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Loft Story : 20 ans de téléréalité

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Publié le

1 juillet 2021

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Cette année la téléréalité prend 20 ans. Celle qui fut inaugurée par Loft Story participe depuis trop longtemps au désenchantement télévisuel et à l’abrutissement, au détriment de l’élévation intellectuelle des masses.
loft

Un mur d’yeux jaunes inquisiteurs apparaît sur l’écran de télévision, rythmé par un petit jingle rappelant la mode house music de l’époque, puis la voix of chargée de testostérone démarre : « Onze célibataires coupés du monde, dans un lof de 225 mètres carrés, filmés 24 h/24 par 26 caméras et 50 micros. Au bout de soixante-dix jours, il n’en restera plus que deux. Qui sera le couple idéal ? C’est vous qui décidez ». Le jeune Benjamin Castaldi, engagé par M6 et Endemol, avait-il conscience qu’il faisait à ce moment précis définitivement basculer la France dans la société de la surveillance généralisée et du spectacle ?

La première de « Loft Story » fut un évènement historique de grande ampleur, un point de rupture civilisationnel. Savamment pensé, le casting de cette toute première saison se voulait représentatif de l’ensemble de la jeunesse française de l’époque, surfant sur la mode black-blanc-beur comme sur les éternelles luttes de classes. Les classes moyennes, qui étaient en ce temps les plus nombreuses, et pour cause, étaient bien représentées avec la Tarbaise Delphine Castex, le lisse Christophe, sa future épouse Julie, ou encore le sympathique Fabrice Béguin qui arborait une petite barbe très en vogue chez les animateurs de centres-aérés des années 1990.

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Deux pseudos « bourgeois aristos » avaient été castés pour apporter une touche sophistiquée et exacerber les tensions; Jean-Édouard Lipa, fils de famille beau gosse et rebelle, Laure de Latre, dont le nom prestigieux ne faisait pas mystère des origines sociales, et l’« intello », sosie du Tanguy d’Étienne Chatilliez, Philippe Bichot. Ce dernier travaille depuis dans le domaine des énergies renouvelables en Allemagne, brrr. La « diversité » issue de l’immigration pouvait compter sur de dignes représentantes avec Akima Bendacha et Kenza Braiga, deux « nanas » atachiantes avant l’heure.

Mis là pour rassurer la France, ces cobayes de la téléréalité n’étaient pas les « stars » du spectacle. Endemol avait un autre tour dans son sac : des feaks. Nous découvrions d’abord un Van Damme des cités en la personne d’Aziz Essayed, la star belge étant venue en personne livrer une performance lunaire et hallucinée sous coke. Celui-ci n’a pas laissé une trace importante dans les mémoires des téléspectateurs, de la même manière que l’agité du bulbe David, personnage de grand bébé neuneu surexcité éliminé dès la première semaine. Non, les vedetes de l’émission allaient être Steevy Boulay et Loana, si iconique que plus personne ne se souvient de son nom de famille. Ces deux créatures de la nuit montées sur des chaussures Bufalo, aux personnalités hypomaniaques et histrioniques, seraient sources de fascination des années durant. Un jeune homosexuel de province obsédé par Mylène Farmer, ne lâchant jamais sa peluche de Bourriquet, et une gogo de la Côte-d’Azur à la vie dissolue, au regard triste et désespéré, devenaient par la grâce de la télévision des familiers.

Il existe désormais une nouvelle humanité, une classe sociale à part entière de travailleurs de la téléréalité. Ils sont jeunes, musclés, imberbes et très cons.

Dès la première nuit dans le Lof, Loana jeta son dévolu sur le minet Jean-Édouard. Le bellâtre l’honora dans la piscine, ignorant être filmé. Deux vies changées à tout jamais, deux renaissances spectaculaires. La folie de la « téléréalité » ne s’arrêterait plus. La victoire finale du couple d’ultra-normies formé par Christophe et Julie n’y changerait d’ailleurs rien, ne montrant que la peur des Français de couronner par leurs votes les patients zéro de la déconstruction psychologique de la nation. Loft Story est maintenant notre quotidien.

Nous sommes exposés au jugement et au regard des autres, jamais laissés en paix. L’œil de Big Brother nous surveille constamment, nous obligeant à adopter des comportements corrects, transformant les normes de la vie en société, instaurant de nouveaux tabous pour mieux en déconstruire d’autres. Une chose a, en revanche, changé. Les castings ne sont plus les mêmes. Il existe désormais une nouvelle humanité, une classe sociale à part entière de travailleurs de la téléréalité. Ils sont jeunes, musclés, imberbes et très cons. Elles sont refaites de la bouche à la poitrine, tatouées, superfcielles et vivent à l’année à Dubaï. Quand elles ne vivent pas de leurs publications sur les réseaux sociaux, elles servent d’esclaves sexuelles à des émirs dégénérés. Les innocents lofteurs ne sont plus que les réminiscences d’un passé disparu, lointains souvenirs d’une époque qui n’avait pas encore conscience du totalitarisme absolu qu’elle ferait émerger. Nous vivons en dictature, sous un régime plus malsain, violent et terrible qu’aucun autre avant lui. Nous sommes soumis à la tyrannie du spectacle.

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