Skip to content

La démocratisation de la vulgarité

Par

Publié le

18 octobre 2021

Partage

Démocratiser l’accès à la culture : une des phrases-clés du tout-Paris depuis 1981. Tout a été tenté, rien n’a jamais véritablement fonctionné. En fait de démocratisation de la « culture », nous n’avons cessé de l’abaisser par le relativisme. Tout le monde a désormais « accès à la culture », mais est-ce bien de la culture ?
rap

« Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un ministère, par exemple, un regroupement de services que vous pourrez appeler “Affaires culturelles”. Malraux donnera du relief à votre gouvernement », disait de Gaulle à son Premier ministre Debré. Des services alors dispersés entre plusieurs ministères furent donc regroupés en une seule entité. L’idée sous-tendant cette décision était loin d’être absurde, mais de Gaulle n’avait pas conscience qu’il venait de créer un monstre si français. Depuis la création de la Ve République, notre pays vit sous la tension de deux forces contraires : son présidentialisme teinté d’autoritarisme centralisateur se heurtant à ses idéaux démocratiques.

Au fond, il ne saurait y avoir rien de moins démocratique que la culture, et peut-être est-ce encore le plus souhaitable

La culture n’y fait point exception, l’idéalisme de la « politique culturelle » s’étant heurté à des réalités fâcheuses. La mission que la France s’est donnée par la voix de Malraux de « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience possible à notre patrimoine culturel et de favoriser la création de l’art et de l’esprit qui l’enrichisse », était d’une grande noblesse. Pourtant l’enfer est le plus souvent pavé de bonnes intentions. André Malraux n’est pas l’homme que nous devrions prioritairement blâmer, car lui avait-il encore à cœur de ne pas amener la culture de force dans les foyers réticents, mais de permettre à ceux qui le souhaitaient d’avoir un rapport direct avec elle. Malraux était cependant une exception qui n’avait pas vocation à durer, surtout pas quand le ministère de la Culture après lui, œuvrera au « développement culturel » en sélectionnant les artistes les mieux-pensants et en finançant l’industrie du vulgaire, de la stupidité, voire de la haine de notre pays. Jack Lang fut la quintessence de la « démocratisation culturelle », nous inondant d’œuvres, de performances, d’évènements, de festivals. Et pour quel résultat ? La culture française est-elle encore le phare du monde ? On ne crée pas d’artistes majeurs depuis le bureau d’un fonctionnaire de la Drac.

Était-il bien démocratique d’imposer en 1986 aux radios françaises « aux heures d’écoute significative » un « minimum de 40 % de chansons d’expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions » ? De durcir encore le principe en 2016 en ajoutant au dispositif initial que « si plus de la moitié de ces quotas de chansons francophones » se trouvait « concentrée sur dix titres, les diffusions supplémentaires de ces titres ne (seraient) pas prises en compte dans les quotas » ? Franck Riester, falot ministre, déclarait en 2019 : « Les quotas de musique francophones sont très pertinents, ils ont des résultats, puisqu’on voit bien qu’il y a une émergence très importante de nouveaux artistes français. En revanche, ce qui n’est pas logique, c’est qu’il y ait une rupture d’égalité, d’équité, entre les radios et les plateformes de streaming, donc nous sommes en train de travailler à des dispositifs qui obligent les plateformes aussi à exposer mieux les contenus francophones ».

Lire aussi : Luca Yupanqui : musique prénatale

La démocratie obligatoire : voilà bien un concept tout ce qu’il y a de plus français. De fait, les quotas d’artistes francophones servent avant tout à la francophonie internationalisée d’Alger à Bamako née dans les quartiers colonisés de MJC où se sont souvent répandus des arts aussi majeurs que le breakdance, la fabrication de brownies, la danse africaine, le Viet Vo Dao, le graph, le rap, le théâtre de boulevard revu et corrigé par Palmade et Robin, et autres joyeusetés grandioses de notre époque. Jamais la culture n’a été moins comprise et moins appréciée. La massification n’a pas démocratisé la culture, simplement son accès. Nous avons une industrie de la culture piètrement performante dans un monde où les États-Unis sont rois.

Nous, nous finançons à fonds perdu des comédies minables dont les scénarios sont connus d’avance, très « démocratiques ». La série de films Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? étant probablement le plus emblématique de ce naufrage national. Au fond, il ne saurait y avoir rien de moins démocratique que la culture, et peut-être est-ce encore le plus souhaitable. Opposons l’élitisme libertaire à la tyrannie de la consommation de masse.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest