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Anne Coffinier : première de classe

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Publié le

9 juillet 2018

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Anne Coffinier @Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

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Diplomate, passée par l’ENA, l’ENS et Sciences-Po, Anne Coffinier est à la tête de la Fondation pour l’école et de l’Institut Libre de Formation des Maîtres d’où elle consacre, depuis 10 ans, son énergie à changer l’école.

 

Anne est fille unique, née dans une famille qu’elle considère elle-même comme atypique : « C’est simple, socialement, on ne correspondait à rien ». Le père, volontiers anarchiste, ne faisait aucune distinction entre vie privée et professionnelle. Il restaurait des meubles du XVIIIe et lisait beaucoup pendant les temps de collage. Il a donné à sa fille en héritage une passion pour l’histoire et la transmission.

Le parcours d’Anne Coffinier est la meilleure preuve qu’une éducation alternative, faite de musique (1er prix de piano à 16 ans), d’iconoclasme et de vie à la campagne, peut produire un épanouissement intellectuel et humain. Elle suit une scolarité dans le public à Manosque, jusqu’à la prépa de Louis-Le-Grand qui va lui ouvrir les portes de Normale. Elle y étudie l’histoire et l’arabe tout en faisant Sciences-po.

L’immense détresse de ses condisciples normaliens envoyés au casse-pipe en ZEP la motive pour préparer l’ENA, dans l’espoir de changer la politique éducative de la France. Non sans risque : si elle échoue, l’École lui coupera les vivres. Enceinte, elle ne peut pas passer les épreuves sportives et doit concourir avec un handicap de notes gigantesque. C’est l’échec à un centième de points. Le président du jury l’incite à attaquer le règlement devant le Conseil d’État, mais elle refuse par sens de l’honneur. Elle réussira l’année d’après.

 

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Difficile d’imaginer que c’est l’ENA qui sera le théâtre de sa conversion foudroyante ; un retour à la foi cristallisé par la découverte de la liturgie traditionnelle : « C’était une période merveilleuse. Au début d’une conversion, tout est grâce ». Philippe de Villiers avait fait « l’ENA buissonnière »; Anne Coffinier a fait « l’ENA à mi-temps ». Elle étudiait saint Thomas d’Aquin le soir, et rédigeait ses notes de synthèse le lendemain. Ses deux postes au Quai d’Orsay la laissent perplexe.

Elle met à profit le repos forcé dû à une tuberculose pour monter Créer son école, un site internet d’aide à la création d’écoles indépendantes. C’est un succès immédiat. Anne Coffinier se dit qu’il va falloir faire plus. Beaucoup plus: tout est à faire. Elle prend un congé sans solde et lance la Fondation pour l’école : « J’ai contacté 487 personnes et j’ai eu 453 non. J’avais besoin de 800 000 €. C’était: “ça passe ou ça casse”. C’est passé ».

La Fondation pour l’école fait trois constats : le manque de professeurs de qualité, le manque de moyens financiers pour les créateurs d’école, et la culture centralisatrice qui voit l’enseignement libre comme une menace pour l’État.

La Fondation pour l’école fait trois constats : le manque de professeurs de qualité, le manque de moyens financiers pour les créateurs d’école, et la culture centralisatrice qui voit l’enseignement libre comme une menace pour l’État. Pour y répondre concrètement, la Fondation crée deux facultés de formation des professeurs et soutient 12 fondations abritées, comme Espérance banlieues depuis 2012, ou Espérance ruralité plus récemment.

Au Cours Alexandre Dumas par exemple, à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), les professeurs portent la cravate et les élèves sont en uniforme. Mélange réussi entre l’école de la IIIe République et le scoutisme de Baden-Powell, le Cours associe particulièrement les parents à l’assiduité et la réussite de leurs enfants.

 

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À la rentrée prochaine, la Fondation ouvrira l’Académie du professorat pour la formation continue des professeurs du secondaire. Sa stratégie s’appuie sur une conviction: la société civile est légitime pour développer des écoles à taille humaine et enracinées. La subsidiarité est la clef. Les ouvertures d’écoles libres connaissent une croissance exponentielle depuis quelques années, malgré l’absence de fonds publics. Il faut se battre tous les jours contre l’administration qui ne fait aucun cadeau, les tentatives incessantes de récupérations politiques et les calomnies de la presse d’extrême gauche.

Mais Anne Coffinier est déterminée et sans complexe. Quand après Louis-le-Grand, Normale Sup, Sciences-po, l’ENA, le Quai d’Orsay et 5 ans en Grande-Bretagne on arrive tout de même à conserver un léger accent du Sud, il ne fait aucun doute qu’on arrivera à changer l’école, et proposer un chemin de réussite à chaque enfant. Rien de moins.

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