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Anne Coffinier : « Il y a un désamour évident à l’égard de l’Éducation nationale »

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Publié le

6 septembre 2021

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Alors que l’Éducation nationale périclite, et malgré un climat de suspicion né des débats sur la loi séparatisme, les écoles indépendantes ont le vent en poupe. Pour Anne Coffinier, directrice de l’association Créer son école, les écoles hors-contrat proposent un contre-modèle qui a fait ses preuves sur le plan éducatif, et nécessaire à l’épanouissement des profils les plus divers. Entretien.
Anne Coffinier @Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

L’Éducation nationale traverse une grande crise identitaire, en témoignent les réformes successives des programmes et du baccalauréat. Dans ce climat confus, la création d’écoles hors contrat est, quant à elle, particulièrement dynamique. Quelles en sont les raisons profondes ?

Il y a plusieurs facteurs. Plus personne ne pense que l’Éducation nationale ne saura se relever de l’état de crise structurelle dans lequel elle se trouve. Les parents cherchent donc des alternatives, et chose nouvelle, les professeurs aussi. C’est pour cela qu’il y a un taux record de démission des enseignants dans l’Éducation nationale. S’ajoute un désir d’avoir une école sur-mesure adaptée aux singularités de son enfant. La culture dominante du « c’est mon choix ! » pousse les parents à considérer comme fondé leur désir de choisir le type de pédagogie adaptée à leur enfant et à leur vision éducative. La culture technocratique qui prévaut au sein de l’école publique fait office de repoussoir pour les parents travaillés par un désir de davantage d’humanité, de respect de la singularité de l’enfant, de pluralité d’utilisation sociale des lieux mais aussi de caractère intégral de l’éducation.

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Toutes ces tendances alimentent l’intérêt pour les pédagogies alternatives, d’autant que l’école publique n’offre plus une pédagogie classique « à la Jules Ferry » : la rigueur, le récit national fédérateur, la culture du respect de l’autorité et de la morale traditionnelle. Tout cela a intégralement disparu de l’école publique. Elle ne possède au final ni les atouts du hors-contrat ni la rigueur et l’efficacité de la communale d’antan. Cela explique largement le développement des écoles hors-contrat depuis dix ans. Pas besoin d’un prétendu désir de repli sur soi ou d’une haine de la diversité pour alimenter l’essor des écoles libres !

Quelles sont les caractéristiques principales des créations de cette année ?

Certes, la Covid a compliqué les créations d’écoles : 73 sont repoussées à 2022 quand 104 ouvrent tout de suite, et une quinzaine d’autres a priori d’ici Noël. Mais, inversement, elle aura alimenté les créations d’écoles à fort ancrage dans la nature et ayant une approche de la crise sanitaire fondée sur davantage de bon sens pédagogique.

La cuvée de création d’écoles de cette année se caractérise par une forte poussée des ouvertures de secondaire (près de la moitié des créations contre un tiers habituellement), des établissements à fort ancrage dans la nature (20% des ouvertures en 2021), un maintien des écoles bilingues ou à spécificité linguistiques (21%) et de celles pour les publics spécifiques (handicaps, jeunes sportifs, etc : 17 %). S’agissant de la pédagogie, les écoles Montessori représentent 17% des créations, tandis que les écoles classiques 15%, les écoles mixant différentes pédagogies alternatives 53% et les écoles démocratiques 15%.

Le hors-contrat sert à former des élites, à faire fleurir la diversité des talents et à réparer ceux qui ont été cassés par l’existence ou par l’école

Le hors-contrat est un refuge pour les enfants hors norme, pour ceux qui sont harcelés ou ont une différence qui en fait la proie des quolibets. Ce type d’école a donc un rôle social fondamental. Il est aussi prisé des élèves avides d’apprentissage qui s’ennuient par sous-alimentation intellectuelle dans l’école publique et parfois sous-contrat. Il sert à former des élites, à faire fleurir la diversité des talents et à réparer ceux qui ont été cassés par l’existence ou par l’école. Voilà pourquoi l’essor des écoles indépendantes est si fort et que ce n’est pas un changement législatif ou des amalgames qui en freineront l’essor.

On aurait tendance à associer le modèle de l’école privée aux milieux religieux, en particulier catholiques. Or, la grande majorité des écoles que vous montez se disent aconfessionnelles. Comment l’expliquer ?

