologie » : dans la définition que je souhaite poser de la trans-identité, toute sexualité est pathologique par essence si elle n’est pas simplement dévolue à la reproduction. Ainsi, une fellation est pathologique.
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Le fait que notre société valorise et tente de faire passer au forceps une vénération pour des pathologies graves de la sexualité est évidemment un signal fort donné à notre civilisation, à qui on réclame d’ausculter sans fin non plus son nombril mais son trou du cul : car enfin, on n’a jamais autant parlé des inclinaisons sexuelles des gens, et c’est sans doute là la plus ultime grossièreté, le plus déprimant des matérialismes. Que des individus se définissent désormais par la seule focale de leur orientation sexuelle, de leur marotte culière, c’est le signe que notre civilisation a régressé définitivement – qu’elle a même « dépassé » le stade proto-civilisationnel des peuplades primitives pour embrasser un terrible trou noir, un collapsus qui refuse l’origine, ce moment où la fonction du Soi s’affaisse dans la fonction du « ça », dans ce tout-à-l’égout du désir émasculé, retourné contre soi, dans ce brouet auto-géniteur qui entend désormais s’opposer à la simple évidence du couple. Encore une fois, le grand gagnant de cette entremise du Soi par le Soi, c’est bien évidemment le Capital, qui ne fait qu’y prolonger ses appendices cancéreux, qu’y adresser toujours et encore la possibilité de son artifice à travers l’histoire.
Le devenir-gaz de l’humanité
Maintenant, étudions les chiffres : la trans-identité représente environ entre 0,3 et 0,6 % de la population des pays de l’OCDE, 0,6% étant plutôt une estimation haute. C’est à peu près le même chiffre aux États-Unis, pourtant en « avance » sur la visibilité des transgenres. Or depuis quelques années cette communauté est au centre de tous les débats, de toutes les campagnes publicitaires, de toutes les grandes machines de propagande victimaire. La « cause trans » figure ainsi en bonne place dans les opérations de communication présidentielles – l’inénarrable Joe Biden, quelques jours après son élection, a pris un arrêté pour autoriser les « athlètes transsexuels » dans les compétitions de haut niveau. Drôle de priorité pour un type censé diriger la première puissance économique du monde. Normal, c’est devenu le nouveau combat officiel du progressisme d’État. L’homosexualité ne suffisait pas, la victimologie migratoire ne suffisait pas, il a fallu inventer de toutes pièces un nouveau symbole, une nouvelle communauté, une nouvelle « fragilité » à défendre, pour laquelle pleurnicher cycliquement dans les arènes de la Grande Supercherie Compassionnelle. Ironie du sort, le transsexuel est à mon sens tout l’inverse de ce qu’on veut lui faire dire, car en sa qualité d’auto-fétiche, il synthétise le refus de l’autre, le refus de toute altérité. Sa mise en valeur montre bien le but réel de notre post-modernité : fonder un nouvel empire mou, une humanité gazeuse, délivrée enfin de toute différenciation, à la fois ultra-segmentée et ultra-semblable, délivrée de toute structure prééminente (l’État, le genre, la nation) et vivant une existence de protozoaire, d’amibe, forcément avalisée par les techniques de l’en-creux que nous vendent les terribles GAFAM à travers leurs fosses septiques digitales.
Et dire que le christianisme s’était justement évertué à faire disparaître cette indifférenciation qui était au cœur du monde antique, au cœur des systèmes tribaux – pour lesquels les mariages n’étaient jamais que des contrats destinés à assurer la transmission d’une terre ou d’un héritage
Voilà donc l’occupation principale de l’humanité de demain : explorer sans fin son pourtour anal, son pourtour égotique, examiner au stéthoscope de l’auto-commisération les moindres trémulations, les moindres tremblements de sa minuscule sexualité, soupeser les plus infimes froissements et les plus petits emportements de sa libido d’insecte. C’est le niveau zéro de l’humain, cette humanité réduite à son morcellement à travers le miroir d’un moi extravasé, réduite à quelques signaux sociétaux et méta-sexuels…Un cataclysme de pubertés avortées, de désirs bouturés par l’ego, entretenus dans le placenta des émois égolâtres, des surmois sur-émus.
Et dire que le christianisme s’était justement évertué à faire disparaître cette indifférenciation qui était au cœur du monde antique, au cœur des systèmes tribaux – pour lesquels les mariages n’étaient jamais que des contrats destinés à assurer la transmission d’une terre ou d’un héritage. Une des nombreux révolutions du christianisme, ce fut précisément d’inventer l’amour, d’inventer une élection possible en dehors de sa caste, de sa tribu, de sa famille. De la permettre et de la valoriser. D’en faire le socle d’une nouvelle société, un socle qui a permis de fonder des concepts comme l’État ou la nation. Aujourd’hui, le « progrès » du monde technico-luciférien, c’est précisément la restauration de l‘indifférencié, donc possiblement la restauration de l’inceste, des mariages endogames, d’un caractère « pragmatique » de la relation amoureuse, uniquement défini par l’entre-soi et par le profit. Au risque d’oublier jusqu’à la définition chrétienne et donc occidentale de l’amour : tenir à quelqu’un d’autre plus qu’à soi-même.





