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Toutes les droites contre l’immigration

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Publié le

6 octobre 2021

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Zemmour est arrivé comme un chien dans un jeu de quilles, et toutes les droites ont été sommées de s’aligner sous peine de disparaître électoralement. Résultat des courses : toutes sont devenues très fermes sur la question de l’immigration, et proposent d’en passer par un référendum. Décryptage.
droite

C’est un secret de Polichinelle, l’opinion publique française ne cesse de virer à droite : dans un sondage Ifop pour Le Figaro, 78% des Français déclaraient vouloir passer d’une immigration subie à une immigration choisie, 58% se déclaraient favorable à  l’instauration du droit du sang et 55% à la suppression du regroupement familial. En clair, plus personne ne croit au grand rêve multiculturel. Et tous les hommes politiques de droite ont dû s’adapter : la victoire idéologique est totale.

Éric Zemmour : manuel pour en finir avec le Grand remplacement

L’auteur de La France n’a pas dit son dernier mot est arrivé et a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, fort d’un discours qu’il tient depuis une vingtaine d’années. La nouveauté pour Zemmour, c’est un auditoire décuplé par son imminente candidature à l’élection présidentielle. Sa cote a bondi dans les sondages pour atteindre 17%, dépassant ainsi Marine Le Pen (15%) – qui pour la première fois depuis 2013 n’est plus annoncée au second tour. Le polémiste doit cette popularité à ses positions très fermes sur l’immigration, question qu’il espère imposer comme thème central de l’élection. Il est le premier à avoir repris le concept de « Grand remplacement » forgé par Renaud Camus.

Lire aussi : Stéphane Ravier : « Le premier problème à Marseille, c’est l’immigration »

Si beaucoup l’ont taxé d’ « idéologue » et lui ont reproché l’absence de propositions concrètes dans beaucoup de domaines, ses mesures pour solutionner la question migratoire sont connues de longues dates. Il souhaite un arrêt total de l’immigration légale et illégale, ainsi qu’il l’a rappelé lundi face à Michel Onfray : « On arrête complètement ! ». Il souhaite supprimer le droit du sol, le regroupement familial, et le statut de « mineur isolé ». Toutes les personnes en situation irrégulière devraient retourner dans leur pays d’origine, de même que tous les délinquants étrangers. Le droit d’asile devrait être demandé et accordé à l’extérieur de la France. Le nombre d’étudiants étrangers et l’aide médicale d’État seraient drastiquement réduits, la préférence nationale appliquée partout.

Il revendique par ailleurs la paternité de l’idée de référendum, qu’il considère comme étant le seul moyen de contourner le gouvernement de juge et l’État de droit. « La seule façon de restaurer la souveraineté du peuple, c’est par le référendum, notamment sur l’immigration. Il y a des mesures radicales à prendre que les juges ne nous autoriseront jamais à prendre. Il n’y a que le peuple qui peut être convoqué pour dire s’il est pour ou contre. » Effectivement, en droit français, le Conseil constitutionnel ne contrôle pas la constitutionnalité des lois adoptées par référendum du fait de la souveraineté du peuple. Petit problème cependant : l’article 11 de la Constitution qui régit l’organisation des référendums ne s’applique qu’ « à la politique économique, sociale ou environnementale », et donc pas à l’immigration. Rien n’indique donc que ce référendum soit constitutionnel, et il faudrait alors modifier la constitution avant. La question se pose pour tous les candidats.

Marine Le Pen, la fermeté dédiabolisée

En chute libre dans les sondages, Marine Le Pen a répondu à Éric Zemmour en annonçant le 28 septembre un projet de référendum sur l’immigration. Parmi les nombreuses propositions avancées, on retrouve globalement les solutions déjà présentes dans le programme de la candidate en 2017. Le référendum aurait trois objectifs majeurs : la maîtrise des flux migratoires, la protection de la nationalité et de la citoyenneté, et une réforme de la Constitution. Sur les deux premiers points, elle s’appuie sur des méthodes communes à celles que préconise Zemmour, mais sans préciser ce que recouvre concrètement la maitrise des entrées légales : la réduction « drastique » signifie-t-elle un arrêt pur et simple ?

« Il n’y a pas dans mon opposition à l’immigration, je ne sais quelle xénophobie qui ferait que je serais opposée idéologiquement à l’immigration. »

Marine Le Pen

Le troisième point de son référendum est plus original, et pose question. Elle veut notamment inscrire dans la Constitution la maîtrise de l’immigration, la priorité nationale, et la supériorité du droit français sur le droit international sur la question via un « bouclier constitutionnel ». Pour modifier directement la Constitution, il faudrait en passer par l’article 89 et utiliser soit le référendum, soit le Congrès (approbation des trois cinquièmes). Pourtant, ce bouclier constitutionnel entrerait directement en conflit avec le droit européen, et notamment le Traité de Lisbonne qui stipule que « les traités et le droit adopté par l’Union sur la base des traités priment le droit des États membres ». Difficile d’imaginer que cette modification soit conciliable avec le fait de rester dans l’Union européenne ; or, MLP a décidé depuis 2019 de bannir le « Frexit » de son programme.

Avec un diagnostic qu’elle porte de longue date et des propositions fermes, Marine Le Pen peut ironiser sur les « prises de conscience opportunes ». Et certes au sein du parti, de Stéphane Ravier à Jordan Bardella, certains ont même repris le concept de Grand remplacement. Pourtant au même moment, la présidente du RN s’est désolidarisée de la ligne historique du parti en expliquant qu’elle n’avait pas de problème de fond avec l’immigration. « Il n’y a pas dans mon opposition à l’immigration, je ne sais quelle xénophobie qui ferait que je serais opposée idéologiquement à l’immigration. » La question n’est évidemment pas la xénophobie, mais bien la continuité culturelle française. Et d’ajouter : « Si demain on a besoin, je n’ai pas de problème avec l’immigration […] Mais en l’occurrence, je pense que la France n’est pas du tout, du tout, dans cette situation ». Elle signifie par ces mots que le problème migratoire français est conjoncturel, et qu’elle n’y est pas opposée par principe. Une stratégie de communication qui interroge, et qui pourrait bien justifier la désertion des électeurs du RN en faveur de Zemmour.

LR favorable aux quotas d’entrée et à la lutte contre les illégaux

La droite molle poursuit sa lente mais très sûre chute dans les sondages, et est passée en quatrième position. Alors il fallait bien qu’elle se rattrape à une branche qui porte : la lutte contre l’immigration. Bertrand et Pécresse, qui avaient quitté LR car ils jugeaient le parti trop à droite, font désormais montre d’une fermeté surprenante, tout comme Barnier.

Lire aussi : Enquête : dix grands patrons se coalisent pour l’immigration

Ainsi, les trois candidats à la primaire sont désormais partisans de quotas migratoires. Craignant la « guerre civile », Bertrand veut emprunter la voie référendaire, pour « demander aux Français s’ils sont d’accord pour que chaque année, le Parlement dise combien d’étrangers nous sommes en mesure d’accueillir et d’intégrer ». Jadis soutien d’Alain Juppé et de son « identité heureuse », Pécresse juge désormais l’immigration « incontrôlée » et propose la même solution. En plus du referendum, Michel Barnier propose un « bouclier constitutionnel » similaire à celui de Marine Le Pen. Tous souhaitent inscrire dans la constitution le principe de quotas d’immigration légale, d’où la nécessité d’avoir recours à un référendum. Outre les quotas migratoires, le trio reprend une bonne partie des propositions de Zemmour et Le Pen sur la question de l’immigration illégale et des délinquants. La droitisation des candidats LR est donc assez claire, quand bien même ils sont beaucoup plus frileux sur la question de l’immigration légale. Le problème est ailleurs : ce ne sont que des discours qui ont peu de chance d’être suivi d’effets.

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