85% des écoles ouvrant cette année se définissent comme aconfessionnelles, contre 80% l’an dernier. C’est à l’image de l’évolution de la société. C’est aussi une conséquence du climat de suspicion qui règne à l’égard de la religion, facilement considérée comme antirépublicaine, sectaire, réactionnaire et adepte de l’entre-soi. Notons aussi que les fondations d’écoles par les catholiques sont en forte recrudescence cette année (environ 10% des ouvertures). Tous ne revendiquent pas l’étiquette catholique. Il faut dire que confesser sa catholicité pour une école est un exercice à haut risque, et le meilleur moyen de s’aliéner les établissements scolaires sous contrat environnant. Mieux vaut faire profil bas et laisser les gens juger l’arbre à ses fruits. De toute manière, c’est avant tout par l’exigence et la vérité des savoirs et de la culture transmise qu’une école est ou n’est pas catholique. La Légion d’honneur propose des messes et a d’excellents aumôniers ; cela n’en fait pas pour autant un établissement catholique ! C’est probablement le chantier prioritaire que de transmettre de nouveau avec force et intelligence la culture catholique comme partie intégrante des savoirs académiques à l’école.

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À cet égard, ce n’est finalement pas nécessairement parce que l’école ne se revendique pas en tant que religieuse qu’elle ne pourra pas nourrir efficacement chez ses élèves la connaissance et le désir de Dieu, et tout particulièrement du Dieu des chrétiens en trois personnes.

Ne craignez-vous pas que les élèves venant d’établissements hors-contrat soient victimes d’une certaine discrimination dans la poursuite de leurs études ?

Il y a eu des difficultés avec le baccalauréat cette année, à cause de la prise en compte des notes au contrôle continu. Mais Créer son école s’est battue sans relâche jusqu’à obtenir in extremis le traitement à peu près égalitaire de ces élèves pour le bac 2021. C’est une victoire mais la question se reposera dès le bac 2022 puisque Jean-Michel Blanquer a imposé que le nouveau bac s’obtienne à 40% en contrôle continu et qu’il fait des difficultés à ce que les établissements privés hors contrat n’attribuent des notes à ce titre.

Pour Parcoursup en revanche, les élèves du hors-contrat ne sont pas spécifiquement maltraités. Les lycées qui donnent une solide culture classique ou une forte habitude de travail autonome donnent de sérieux atouts à leurs élèves pour réussir dans le supérieur et au-delà. On voit par exemple dans des statistiques étatsuniennes que ce sont les enfants qui ont reçu des enseignements alternatifs qui réussissent le mieux dans les domaines de l’économie numérique ou de l’innovation. Donc selon l’enfant, selon son projet post-bac et selon sa famille, il faut aller plutôt vers telle ou telle école. C’est à la carte, et c’est pour cela qu’on a réellement besoin d’une diversité d’écoles et non pas d’une super école unique…fût-elle catholique et privée !

Pendant le confinement, tous les parents ont été obligés de se pencher sur le travail de leurs enfants. Ils ont pu évaluer les manques du système pédagogique et l’insuffisance de niveau dans les domaines indispensables

Le 13 août 2021, le Conseil constitutionnel validait l’essentiel de la loi pour lutter contre le séparatisme, qui interdit notamment l’école à la maison. Avez-vous déjà pu mesurer l’impact de cette loi ?

Cette nouvelle loi interdit sauf dérogations l’école à la maison, tout en laissant un système de transition sur trois ans. Pour réduire les conflits, le gouvernement a utilisé une technique habituelle : retarder dans le temps la mise en application de son dispositif. Les parents se demandent donc s’ils vont faire l’école à la maison ou s’ils doivent créer ou rejoindre une école alternative pour répondre aux besoins de leurs enfants. C’est pour cela qu’on assiste à la multiplication de projets de création de micro-établissements. Notre association a élaboré en urgence un programme d’accompagnement spécialement conçu pour ces créateurs en leur proposant des formations et un coaching de six à douze mois, par internet ou en présentiel à Paris, pour les aider à réaliser leur école. Ce sont des écoles assez légères en termes d’infrastructures et qui viennent compenser la disparition future de l’école à la maison.

En somme, la multiplication des enseignements hors-contrats ne serait-elle pas la manifestation d’une rupture entre les attentes d’une part de la population et de ce que propose l’Éducation nationale aujourd’hui ?

Cette rupture est évidemment présente et très profonde. Certainement pas parce que les parents des écoles hors contrat seraient anti-républicains, sectaires ou asociaux. Mais tout simplement parce que pendant le confinement, tous les parents ont été obligés de se pencher sur le travail de leurs enfants. Ils ont pu évaluer les manques du système pédagogique et l’insuffisance de niveau dans les domaines indispensables tels que l’orthographe, le calcul, etc. Il faut reconnaître aussi que l’Éducation nationale, gérant 14 millions d’élèves et 2 millions d’enseignants, ne peut raisonnablement pas répondre à tous les profils d’élève et personnaliser leur suivi. Ce système ne peut pourtant pas être adapté à tous. Il y a une autre réalité à prendre en compte : les gens voyagent beaucoup plus qu’auparavant, et voient les autres systèmes éducatifs, en se disant qu’ils aimeraient bien s’en inspirer. Il y a donc un désamour évident à l’égard de l’Éducation nationale, et les écoles hors-contrat sont une alternative pour aborder autrement l’éducation des enfants quand c’est nécessaire.

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